Changer l’eau des fleurs (Valérie Perrin)

Alors que paraitra son adaptation cinématographique en 2026, réalisée par Jean-Pierre Jeunet, il était temps pour moi de découvrir Changer l’eau des fleurs, le roman de Valérie Perrin, édité en 2019. L’histoire d’une garde-cimetière apparemment sans histoire dans une petite ville de Bourgogne. Une femme discrète dont la porte est toujours ouverte mais qui cache un parcours de vie sinueux.

« Un seul être nous manque et tout est dépeuplé »

Violette Toussaint porte bien son nom : elle est la gardienne du cimetière de Brancion-En-Chalon. Mais si vous êtes un tant soit peu observateur, vous remarquerez sous ses vêtements gris et ternes, des couleurs vives.

Car elle est pleine de surprise, la Violette. Et même si elle forme une petite famille avec les fossoyeurs Nono, Elvis et Gaston, les frères Lucchini, croque-morts, et le père Duras, elle possède une épaisseur bien mystérieuse.

C’est l’arrivée du commissaire Julien Seul et son enquête sur la relation qu’entretenait sa mère et un certain M. Prudent, auprès duquel elle a souhaité être enterrée, qui vont permettre de découvrir son passé, fait de grandes souffrances et de courtes joies.

J’ai très mal commencé. Je suis née sous X dans les Ardennes, au nord du département, dans ce coin qui fricote avec la Belgique, là où le climat est considéré comme « continental dégradé » (fortes précipitations en automne et fréquentes gelées en hiver), là où j’imagine que le canal de Jacques Brel s’est pendu.

Le jour de ma naissance, je n’ai pas crié. Alors on m’a mise de côté, comme un paquet de 2,670 kilos sans timbre, sans nom de destinataire, le temps de remplir les papiers administratifs pour me déclarer partie avant d’être arrivée.

Mort-née. Enfant sans vie et sans nom de famille.

La sage-femme devait trouver un prénom vite fait pour remplir les cases, elle a choisi Violette. J’imagine que je l’étais de la tête aux pieds.

Dans la vie de Violette, l’amour et la mort ne font pas bon ménage. Son ex-mari, Philipe Toussaint, est un homme égoïste, manipulateur mais manipulé par ses propres parents. Leur fille Léonine, cependant, sera le cadeau de cette union bien peu épanouissante. Sa mort, accidentelle, va détruire les derniers liens qui les unissaient.

Le roman, alternant chapitres de retours en arrière et de moments présents, tisse petit à petit une toile bigarrée qui va mettre en valeur l’humanité et la résilience de Violette.

Célébrer la vie

Changer l’eau des fleurs est un roman profondément humain, à l’image de son personnage principal.

Il est aussi une célébration de ces petits moments de vie, de ceux que l’on a saisis et qui nous emplissent de joie, et de ceux à côté desquels on est passé, par peur ou par convention.

Les parcours des différents personnages, principaux comme secondaires, sont le résultat d’un subtile mélange entre la passion, le quotidien et l’absurdité de l’existence. Et c’est ce qui en fait un roman à la lecture fluide et sensible. Chacun et chacune pourra s’y reconnaitre, vibrer et faire résonner sa propre vie avec celles de ces êtres de papier.

De plus, il se dégage de ses lignes des aphorismes qui trottent dans la tête. Notamment en ce qui concerne notre rapport à la mort et au deuil.

Les seuls fantômes auxquels je crois sont les souvenirs. Qu’ils soient réels ou imaginaires. Pour moi, les entités, les revenants, les esprits, toutes ces choses surnaturelles n’existent que dans l’esprit des vivants.

Certaines personnes communiquent avec les morts et je les pense sincères, mais quand un être est mort, il est mort. S’il revient, c’est un vivant qui le fait revenir par la pensée, S’il parle, c’est un vivant qui lui prête sa voix, s’il apparaît, c’est un vivant qui le projette avec son esprit, comme un hologramme, une imprimante en trois dimensions.

Le manque, la douleur, l’insupportable peuvent faire vivre et ressentir des choses qui dépassent l’imaginaire, Quand quelqu’un est parti, il est parti. Sauf dans l’esprit de ceux qui restent. Et l’esprit d’un seul homme est bien plus grand que l’univers.

Sans jamais donner de leçon, le récit nous emporte en douceur. On aimerait, nous aussi, nous assoir pour boire un thé avec Violette. Et parler de la vie, de l’amour, de la mort et de tous ces liens qui se tissent, malgré tout et surtout au-delà du malheur.

Pourquoi lire Changer l’eau des fleurs ?

Passer quelques heures avec Violette et ceux qui l'entourent, proches ou visiteurs, amis ou simples badauds du cimetière, c'est comme traverser un jardin. Des mauvaises herbes aux insectes en apparence insignifiants en passant par les fleurs colorées et parfumées ou les feuilles mortes, c'est un petit bout de chemin de vies que nous arpentons. Une vie certes tourmentée et douloureuse mais aussi pleine de tendresse, de résilience et d'espoir. 

Prix et récompenses

  • Prix des lecteurs corréziens – 2019
  • Prix des maisons de la Presse – Romans – 2018

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