Mots Tordus et Bulles Carrées

Chroniques de l’île de l’éphémère (Li Shang-Chlao / Evergreen Yeh)

Dans un monde transformé par la montée inéluctable des eaux, une nouvelle société se met en place.
Dans un monde divisé en 4 regroupements d’îles, les échanges commerciaux perdurent malgré les apparitions d’une île « Éphémère », accompagnée de typhons et de vagues colossales mettant en danger les voyageurs.
Ces voyages sont retranscrits à travers 3 chroniques de l’île de l’Éphémère.

Chroniques en 3 récits

Des cités immenses

Chroniques de l’île de l’Éphémère de Li Shang-Chlao et Evergreen Yen est un manga atypique.
Divisé en 3 récits, le manga explore une société tentant de survivre après une catastrophe écologique.
D’ailleurs, cette évolution sonne comme une mise en garde pour nos sociétés actuelles.

La première chronique est basée sur les souvenirs de Ruben.
Ce dernier, après avoir découvert Lilly dans les restes d’une épave, lui promet de l’accompagner à Port Noir.
Cette île, interdite aux étrangers, réprime toute entrée illégale.
Ce premier récit, sur fond d’expédition migratoire, est une introduction développant un monde conflictuel.
L’ombre de l’île de l’Éphémère est pesante mais aussi intrigante.

La seconde chronique, peut être la plus intéressante, se divise en deux parties.
On y retrouve Laura et Saki qui n’étaient que des enfants lors de la première chronique.
En séparant chacune des histoires par plusieurs années, Li Shang-Chlao se permet de travailler différents aspects de son univers tout en préservant une continuité.
En quelques pages à peine, il réussit à créer un univers cohérent.
On y découvre sa hiérarchie (la mairie) mais aussi sa technologie (les pilotes). Ici, le mangaka se concentre sur Terrarosa et les relations commerciales que l’île entretient avec la ruche.
Le propos, fortement écologiste, tient à nous rappeler l’importance d’un écosystème fragile.
La transmission commerciale mais aussi familiale est vitale.
La famille est symbolisée par la naissance et le deuil et démontre que l’espoir possible.

La troisième chronique clôture ce manga.
On découvre Likat , une jeune fille sourde et aveugle, sélectionnée pour devenir la prêtresse d’une île en péril.
L’environnement et les personnages nous semblent inconnus tout en étant proches.
Cette dernière partie, sur fond de mysticisme, tonne comme une fin sans retour.
Pourtant, l’auteur préserve son optimisme, à l’image d’une dernière page déroutante.

La paternité avec Hayao Miyazaki est évidente, autant par son propos que par cet univers structuré rappelant celui de Nausicaa.
Mais l’auteur a su se saisir de cette influence sans qu’elle prenne le pas sur l’originalité de sa proposition.
Chroniques de l’île de l’Éphèmére se déguste autant qu’il s’admire.

Une vision graphique vicérale

Une maitrise de multiples techniques

Si Chroniques de l’île de l’Éphémère attire l’attention, c’est aussi par un graphisme riche et ambitieux.
Evergreen Yeh est un jeune auteur taïwanais qui, après avoir travaillé dans le secteur de l’animation, s’est consacré à la bande dessinée à temps plein.

Son trait se démarque par de petits traits foisonnants, presque sauvages.
Certes, on ressent les marques d’une jeunesse mais on ne peut qu’apprécier cette diversité de techniques.
Sur l’ensemble du manga, on retrouve un crayonné rehaussé par une colorisation au pinceau délicate.
Mais, par quelques scènes choisies, le dessinateur se lance dans des expérimentations aussi brutales que fascinantes.
Ainsi, le trait d’Evergreen Yeh devient alors sauvage, presque instinctif, pour correspondre au symbolisme de certaines scènes.
Le pinceau se relâche ou disparait lors d’illustrations noires et blanches angoissantes.
Enfin, sur le troisième chapitre, cette ambition graphique explose.
Le pinceau laisse la place à des crayons de couleurs accentuant le mysticisme de ce chapitre.

Au final, le travail d’Evergreen Yeh est autant un hommage à Miyazaki qu’une véritable proposition graphique.
Ambitieuse, sauvage et variée, elle peut déstabiliser par cet aspect faussement inabouti.
Or, il ne faudrait pas se tromper et passer à côté d’un auteur indéniablement talentueux.

En résumé

Chroniques de l'île de l'éphémère de Li Shang-Chlao et Evergreen Yeh est un manga inattendu et d'une ambition graphique passionnante. 

Sur fond d'une mise en garde écologique, Li Shang-Chlao développe un monde sur plusieurs années et
plusieurs générations.
Chroniques de l'île de l'Éphémère
reste teinté de poésie, de dramaturgie et d 'une réflexion profonde sur la famille, l'amour et bien sûr le monde qui nous entoure.

Pour illustrer ce conte fantastique et onirique, Evergreen Yeh propose un dessin d'une émotion rare.

Le style varie suivant les atmosphères, donnant cette impression d'urgence à un monde qui se veut éphémère.

Une oeuvre et des auteurs à découvrir.

Prix et récompenses

  • Médaille de bronze du Japan International Manga Awards 2023

Pour lire nos chroniques sur le mystère du lac et Le grand voyage

Bulles Carrées

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