Guerre à Gaza ( Joe Sacco)

Les attentats du Hamas en Israël, le 7 octobre, ont frappé dans sa propre chair tout un peuple, ouvrant une nouvelle fois les cicatrices de l’Histoire.
Joe Sacco, auteur et spécialiste de la question palestinienne, s’attendait à une réaction de la part d’Israël.
Mais il n’imaginait pas la démesure qu’elle prendrait lors des attaques sur Gaza.

À la demande d’un ami, le conjurant de faire entendre sa voix contre « les crimes commis », l’auteur américain se lance dans un pamphlet, sonnant comme une mise en garde pour nos démocraties.

« Auto-défense génocidaire »

Horreur et hypocrisie

Le soutien américain

La guerre ne touche essentiellement qu’une sorte de victimes : les innocents.
Tout débute avec les attaques du 7 octobre 2023.
L’attentat se solde par un milliers de décès et environ 251 otages qu’Israël n’aura de cesse de délivrer.
Des innocents qui, pour certains, n’adoubaient sans doute pas la politique de Netanyahu.
La réponse ne tarde pas.
L’armée israélienne frappe la bande de Gaza.
Mais derrière les bombes, ce sont des milliers de gazaouis mourant en tant que « victimes collatérales » d’une vengeance quasi-religieuse.
La plupart étaient des innocents qui, pour certains, ne soutenaient pas les hommes du Hamas.

Avec Guerre à Gaza, Joe Sacco se fait le porte parole de ces innocents.
Ainsi, comme dans la plupart de ses oeuvres, il revendique sa subjectivité, allant jusqu’à se mettre en scène.
En effet, dans une scène mémorable, il imagine une gouvernement revanchard, se servant de ses impôts pour fabriquer les bombes qui tomberont sur la bande de Gaza.
Derrière cette ironie, se cache une réalité.
Alors que certains américains sont dans la rue, l’administration Biden dilapide l’argent de ses citoyens pour financer une génocide.

Car, si des hommes, des femmes et des enfants meurent sous les bombes, c’est essentiellement grâce au financement américain.
Loin d’être dupe, Joe Sacco fustige la pseudo-humanité américaine, dénonçant au contraire son hypocrisie.
Ainsi, cette alliance indéfectible entre les Etats-Unis et Israël l’amène à participer, quoi qu’ils en disent, à un massacre organisé.

Or, pour légitimer ces actions, le discours doit être rodé, quitte à renier les valeurs même de la république.

La faillite des démocraties

Répressions des uns et morts des autres

Joe Sacco raconte un fait méconnu.
Du moins, je ne le connaissais pas.
Joe Biden, lors d’un discours, dénonce les massacres du Hamas en parlant de décapitation de bébés.
Or, il n’y a aucune preuve de ces décapitations et la Maison Blanche dément les propos du président.

Mais le mal est fait. Et répétition après répétition, une vision collective se met en place, visant à « excuser » les assauts de l’armée israélienne.
En effet, comment en vouloir à un pays qui se venge de décapitations d’enfants ?
Oeil pour oeil, dent pour dent !

L’idée n’est pas de renier les crimes du Hamas. Bien au contraire.
Mais la question doit être posée : est-ce que cela justifie la mort de tous ces innocents ?
Surtout quand une partie du discours tient sur le mensonge, l’hypocrisie et la répression.
À partir du moment où le président des Etats-Unis propage des fake news tout en se faisant passer pour la plus grande puissance humanitaire, plus rien n’a de sens.

Comme beaucoup, Joe Sacco met en relation la politique de Biden vis à vis de Gaza et la défaite du camp démocrate lors des élections présidentielles.
La jeunesse, notamment américaine, s’est prononcée contre les attaques sur Gaza. Pour cette liberté d’expression, elle a été critiquée, moquée et réprimée.
Les tirs israéliens sur la population gazaouie et les matraques des policiers américains contre les étudiant.es ont les mêmes répercussions : la destruction profonde des valeurs démocratiques.
Le « plus jamais ça » tant défendu à une époque devient le discours à abattre.

Aux prochaines élections, le peuple américain devra choisir entre :
Un président qui a facilité un génocide
et un ancien président qui « mettra fin à notre démocratie ».

Peut-être qu’une république en décomposition mérite cette conversation sur l’argument du moindre mal.

Joe sacco

L’indé américain

Des images percutantes

Joe Sacco est un auteur d’origine maltaise qui a consacré une grande partie de sa carrière à la question des conflits mondiaux.
Par le biais de reportages dessinés, il s’est intéressé autant à la première guerre mondiale, à la guerre de Bosnie qu’au conflit Israélo-palestinien.
Palestine puis Gaza 1956 ont d’ailleurs été récompensés respectivement par un American book award en 1996 et un Eisner en 2010.

Le trait de Joe Sacco est assez typique.
Essentiellement en noir et blanc, il se caractérise par un encrage marqué et des aplats grisés et ciselés donnant de la profondeur et du volume à son dessin.
Son style lorgne vers le réalisme, notamment sur les personnages politiques ( de Joe Bident à Netanyahu). Et par moments, il frôle le cartoonesque, surtout quand ce dernier se met en scène.
Sa mise en page marque les esprits par le biais d’images puissantes, tantôt violentes, tantôt dérangeantes et parfois grotesques.
Si certaines images peuvent choquer, elles cherchent avant tout à nous mettre devant des horreurs ignorées par une grande partie de la population.

En résumé

Il est difficile de discuter du conflit israélo-palestinien sans tomber dans la polémique. 
On est soit contre, soit pour, les "entre-deux" n'étant plus entendus.

Guerre à Gaza de Joe Sacco, par son propos et sa réflexion, est un ouvrage essentiel, continuant d'une certaine façon l'immense travail entrepris par son auteur autour de ce conflit.

Plus court, il n'en est pas moins percutant dans cette réponse, résonnant comme une profonde critique de l'administration Biden.
De la vente d'armes à l'hypocrisie des instituions politiques, il y voit une forme de désaveu des régimes démocratiques qui, petit à petit, cèdent face à des actes destructeurs.
Les valeurs s'inversent et prendre leur défense amène à d'inévitables répercutions.
Des journalistes meurent en dévoilant la réalité de la situation à Gaza et des étudiants sont réprimés pour la simple expression d'un avis contraire.


Or, dans ce marasme qu'est devenu le monde, une seule chose persiste : juifs ou gazaouis, seuls les innocents trinquent !

Prix et récompenses

  • Eisner Awards – Best Single Issue/One-Shot – 2025

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