L’univers est en péril.
Alors qu’une secte invoque une créature trop puissante pour la maitriser, celle-ci explose, laissant la place à un groupe iconoclaste.
Deux adolescents, le sosie de Freddy Mercury avec un bandeau, une femme âgée et un chien sont de retour sur Terre, mettant un terme à cette menace.
Est-ce la fin de l’histoire ? Oui mais comme tout bon récit, elle a un début qu’il va falloir décortiquer !


Une intrigue à rebours

Black Orion de Bruno Seelig est une oeuvre à concept narratif.
Et comme toute oeuvre oeuvre à concept, le lecteur.rice y adhère ou non.
Mais une chose est sûre, cette première bande dessinée ne vous laissera pas indifférent.
Dès l’ouverture de l’album, l’auteur nous jette aux côtés d’un groupe des plus iconoclaste.
Dylan et Olivia, deux adolescents tout ce qui’l y a de plus banal, semblent avoir pris chers. Ils sont accompagnés par Franco et de Dolores, une femme d’une certain âge débordant de charisme et armée d’une étrange arme.
Sans que l’on n’en sache guère plus, ils fuient un créature digne des horreurs lovecraftiennes.
Ainsi nous voilà embarqués dans une aventure sans bien comprendre ce que l’on découvre sous nos yeux. Le groupe semble avoir vécu de nombreuses péripéties mais pour nous, tout est nouveau et pour le moins déroutant.
Et alors qu’au bout de quelques pages, l’intrigue se dirige vers sa conclusion, on se demande bien si le trip n’est pas trop puissant pour nous.
Jusqu’à un retour en arrière de quinze minutes sur le chapitre suivant. Et rapidement, l’engrenage prend forme.
À l’instar de Memento de Christopher Nolan, Bruno Seelig décide de nous raconter son histoire à rebours, apportant ainsi des explications à des évènements, des personnages dont on découvre l’aboutissement avant leur présentation.
Le pari est extrêmement risqué et oblige une souplesse d’esprit et de lecture qui n’est pas forcément évidente.
D’une certaine façon, et en évitant tout spoiler, le personnage de Dolorès symbolise parfaitement l’ambition de Bruno Seelig.
Celle que nous découvrons en premier lieu est en réalité la forme finale d’un personnage dont on découvre les évolutions en marche arrière. En inversant la chronologie, l’auteur s’amuse avec un flux temporel malléable, y injectant quelques indices ici et là , condition de rester attentif.
Surtout que l’auteur ne s’arrête pas à cette astuce narrative.
En effet, le premier bandeau de chaque page met en scène une intrigue, à priori parallèle, mais dont l’aboutissement permet de poser une dernière pièce à ce puzzle biscornu.
D’une certain façon, un peu comme L’orfèvre d’Aurélien Lozes, il embrouille nos habitudes pour mieux nous désarçonner et nous perdre dans les méandres d’un scénario, au final , pas si compliqué que cela.
Cela n’enlève en rien de la fantaisie de son univers, peuplé de créatures légendaires, de monstres baveux, de héros plus ou moins charismatiques et de mafieux à la gâchette facile.
Les références sont multiples et la générosité de Bruno Seelig explose autant dans la folie de cette expérience que dans la proposition graphique.
Un auteur en devenir

Quand j’ai ouvert les pages de Black Orion, j’ai immédiatement pensé à un auteur en particulier : David Rubin.
Non pas que leurs styles soient identiques mais je retrouve dans le travail du dessinateur brésilien le même amour des univers graphiques chatoyants, fantasques et colorés.
Il y a un véritable amour de la narration qui saute aux yeux, rendant hommage au grand maître de la bande dessiné, Jack Kirby en premier lieu.
Son dessin est stylisé à souhait. Ses personnages sont caractérisés par de longues jambes frêles et des torses raccourcis. Il est amusant de découvrir sur son instagram toutes les reprises de personnages iconiques allant du comics à la bd franco-belge en passant par le manga.
Cela retranscrit une véritable curiosité et d’une fusion de style, donnant toute la richesse graphique à Black Orion.
L’univers est foisonnant, la narration est aussi élancée que ses personnages même si le cadrage s’avère plus sages. Mais Bruno Seelig n’a pas vraiment besoin d’en rajouter plus.
Personnellement, je suis tombé « amoureux » de son travail. Black Orion m’a remémoré ma découverte du Héros de David Rubin.
Lé générosité graphique, l’ambition narrative et esthétique sont au service d’un récit de genre dans sa forme la plus pure.
Il est juste dommage que la couverture ne soit pas plus attirante que cela …
L’oeuvre est imparfaite mais elle n’en est pas moins fascinante.
En résumé
Black Orion de Bruno Seelig est une oeuvre atypique à laquelle on adhère ... ou pas.
Prenant son scénario et son lectorat à rebours, l'auteur prend le risque de nous perdre dans les méandres d'un délire esthétique, scénaristique et narratif.
Alors oui, on risque de revenir plusieurs fois en arrière, se sentant par moment complètement perdu mais quelle ambition et quelle maitrise formelle !
Black Orion aime se compliquer la vie pour une intrigue, au final, pas si alambiquée que cela mais nous régale d'une fantaisie pleine de fraicheur.
Graphiquement, la découverte de Bruno Seelig m'a fait le même effet que celle de David Rubin à ces débuts. Je tombe en admiration devant un style fusion, aux ligne d'élancés, au designs stylisés et à la colorisation pop à souhait.
Un véritable régal si on se laisse prendre par le délire !


Pour lire nos chroniques sur :
- Hawkeye
- Flex Mentallo