Alfred est de retour à Gotham City mais il ne reconnaît plus sa ville.
Le mercenaire revient au bercail pour une mission bien précise. Surveiller, sans intervenir, les actions d’un gang ultra violent dirigé par Black Mask.
Les forces de police du commissaire Gordon n’arrivent pas à contenir les crimes perpétrés.
À la grande surprise d’Alfred, seul un homme costumé, aux méthodes tout aussi expéditives, se met en travers de leur chemin : Batman.
Mais qui se cache derrière le masque ?



Le label absolute

Conscients que leurs longues histoires est un frein à un renouvellement de lectorat, les Big Two proposent régulièrement de nouvelles portes d’entrées.
Marvel en est assez friand, multipliant les créations d’univers parallèles allant de 2099 à la game Ultimate. De son côté, Dc comics préfère les remises à 0 alors que le concept de multiverse est ancré dans son ADN.
Ce n’est pas pour rien que la collection « Elseworld » vient de faire son grand retour.
Le label Absolute a été créé avec le même état d’esprit. À ceci près, que cet univers garde des liens, pour le moment distant, avec la continuité.
L’idée est simple : redéfinir les origines des plus grands super-héros, en les privant des éléments majeurs à leur construction.
Superman n’a pas été élevé par les Kent, Batman n’est pas milliardaire, Wonder Woman a été enlevée aux amazones ..
La tâche est rude mais le projet est alléchant, tant les possibilités sont infinies.
Est-ce pour autant une réussite ?
Street Batman
Quelques défauts …
Absolute Batman de Scott Snyder et Nick Dragotta a été le premier titre annoncé de la gamme Absolute.
Cette nouvelle amorce au passage le grand retour du scénariste américain après des années d’absence chez DC.
Personnellement, je n’ai jamais été un de ses grand fan.
On se souvient de sa prestation sur American Vampire ou Batman : la cour des hiboux, mais le reste de son run a été suivi par une pelleté de titres indépendants sans grand intérêt.
J’exagère sans doute mon ressenti. Malgré tout, mes attentes restaient limitées pour cette nouvelle mouture du chevalier noir.
Malgré tout, les échos V.O. étaient plutôt bons et je reste émerveillé par la patte de Nick Dragotta.
De bonnes raisons pour se laisser tout de même tenter par un premier volume introductif et explosif.

Certes, si on devait le comparer aux deux autres titres du label, tout du moins sur le premier volume, c’était sans conteste le moins bon.
Mais dans l’ensemble, la surprise était bien au rendez-vous !
Il y a néanmoins quelques points litigieux.
Scott Snyder ne brille pas par sa subtilité. Et certaines de ses idées peuvent paraître contradictoires.
Prenons le concept de Batman …
On nous présente un Bruce Wayne vivant dans les quartiers modestes de Gotham City, n’ayant aucune richesse personnelle.
La thématique n’est pas franchement nouvelle mais elle propose certaines réflexions légitimes.
Malgré tout, l’argent n’a jamais fait Batman. Elle lui permet seulement d’avoir accès à des ressources quasi infinies.
Or, on se rend compte qu’aussi génial ingénieur soit-il, ce Absolute Batman n’est pas franchement limité.
Le poids de l’argent est questionné et les possibilités font rêver le héros mais sa réponse paraît sans équivoque. Et si la radicalité a son charme, on regrette néanmoins un peu plus de finesse dans les résolutions.
Un autre détail me chiffonne : le drame originel.
Sans spoiler, la tragédie vécue par Bruce Wayne est légèrement différente.
Or, aussi horrible soit l’évènement, je trouve la dramaturgie moins intense, n’expliquant pas totalement les effets sur jeune garçon.
Au final le statut quo familial de Bruce s’en retrouve bouleversé mais la légitimité de ce changement peut laisser perplexe. Et dès le tome 3, on comprend qu’il est le moyen, peu subtil, d’intègrer un concept déjà utilisé par Scott Snyder : la cour des hiboux.
Pour de nombreuses réussites ..

Et c’est sans doute la plus grande qualité du titre. Le cast secondaire est impeccable !
Ayant vécu dans les bas quartiers, Bruce se fait des amis qu’il n’aurait pas eu autrement.
Ainsi, il se retrouve avec une galerie d’ami.es, composée en grande partie d’ennemis récurrents : De Croc au Pingouin en passant par Double Face sans oublier Enigma et l’inévitable Catwoman.
Aucun n’a (encore) sa double identité même si on peut craindre quelques facilités sur lesquelles nous reviendront.
L’autre réussite tient en un nom : Alfred.
Scott Snyder reprend une idée existante, exploitée en son temps par Geoff Johns sur Batman : Terre un.
Et forcément, on est en droit de se demander ce que serait devenu le célèbre majordome sans les Wayne.
Et bien, déjà, il n’est pas majordome !
Scott Snyder n’y va pas avec le dos de la petite cuillère mais, de façon pragmatique, Alfred retrouve le rôle de mentor qu’il a toujours eu.
Et Batman dans tout cela.
Absolute Batman est, au final, à l’image du récit de Scott Snyder. Brutal, massif, sans angle mort mais cachant une sensibilité insoupçonnée.
Bruce Wayne a passé sa vie à sculpter ce corps massif tout en réfléchissant aux actions pour sécuriser Gotham.
En tant que Batman, il parait confiant mais sans le costume, il reste ce jeune homme encore traumatisé, rempli de doute et de remords.
Au final, Scott Snyder a gardé ses outrances, à base de Batmobile et de violence régressive mais il se montre aussi plus terre à terre dans ses prises de décisions.
La série fait la part belle à l’action, mettant en scène un Black Mask, machiavélique comme jamais. Pour le coup, c’est sombre, âpre et cinglant.
On tourne les pages avec plaisir et si on tique sur certains éléments, on s’étonne d’apprécier la tenure globale des évènements.
L’apparition d’un ennemi iconique de la sphère Batman à la fin de l’épisode un fait partie des grandes promesses de la série.
En espérant qu’elles seront tenues !
Une suite sous forme de confirmation

Après un premier tome de bonne facture, on attendait la confirmation du deuxième tome.
Et, plus qu’une confirmation, c’est une véritable baffe dans la tronche que nous propose Scott Snyder.
Pourtant, celui-ci commence tranquillement.
Avec un arc en deux parties, dessiné par l’excellent Marco Martin, le scénariste américain nous introduit une nouvelle version de Freezer.
Si on peut regretter qu’il se soit débarrassé de l’aspect tragique du personnage, c’est au profit d’une approche plus horrifique.
Et en effet, elle prend même une tournure body horror saisissante, sorte de mise en bouche avant le prochain arc.
En prime, Scott Snyder dévoile l’Arche M, point névralgique d’une grande partie des problèmes de notre pauvre Batman.
Et, le héros va prendre cher sur la seconde partie.
Il faut dire que Bane reste un marqueur dramaturgie de l’histoire de Batman. Il est celui qui lui a brisé la colonne vertébrale, le clouant littéralement au sol.
Sa version absolute, d’un premier abord, ressemble à la version classique. Mercenaire à la solde d’un dénommé JKR, il est à la source de tout. Mais ce patient zéro a fait son temps et il rêve d’être remplacé à cette tâche. Et qui mieux que Batman pour reprendre son flambeau ?
L’idée est astucieuse et le développement s’avère machiavélique, proposant une sorte de réécriture de l’enfermement psychologique du Dark Knight lors de la Cour des Hiboux.
D’ailleurs, il ne sera pas seul à subir les répercussions de ce nouvel arrivant.
Ce que je craignais qu’il arrive pour les « amis » de Bruce, se répercute avec une brutalité inouïe.
D’ailleurs, c’est sans doute le seul défaut de cet arc.
Scott Snyder se montre extrêmement généreux dans ses easter eggs, enclenchant de nombreuses attentes qui auraient pu être étalées dans le temps.
Il va tellement loin avec Abomination, autant dans l’horreur que dans les idées infusées, qu’on se demande comment il va pouvoir encore monter le curseur.
De façon étonnante, Scott Snyder décide de ralentir le rythme pour se concentrer sur les répercussions de l’arc précèdent. Sorti victorieux de son combat contre Bane, il a perdu bien plus : une amitié. Bruce est bouffé par les remords et bien qu’il essaie d’être présent, on le rejette. On saisit, avec la conclusion de l’arc Poison Ivy, qu’il fait le choix de laisser une place entière à son alter ego quitte à mettre de côté sa vie civile et les proches qui vont avec. Bruce ne semble plus avoir sa place dans ce monde.
On notera la collaboration entre Batman et Wonder Woman, l’amenant à découvrir d’autres sphères. on pourra juste regretter qu’Urban n’ai pas publié en premier lieu le troisième tome d’Absolute Wonder Woman, mettant en scène la première rencontre entre les deux héros. Ce tome 3 est une volume de transition mais essentiel, nous présentant notamment les origines du Joker.
Des récits annexes

Absolute Evil

Ecrit par Al Ewing et dessiné par Giuseppe Camuncoli, Absolute Evil est plus un récit global qu’une annexe lié à Absolute Batman.
En effet, le récit met en scène une alliance entre les « vilains » de l’univers Absolute face à l’émergence de ces nouveaux héros. Certes, Jack Grimm, AKA le Joker, y fait une apparition remarquée mais c’est surtout Hamond, que l’on a découvert dans Absolute Green Lantern, qui semble être le personnage central.
On peut voir Absolute Evil comme une introduction à une future confrontation majeure. Certains évènements auront un impact direct avec le prochain titre de la game : Absolute Green Arrow.
Al Ewing introduit de nombreux éléments essentiels que ça soit le passé de cet univers avec des héros historiques aux destinés tragiques et une conclusion répondant à une question inévitable quand on mentionne une alliance de super vilain.
Une nouvelle fois, les valeurs sont astucieusement inversées : les criminels se croient justiciers alors que les justiciers sont jugés comme des criminels.
Ark M

Ark M nous dévoile comment l’asile d’Arkham est devenu cette usine à monstres découvert lors du tome 2. Et une nouvelle fois, le Joker est au centre de tout.
Ecrit par Scott Snyder et Frank Tieri et mise en image par l’excellent Joshua Hixson, Ark M est un récit ténébreux, sorte de polar machiavélique, s’amusant de ses easter eggs pour mieux nous piéger. Sans être essentiel, ce récit démontre en quoi Jack Grimm est un personnage aussi effrayant, voir plus que son alter ego monstrueux. Personnellement, je me suis bien fait avoir par la révélation finale qui pose de nombreuses questions.
Une partie graphique explosive

J’ai toujours aimé le travail de Nick Dragotta.
S’il a débuté dans le mainstream, c’est en indépendant et notamment sur East of West qu’il a acquis ses lettres de noblesse.
On le retrouve aussi, aux côtés de Jason Aaron, sur l’étrange série Once upon a time at the end of the world.
Du coup, l’annonce de son arrivée sur un titre aussi populaire qu’ Absolute Batman avait de quoi réjouir et inquièter.
Est-ce que Dc comics allait lui laisser autant de liberté qu’Image Comics ?
La réponse est sans appel : oui.
Si son style anguleux, sec et puissant peut désarçonner sur les premières pages, il fait rapidement effet, tant il est en accord avec le Dark Knight de Scott Snyder.
Et en effet, un peu comme Greg Capullo à l’époque, on sent une osmose entre les deux auteurs.
Les idées de design font des merveilles et rendent crédibles des concepts aussi tordus que la Bathache ou la cape en forme de pattes de chauve souris.
L’inventivité graphique de Nick Dragotta est impressionnante et exprime, à l’image du crâne de Black Mask, toute la radicalité de cet univers.
À l’image de la musculature du super héros, tout est massif dans cet univers et la Batmobile en est la symbolique extrême.
À partir du tome 2, il intègre totalement l’aspect Body Horror que semble vouloir imprimer la série.
Sa version de Bane est effrayante et donne à sa transformation une brutalité sans limite.
À noter que, pour un chapitre, Nick Dragotta est remplacé par Gabriel Hernandez Walta.
Le dessinateur de Vision met en scène les premières années de Batman avec un style rétro pertinent mais qui tient mal la comparaison avec le reste de l’album.
À l’opposé, Marcos Martin se montre brillant.
Si son style s’éloigne de celui de Nick Dragotta, beaucoup plus rond et lumineux, il s’empare assez facilement de cette version absolute, proposant un Freezer horrifique à souhait.
Sur le volume 3, nous découvrons le trop rare Eric Canete, avec un style tout en énergie et en puissance graphique. Le style peut paraître chaotique mais il regorge de bestialité et je dois avouer que j’adore son design de Poison Ivy.
Des annuels enchanteurs

Les annuals, c’est toujours un peu compliqué. Et avec un titre aussi radical qu’Absolute Batman, on pourrait craindre le pire.
Or, au vu des auteurs adossés à ce premier annual, on comprendre que Dc comics ne laisse rien au hasard.
Et en terme de radicalité, James Harren et Daniel Warren Johnson n’ont rien à envier à Scott Snyder.
Certes, la partie de James Harren vaut surtout sur sa vision graphique mais celle de Daniel Warren Johnson fait l’effet d’un uppercut.
En effet, je me suis toujours demandé comment le comics mainstream pouvait réagir à la situation politique actuelle et si, pour le moment, il n’y a eu guère que quelques soubresauts, le récit de Daniel Warren Johnson fait l’effet d’une bombe.
Certes, Absolute Batman oblige, ça ne fait pas dans la dentelle mais découvrir ce héros exploser des extrémistes à coup de prises de catch a quelque chose de gargarisant.
Surtout qu’en réalité, l’auteur n’hésite pas, à l’inverse, à remettre en question la violence du héros, démontrant que cette solution est loin d’être valable.
Une petite pépite !
En résumé
Absolute Batman de Scott Snyder et Nick Dragotta fait déjà couler beaucoup d'encre.
Malgré une radicalité parfois poussive et quelques idées saugrenues, Scott Snyder crée un univers âpre où la violence s'est emparée des rues de Gotham.
Aidé par l'ingéniosité et la puissance du trait de Nick Dragotta, la série enchaine les affrontements dantesques sans pour autant laisser de côté la personnalité de Bruce Wayne, un héros plus en proie au doute et au remords.
Après un tome 2 époustouflant, Scott Snyder nous laisse reprendre notre souffle, tout en posant les bases des évènements à venir. Les pistes sont nombreuses : le Joker, Dick Grayson, Harley et même la cour des hiboux sont au rendez-vous. Pour ma part, je retiendrais un héros bouleversé qui tente d'être encore un ami surlequel on peut compter ... En vain !
Le tome 3 nous gratifie de deux récits annexes. Absolute Evil prépare l'avenir du monde absolute. Quant à Ark M, il explore le passé de l'asile, avant que celui-ci devienne l'usine à montre qu'il est devenu.
Une série dont le succès n'est pas démérité.


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- Batman : The Dark Knight Returns
Prix et récompenses
- Eisner Awards 2026 – Meilleur numéro / One Shot – Absolute Batman Annual #1 (2025) – Daniel Warren Johnson
- Eisner Awards 2026 – Meilleure série régulière