Duncross (Derek Laufman)

Pour combattre les forces du mal, le père McKellen fait appel à un expert : sir Duncross.
Véritable pourfendeur de créatures démoniaques, il s’est donné comme mission de purifier le monde du mal qui le gangrène.

De la dark fantaisie pour adolescent.es

Une ambiance bien glauque

Duncross est le dernier projet du talentueux Derek Laufman.
Et pour l’occasion, l’auteur canadien délaisse ses univers anthropomorphiques et colorés pour se frotter à un récit plus ténébreux.

Dès les premières pages, il nous jette, aux côtés du classique duo Chevalier / Moine, dans un environnement glauque où les cadavres jonchent littéralement le sol.
Bien loin de la gentille quête qu’était Le trésor des terres de ruines, Duncross lorgne gentiment vers la dark fantaisie qui s’assume.
D’ailleurs, si l’ambition de Derek Laufman n’est pas de révolutionner le genre, il démontre qu’il en maitrise les rouages.

Sir Duncross est d’ailleurs assez caractéristique. Héros taciturne, aussi expérimenté que mystérieux, il fait partie de la longue lignée de mercenaires inspirés de The Witcher.
Et d’une certaine façon, le père McKellen est le « Jaskier » de Duncross.

Ce premier volume se divise en deux récits.
Si ces derniers restent assez classiques, ils ont au moins l’avantage de poser un environnement et une ambiance pesants.
Derek Laufman, sans tomber dan la violence gratuite, n’hésite pas à trancher dans le tas.
Les combats sont violents et permettent de faire évoluer les personnages principaux au sein d’une galerie restreinte mais terrifiante.
Entre l’église hantée et l’île maudite, l’auteur varie les plaisirs, se montrant d’une efficacité assez retorse.

Or, on commence à bien connaître le monsieur.
Et s’ił se montre alléchant dans ses propositions, ces dernières s’avèrent souvent frustrantes, par manque de développement.
Et c’est un peu les craintes que l’on peut avoir sur ce titre.

En effet, Duncross n’a rien d’original.
Les amateurs ne seront guère surpris par les résolutions de ses intrigues mais à la manière des débuts du mignolaverse, on rêve d’un univers en construction.
En effet, les bases posées dans cet album sont plaisantes. De plus, on a l’impression que Derek Laufman passe un cap avec cette série, démontrant de nouvelles aspirations.
Le titre n’est pas encore totalement « adulte » mais il est une porte d’entrée accessible à de nouvelles aventures.
Ce premier tome sonne comme un amuse-bouche sympathique. Il ne reste plus qu’à en faire, par la suite, un plat mémorable.

Malheureusement, on risque d’être déçu.
En effet, Derek Laufman vient de reprendre les dessins d’ I Hate Fairyland aux côtés de Skottie Young.
La nouvelle est réjouissante mais elle éloigne aussi la probabilité d’une suite.

Et c’est peut être là que le bat blesse !

Un dessin en pleine modulation

De chouettes designs de créatures

Là où Duncross étonne le plus, c’est sans doute sur sa partie graphique.
Derek Laufman a déjà un belle expérience derrière lui, majoritairement axée vers la jeunesse.
Son trait rond, fluide et, pour une partie de ses projets, anthropomorphique s’alliait à merveille avec des histoires simples, parfois poétique et souvent divertissantes.

Cependant, derrière cet esprit cartoonesque se cachait des influences prestigieuses allant de Lovecraft à l’inévitable Mike Mignola.
Et c’est un peu à ses grands noms que Duncross rend hommage.

À première vue, on pourrait voir cette série comme une version bêta des Trésor des terres de ruines.
La fantaisie était plus légère et le duo se montrait sous une autre forme mais dans le principe, les bases étaient bien présentes.
Il ne restait plus qu’à englober le tout dans un réalisme et une ambiance oppressante pour qu’émerge Duncross.
Et pour le coup, c’est une véritable réussite.
Aussi à l’aise avec les êtres de chairs et de sang, le dessinateur canadien se montre inspiré par une recherche de violence graphique « libératrice ».
Ses créatures sortent d’un bestiaire connu mais ont une présence immédiate, tout comme nos deux compères : Duncross et McKellen.
Paradoxalement, le dessin conserve ses rondeurs et son aspect cartoon mais il est atténué par un encrage massif et des aplats de noirs omniprésents.

Avant de s’attaquer à I hate Fairyland, Derek Laufman s’amuse avec un univers plus « terre à terre » mais terriblement démoniaque.
Et rien que pour cela, la série vaut le coup d’oeil !

Pour résumer

Avec Duncross, Derek Laufman délaisse ses mignoneries anthropomorphiques pour épouser la brutalité de la dark fantaisie. 

Si on peut voir ce projet comme une version bêta des Trésors des terres de ruines, Duncross est avant tout un moyen pour son auteur de reprendre les codes d'un genre qu'il affectionne.

Assumant ses multiples influences tout en gardant la rondeur et la fraicheur de son dessin, Derek Laufman pose les bases d'un environnement effrayant mais intriguant.
Certes, Duncross n'est pas original pour un sou mais les récits sont parfaitement maitrisés et symbolisent de nouvelles envies pour un auteur en pleine expansion.

Ce n'est sans doute pas pour rien qu'il est depuis peu le nouveau dessinateur d'un titre aussi prestigieux (et barré) qu'I Hate Fairyland
!

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Bulles Carrées

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