Les nouvelles aventures de Gertrude au pays de Fairyland.
Est-elle condamnée à y vivre pour toujours ?


On reprend (presque) les mêmes …

I Hate Fairyland de Skottie Young entame son troisième cycle.
Urban continue son opération de séparation, après Fluff Fairyland, voici Fairyland Forever.
Et si la division entre les deux premiers titres paraît judicieuse, car annonciatrice d’un retour en force de Gertrude, cette dernière mouture peut sembler un peu plus superficielle.
Cependant, elle suit la logique de Skottie Young qui commence cet album par une sorte de récapitulatif des épisodes précédents.
Et c’est d’ailleurs une des grandes qualités de Fairyland Forever : sa facilité d’accès.
Pas besoin d’avoir lu les tomes précédents pour se lancer dans l’aventure. Au final, c’est un éternel recommencement.
Cependant, Skottie Young n’ignore pas l’histoire passée de son héroïne, ramenant au passage un de ses protagonistes iconiques. Il est juste dommage que ce retour n’aille pas plus loin que la simple boutade. En effet, sur ce premier volume, le scénariste opte pour des histoires auto-contenues en un chapitre, pouvant se lire séparément les unes des autres.
L’humour, accompagné de litres de sang, fait toujours le job. Quant à Gertrude, elle n’a rien perdu de son agressivité légendaire.
Surtout qu’une thématique ressort de ce premier tome : hommage et dérision.
D’ailleurs, Skottie Young avait déjà amorcé la tendance sur le dernier volume de Fluff Fairyland et le retour fracassant de Dorothée.
Il s’amuse avec les créations iconiques de ses collègues, les parodiant non sans une certaine tendresse (et quelques os brisés).
Ainsi, Hellboy devient Hellicorne, et Usagi Yojimbo se transforme en grande admiratrice de la terrible Gertrude.
C’est souvent divertissant et on ne s’ennuie pas à la lecture de ce nouveau cycle. Pourtant, l’absence de fil rouge commence à peser, empêchant une réelle implication de la part du lectorat. Les nouveaux personnages disparaissent au chapitre suivant sans que les auteurs n’aient vraiment pris le temps d’un quelconque développement.
Certes, des chapitres sortent du lot comme celui consacré à Hellicorne ou l’hommage à Popeye mais, dans l’ensemble, on n’est plus aussi emporté qu’auparavant.
En réalité, Fairyland n’est plus une série à suivre dans sa continuité. Elle se picore, un chapitre de temps en temps, comme un gâteau à déguster pour éviter l’écœurement.
… Mais on change de dessinateur

S’il y a quelque chose qui change entre chaque cycle, c’est la partie graphique.
Alors que Brett Bean a tenu son rôle de remplaçant avec brio, c’est au tour de Derek Laufman de s’emparer de l’univers déjanté de Skottie Young.
Et sur le papier, l’idée est séduisante.
À priori, son style cartoonesque correspond à la charte globale de la série : excessif, réjouissant et ultra coloré.
J’aime beaucoup le travail de Derek Laufman , que ce soit sur ses récits anthropomorphiques comme les Trésors des terres de ruine ou plus adultes avec Duncross.
Malgré tout, son style paraît trop sage en comparaison de ses prédécesseurs. Les pages restent sanguinolentes mais il manque cette petite touche de grotesque qui rend les actions de Gertrude absolument jouissives.
Les pages sont belles, les designs inventifs et le chapitre hommage à Mike Mignola est une petite merveille. Mais dans l’ensemble, on perd un peu en folie et en exagération.
La fusion n’opère pas totalement.

C’est d’autant plus flagrant sur le dernier épisode dessiné par Jay Fosgitt.
En plus d’avoir en guest star Popeye, on retrouve dans le trait du dessinateur, toute la fougue, l’irrévérence et le jusqu’au boutisme de Gertrude.
C’est sanglant à souhait et débilement drôle.
Derek Laufman est, à ce jour, encore sur le titre, travaillant en même temps sur la reprise attendue de ses propres créations.
En résumé
Fairyland Forever de Skottie Young et Derek Laufman entame le troisième cycle des aventures de Gertrude.
Profitant de l'arrivée d'un nouveau dessinateur, Skottie Young relance la machine avec les mêmes recettes : violence, humour noir et grossièreté.
Avec, pour l'occasion, une petite pointe de parodie.
Fairyland, avec le temps, ne me fait plus autant vibrer qu'auparavant, la faute à des épisodes auto-contenus et l'abandon de réel fil rouge.
De plus, si j'apprécie Derek Laufman, son style est presque trop gentillet pour l'univers déjanté de Skottie Young.
Cependant, si on se contente de seulement picorer un chapitre par-ci, par-là, on se délectera des accès de colère d'une Gertrude toujours aussi peu commode.
Et la dernière partie dessinée par Jay Fosgitt, mettant en scène la rencontre entre Gertrude et Popeye, est un petit bonbon régressif à souhait.


Dans la même série :
- Fluff Fairyland
- Fairyland Forever

Pour lire nos chroniques sur :
- Bambi Remodeted
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