Si Rex a l’âme d’un aventurier, son jeune compagnon Pô est bien plus sur la réserve.
Et leur dernière quête montre une nouvelle fois, au grand désarroi de Rex, leur manque d’expertise.
Mais la découverte inopinée d’une carte au trésor pourrait bien changer la donne.
À condition qu’ils ne se fassent pas piquer le butin sous leur nez !
Donjon sans dragon

J’ai découvert le travail de Derek Laufman avec Bot-9, un récit original mais dont la brièveté pouvait laisser sur sa faim.
Avec Le trésor des Terres de Ruines, l’auteur canadien s’attaque à un genre sans chercher à échapper à ses codes.
Même la touche anthropomorphique est devenue, au fil du temps, une caractéristique récurrente de la fantaisie à l’instar des 5 Terres.
Mais paradoxalement, c’est aussi une des qualités de ce récit.
Réservée à un jeune public, la quête de Rex et de Pô ne ment pas sur ce qu’elle propose.
Avec cette chasse au trésor, Derek Laufman nous offre un pur divertissement aux multiples rebondissements.
Le ton se veut léger et teinté d’un humour omniprésent à l’image de notre duo.
Car on ne peut pas dire que Rex et Pô soient des aventuriers aguerris.
Si le renard n’hésite pas à se jeter dans la bataille, c’est moins le cas de son compagnon qui se retrouve ici un peu par hasard.
Sans être un trouillard, Pô fait ce qu’il peut et au final c’est aussi ce qui le rend attachant.
Cette faiblesse l’amènera à évoluer et à devenir, d’une certaine manière, le personnage le plus intéressant de la troupe.
Car Derek Laufman, pour les besoins de l’aventure, va étoffer son casting.
Surtout qu’en face, il y a de la concurrence.
Un trésor, ça attire les convoitises et entre êtres légendaires, brigands et traitrises, les défis seront nombreux.
Sans parler de l’énorme clin d’oeil à une créature qu’on n’imagine pas dans un récit de fantaisie jeunesse.
Au final, Le trésor des Terres de Ruines offre un petit vent de fraîcheur.
Malgré la légèreté du ton, la quête est assez épique pour nous tenir en haleine.
On regrettera cependant quelques facilités, notamment sur le dernier acte trop rapide.
Cartoon sur papier

Le style de Derek Laufman est nécessairement lié à l’ambiance de ses univers.
Son trait cartoony épouse à merveille les designs de ses personnages.
S’étant spécialisé dans l’anthropomorphisme, le dessinateur maitrise absolument son sujet et multiplie les charac-designs à l’envie.
D’une certaine manière, j’y ai retrouvé l’approche du regretté Mike Wieringo sur son titre Tellos.
Si ces derniers ne sont pas des plus originaux, ils peuvent, à certains moments, sortir du cadre avec des créatures comme ce Golem de pierre en forme de boule.
On sent toute l’influence que les dessins animés mais aussi un certain type de jeux vidéos ont pu avoir sur son dessin.
La mise en page est aérée, usant peut être un peu trop de gros plans, même si l’ensemble reste détaillé et parfaitement réhaussé par une mise en couleur lumineuse.
Les scènes d’actions sont réussies mais manquent, peut être, de puissance.
Cependant, l’objectif est de fluidifier la lecture pour le rendre accessible et lisible pour un jeune lectorat.
En définitive, si on ne retrouve pas le charme de l’univers de Bot-9, Le trésor des Terres de Ruines s’approprie les codes de la fantaisie pour mieux les digérer à sa façon.
En résumé
Le trésor des Terres de Ruines de Derek Laufman est un récit de fantaisie jeunesse qui fait la part belle à l'aventure et à l'humour.
Cette chasse au trésor aux multiples rebondissements s'approprie les codes du genre sans forcément les réinventer.
Mais à l'inverse, elle propose une quête haletante tenue par une galerie de personnages attachants.
Les designs anthropomorphiques de Derek Laufman sont toujours aussi agréables à regarder, même si on ne trouve pas l'inventivité de son Bot-9.
Reste que l'ensemble est parfaitement exécuté. Le trait est solide, la narration fluide et les couleurs lumineuses.
Un chouette récit, à réserver avant tout à un jeune public (ou de grands enfants !)


Pour lire les chroniques de L’écuyer et le chevalier et Yokaï
