Mots Tordus et Bulles Carrées

Nous traverserons des orages (Anne-Laure Bondoux)

Chaque parution d’Anne-Laure Bondoux est un événement. Depuis ma découverte des Larmes de l’assassin, il y a 20 ans déjà, ses romans ont semé des personnages forts dans mon imaginaire. Après le très réussi et très féminin l’Aube sera grandiose, paru en 2017 et récompensé du prix Vendredi la même année, l’autrice nous offre une saga intitulée Nous traverserons des orages qui parcourt les vies de 4 générations d’une famille française, à cheval entre l’ancien et le nouveau siècle. 4 générations d’hommes qui ont traversé bien des orages…

Secret, amour, chagrin, absence et colère

Nous traverserons des orages est une tragédie moderne. Celle d’une famille, les Balaguère, d’une maison, les Chaumes, de 4 générations d’hommes que hantent des secrets. Celle d’un pays aussi, la France, et de son histoire pleine de souffrances et de morts.

Les fils de la petite et de la Grande Histoire se mêlent en 5 parties, chacune empreinte de guerre et de violence, mais aussi de joies et de changements.

Dans le prologue, le narrateur, dont on découvrira l’identité à la fin du roman, s’adresse à Saule, son fils.

Il va tenter de briser cette chaine en lui disant qui il est, d’où il vient, qui étaient ses grands-parents, ses arrière-grands-parents. Ses racines. Des racines qui s’ancrent profondément dans une terre rurale mais vont s’étendre jusqu’à la capitale. Des branches qui vont ployer sous de lourds secrets et des silences destructeurs mais aussi prendre des directions inattendues.

Il brossera, au passage, une fresque immense et contrastée de la France entre la Première Guerre Mondiale et le début du XXIe siècle. Les échos assourdissants du monde en fond sonore.

Dire les silences

Tout semble une histoire de terre et de sève. La terre, c’est celle des Chaumes, celle qu’on cultive, qui fait vivre mais aussi celle où l’on enterre les morts. La sève, c’est celle des arbres et des plantes qui donnent jusqu’à leurs noms aux personnages masculins héritiers de la famille. Cytise, Charme, Aloès, Olivier, Saule.

Mais la mort et le secret teintent la sève qui coule dans leurs veines d’une empreinte indélébile. Et les Balaguère semblent voués à lutter contre un destin sombre.

Anne-Laure Bondoux a mis 3 ans à écrire ce roman et l’on comprend facilement pourquoi tant l’écriture est dense. Elle manie à la fois l’individu dans ce qu’il a de plus intime et secret, dans ses désirs sombres et dans ses quêtes éperdues. Mais elle confronte en permanence ses personnages à la société qui change et les transforme, de gré ou de force.

Chaque partie se clôt sur une ouverture au monde. Comme un condensé d’événements, d’avancées historiques, de conflits, de victoires et de replis sur soi.

Mais ce qui touche profondément, ce sont ces générations qui naissent, vivent et se croisent, parfois brutalement, parfois dans un silence assourdissant. Ces êtres qui avancent tant bien que mal et qui ne savent souvent ni aimer ni s’aimer ni être aimés.

Un voile de tristesse se pose souvent sur ces vies culbutées. Mais l’autrice s’efforce de le déchirer en démontrant, chapitre après chapitre, que les secrets révélés libèrent et que les émotions exprimées apaisent et réunissent ceux que l’on croyait définitivement perdus.

C’est aussi un roman du regret et du pardon. Qui replonge dans le passé pour mieux regarder vers l’avenir.

Pourquoi lire Nous traverserons des orages ?

Lire Nous traverserons des orages d'Anne-Laure Bondoux, c'est plonger dans l'humain. Dans ce qu'il a de plus sombre et violent mais aussi dans sa capacité à avancer et à pardonner, au fil des générations. A s'accepter aussi, dans toute la complexité qui fait de nous des individus enracinés mais capables de résilience et d'ouverture au monde. Pour ne plus obéir "à ce code d'honneur désastreux qui exige de nous, depuis la nuit des temps, d'avoir l'air forts alors que nous ne le sommes pas." 

Une fresque profondément humaine, à corps et cœur perdus.

Pour lire nos chroniques sur L’art de perdre et Le soleil des Scorta

Mots Tordus

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