Celui qui hantait le manoir (Damien Galisson)

Je guettait depuis quatre ans le prochain roman de Damien Galisson dont j’avais adoré le premier opus : La Dragonne et le Drôle. Toujours dans le domaine de l’imaginaire mais cette fois-ci plutôt dans le registre fantastique, l’auteur poitevin nous partage une histoire intense de mariage, de fantôme et de secrets de famille dans Celui qui hantait le manoir.

Celle qui découvrait sa famille

On ne peut pas dire qu’aller à ce mariage dans la famille de sa mère est enthousiasmant pour Camille. Adolescente un brin rebelle et loin d’être une petite fille modèle, elle y va d’autant plus à reculons qu’elle apprend en même temps que la nouvelle du mariage de sa tante Marie… l’existence de sa tante Marie !

Et pour couronner le tout, la fête se déroulera dans le manoir familial à l’ambiance coincée.

Ainsi, la seule chose qui motive Camille c’est d’en découvrir plus sur l’enfance de sa propre mère et sur cette partie de sa famille qu’elle méconnait.

Il y a un putain de manoir à explorer ici. Je pourrais juste au moins, pousser du bout des doigts cette grande double porte qui semble m’appeler. Parce que c’est interdit. Derrière ces deux battants, il y a l’enfance de Delphine. Celle qu’elle m’a toujours cachée. Le fond du tiroir. Ce qu’elle ne montre pas, mais qu’elle garde dans sa poche, comme un paquet de clopes.

Alors que la soirée « bat son plein » (c’est coincé mais c’est tout de même un mariage avec ses traditionnels jeux des mariés et autre soirée dansante), Camille et Mathis, le fils d’amis de sa tante qui s’ennuie ferme lui aussi, décident d’explorer le parc. Ils y découvrent un étrange cimetière et vont être confrontés à des phénomènes surnaturels.

Il y a des trucs étranges.

Des livres qui tombent,

des grincements invisibles.

Dès lors, la machine est lancée. Camille va enquêter sur cet étrange manoir et sur les êtres, vivants ou morts, qui le hantent.

Etre ou ne pas être…

J’avais adoré l’écriture de la Dragonne et le drôle, roman de fantasy en vers libres. Je n’avais cependant pas de telles attentes quant à ce second roman et Damien Galisson n’a absolument pas cherché à retrouver ce style qui collait parfaitement à son premier univers.

Première réussite : la narratrice.

Donner voix, corps et esprit à Camille semble assez jouissif. Elle n’a pas la langue dans sa poche, en bonne ado, mais sait aussi reconnaitre ses erreurs (même si elle ne le dit pas toujours à sa mère). Le duo qu’elle forme avec Mathis, s’il semble au premier abord dépareillé, le garçon étant un jeune geek obsédé par la console et le téléphone, se révèle particulièrement intéressant dès lors que les révélations surnaturelles débarquent et qu’il s’agit de faire équipe pour résoudre les mystères de ce manoir et … y survivre !

Le faisceau de la torche perce la nuit à quelques pas, et nous serpentons entre les troncs tordus sur le chemin glissant. Bien que nos pieds s’emmêlent, je ne veux pas lâcher la main de Mathis, et je sens à quel point il s’accroche lui aussi à ma paume, à mes doigts, comme une dernière chose à laquelle s’arrimer dans ces taillis noirâtres, pressés par cette sorcière et son visage aride.

Deuxième atout : l’ambiance fantastique et le suspense.

Que ce soit la scène du cimetière, celle de la bibliothèque ou celle du puits, on reprend vite fait sa respiration à la lecture car tout s’enchaine à une allure folle !

Enfin, dernier atout : une réflexion acerbe sur les liens familiaux et les secrets qui les pourrissent (ou nourissent, c’est selon).

Camille, ignorant l’existence de cette branche de la famille, porte un regard aiguisé sur les relations compliquées de sa mère avec sa jeune soeur, son frère disparu et surtout sa mère, une espèce de sorcière malsaine et malveillante. Comment faire confiance à des membres d’une famille qui ont rejeté sa propre mère qui, elle-même, n’a pas voulu en parler avant ce mariage ? Et, au-delà, comment la relation de Camille avec sa mère va-t-elle évoluer avec ce qu’elle va découvrir ?

Mystères et non-dits se superposent et devront être révélés. Au passage, c’est Camille elle-même qui se révèlera, héroïne courageuse et touchante, l’humour noir en plus.

Pourquoi lire Celui qui hantait le manoir ?

 Avec Celui qui hantait le manoir, Damien Galisson nous plonge dans un récit mêlant fantastique, thriller et saga familiale. On suit Camille, une adolescente au caractère et aux idées bien trempés, au coeur d'une histoire de fantôme et de secrets, de magie noire et de mariage, dans une ambiance tantôt glaçante et tantôt drôle. Le cocktail est efficace et le roman, plein de verve, se lit avec un plaisir non dissimulé.  
Mots Tordus

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