Asadora a 12 ans quand, en 1950, un terrible typhon ravage sa ville natale.
Fougueuse, elle n’hésite pas une seconde à foncer à la recherche d’un médecin pouvant soigner sa mère enceinte.
Mais la menace qui couve est peut être encore plus dangereuse qu’elle n’y parait…
le renouveau de la méthode Urasawa ?
une remise en question salvatrice
Naoki Urasawa annonce la couleur dès le départ.
Asadora ! est le surnom d’un feuilleton fleuve mettant en scène une jeune héroïne sur toute une période de sa vie.
On image donc, une saga conséquente prenant comme axe les grandes étapes de la vie d’Asadora.
Ces dernières années, le mangaka était en perte de vitesse.
Que ce soit Billy Bat, qui n’ai jamais retomber sur ses pattes, ou le Signe des rêves, simple « produit de commande » pour le musée du Louvre, la méthode Urasawa montrait des signes d’essoufflement.
Alors quand Kana annonce la publication de sa nouvelle série, une légère appréhension pointe le bout de son nez : la crainte d’être à nouveau déçu !
Graphiquement, c’est toujours aussi impeccable : un trait fin et détaillé, des visages immédiatement reconnaissables et une maitrise totale de la mise en page accompagnée d’un sens inné du suspense.
La double page introductive du premier tome fait craindre une redondance avec le mythique 20th Century Boys mais on est vite rassuré.
L’intrigue a certes des liens évidents avec ses autres oeuvres mais le mangaka a toujours assumé cette résonance. Comme s’il recherchait, inlassablement, l’oeuvre parfaite !
Des personnages attachants

Quand on découvre Asadora, ce n’est encore qu’une petite fille.
Cette dernière vient de perdre ses parents mais refuse d’accepter leur mort.
Ainsi, elle se retrouve à pourchasser une chimère l’amenant vers le monde de l’aviation.
L’aviation est un marqueur essentiel de sa vie de jeune fille puis de jeune adulte.
L’avion, en plus d’être une opportunité professionnelle, s’avère être la seule arme efficace pour combattre cette étrange créature qui, comme Asadora, parcourt le manga de son empreinte.
Inévitablement, ses talents d’aviatrice sont remarqués et sa mission prend une toute autre importance.
Surtout que la jeune fille est déterminée.
À l’image de Kenji ou Tenma, elle prend des risques inconsidèrables pour s’opposer à des attaques de plus en plus récurrentes .
Mais, derrière ce tempérament dynamique, se cache une jeune femme avec des envies propres à son âge.
Et c’est peut-être la grande différence entre Asadora! et 20th Century Boys ou Monster.
Contrairement à ces héros sacrificiels, elle rêve d’une vie normale.
À l’instar de ses deux meilleures amies, Yone et Miyako, elle cherche sa voie et veut vivre pleinement ses sentiments.
La scène de la radio du tome 6 est le premier signe d’une confrontation entre désirs et responsabilités.
Ces questionnements prendront une toute autre ampleur quand l’héroïne tombera amoureuse pour la première fois.
De son côté, Shôta, son meilleur ami, prend une direction parallèle.
Passionné de course, il s’entraine depuis le plus jeune âge, dans l’espoir de participer aux jeux olympiques.
Amoureux d’Asa, son évolution prend une tournure inattendue.
Le tome 7 marque une bascule, l’emmenant vers une pente de plus en plus glissante, confirmée par les révélations du tome 9.
À travers ses nombreux portraits, on retrouve l’expertise de Naoki Urasawa, accordant le temps nécessaire aux protagonistes secondaires, quitte à ralentir, par moment, l’intrigue principale.
Le Japon à travers le destin d’Asadora

À travers la la destinée de la jeune fille, Naoki Urasawa nous donne sa vision du Japon.
Né en 1960, une certaine nostalgie transparait dans ses écrits, notamment depuis 20th Century Boys dont certains éléments sont basés sur ses souvenirs d’enfance.
Avec Asadora!, il assume cet aspect en appuyant son récit sur les grands moments de l’histoire de son pays.
Du lendemain de la seconde guerre mondiale, en passant par les jeux olympiques, tout en traversant la guerre du Vietman, le mangaka explore un pays en constante évolution.
Il revient notamment sur la présence américaine, restée très présente jusque dans les années 60.
Ainsi, la police militaire américaine intervient directement sur le territoire japonais pour pourchasser les déserteurs de la guerre du Vietnam.
Les inspirations sont autant historiques que culturelles.
Par le biais de l’iconographie autour de Maryline Monroe ou par les hommages appuyés au Kaiju et au Sentai, Naoki Urasawa s’avère être un auteur éclairé et passionné.
Une structure plus classique

Si tous les marqueurs du mangaka sont présents, sa structure s’avère plus linéaire.
Certes, la série fait quelques bons dans le temps, mais on est loin des ellipses temporelles de 20th Century Boys ou Billy Bat.
Si on y perd en complexité, on y gagne en fluidité.
Les évènements s’enchainent rapidement et la menace prend de l’ampleur.
Rien ne semble pouvoir l’arrêter.
On aurait pu craindre un essoufflement au fil des épisodes mais, en s’éloignant de son habituelle complexité narrative, Naomi Urasawa développe un récit plus « posé » avec une finalité claire et loin de l’obscurantisme métaphysique de Billy Bat .
Cela peut surprendre mais le mangaka a su se remettre en question sans pour autant dénaturer la puissance de ses travaux précédents.
De ce point de vue, l’évolution du personnage de Shôta est une belle démonstration, nous offrant un tome 9 assez brillant.
En résumé
Avec Asadora!, Naoki Urasawa tente de renouer avec le principe original du manga : celui du feuilleton.
Multipliant les personnages et les thématiques, il n'en oublie pas, cette fois-ci, de simplifier sa trame principale, tout en développant des personnages attachant.es.
Par le biais de la vie de son héroïne, il nous raconte l'histoire du Japon du point de vue historique, culturel et sportif.
D'une certaine façon, il réussit là où 'il avait échoué avec Billy Bat : fusionner ses obsessions dans une seule série.


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