Amo vit au sein d’un petit clan de chasseurs : les Matagi.
En dépit des règles du village, elle chasse les bêtes marquées par la Déesse Yamagami avec Manza.
Or, leurs escapades attirent l’attention de cette dernière qui jette son dévolu sur son compagnon et envoie ses émissaires le kidnapper.
La chasseuse terrasse l’un d’entre eux sans pour autant réussir à sauver son ami. Marquée et sans attache, elle décide de retrouver sa trace et de le libérer du joug de Yamagami.
La légende d’Amo commence !
Kidnapping divin
Une épopée grandiose

La légende d’Amo de Noabuaki Tadano impressionne par sa taille.
En effet, Mangetsu édite la série directement en un intégral de 688 pages, agrémenté d’un petit cahier graphique en bonus.
Épuré et sans la moindre jaquette, l’objet dénote par sa forme.
D’ailleurs, on peut être surpris sur cette prise de risque. Avec un auteur peu connu et sans illustration de couverture, il fallait que le bouche à oreille soit fabuleux.
Sur ce point, les ventes seront le juge de paix mais, de mon côté, j’ai aperçu peu de retours mais juste assez pour m’intriguer.
En ouvrant les premières pages du manga, on pense immanquablement à Hayao Miyazaki.
Il faut avouer que Princesse Mononoké a tellement imprégné nos esprits que la comparaison parait presque trop facile.
Et effectivement, si l’on peut faire le lien entre les deux auteurs, en réalité, La légende d’Amo s’en éloigne rapidement.
Amo pourrait faire partie de ces points communs tant l’héroïne est une figure forte.
En réalité, Nobuaki Tadano inverse la dynamique, donnant à son héroïne tous les codes du héros classique qui part à la rescousse de son compagnon en détresse.
Chasseuse expérimentée mais non reconnue, elle affronte, sans aucune hésitation, les créatures surpuissantes qui lui font face.
Bien sûr, comme un mixte de mythologie et de Shonen, on lui découvrira certaines prédispositions.
Ce qui n’enlève rien à son courage. Et encore moins à sa ténacité !
Le parcours d’Amo évoluera au fil du manga.
D’une simple quête de recherche, elle se retrouve à affronter des êtres qui la surpassent.
Ces rencontres provoquent des affrontements épiques où la rage des combattant.es se déchaîne.
Malgré tout, le chemin est par moment cabossé et certains éléments resteront sans réponses, comme les origines de la chasseuse.
D’autres scènes pourront paraître essentielles et seront finalement laissées de côté.
L’histoire est vaste mais on sent que le mangaka a fait preuve, par moment, d’excès, provoquant une certaine frustration.
C’est d’ailleurs le cas de la fin qui pourrait décevoir. On s’attendait à une véritable explosion et elle n’aura, au final, pas lieu. Il faut dire que le némésis du dernier chapitre n’a pas le charisme de Yamagami.
Cependant, il ne faudrait pas bouder notre plaisir.
La légende d’Amo est un récit captivant avec un lore tout aussi fascinant.
Une « mythologie » foisonnante

La présence divine marque fortement le récit de Nobuaki Tadano.
Amo vit dans un monde où les Hommes et les Dieux coexistent.
À l’image de Land, ces dieux ont pris l’ascendant sur une société servile qui peut sacrifier sa famille pour ne pas fâcher une divinité.
C’est le cas du clan des Matagi. Ils ne peuvent chasser qu’avec l’accord de leur déesse, symbolisée par la marque portée par les animaux (et les banni.es).
La déesse Yamagami, dont le rôle pourrait évoquer celui de Demeter, a un caractère bien trempé.
Celle-ci a une approche plus mythologique : caractérielle et avec des exigences à assouvir.
Yamagami est une femme toxique, une sorte de harceleuse en puissance et sa violence exprime un rejet qu’elle n’accepte pas.
À l’image de Zeus, elle jette son dévolu sur ses proies humaines et peut se montrer extrêmement jalouse et vindicative.
Ses interactions avec Manza sont bien écrites, montrant autant la résistance du héros que la perversité de la déesse.
Les animaux ont une place importante dans cette mythologie.
Emissaires ou figures divines, ils sont l’expression d’une forme primale et féroce.
On peut aussi les voir comme des échos naturalistes de la tradition japonaise.
Ainsi, La légende d’Amo puise dans de multiples traditions : mythologie grecque, animalière et japonaise.
Le récit nous montre, avant tout, des divinités aussi faillibles que les humains.
Un miracle graphique

Graphiquement, La légende d’Amo est sublime.
Si je n’ai jamais rien lu de Nobuaki Tadano, il n’est pas un total inconnu en France.
On l’a découvert avec 7 milliards d’aiguilles et Ethnicity 01 dans un style évoquant La légende d’Amo sans en avoir encore la maitrise formelle.
En grandissant, son trait s’est affiné autant sur les personnages que sur les décors foisonnant de détails.
Ainsi, les espaces sont diversifiés et reflètent autant la beauté des espaces naturels que le grouillement des villes.
Les designs des créatures restent classiques mais extrêmement fignolés. Quant aux personnages, on retrouve, par certains aspects, une forme de stylisation graphique à la Fool Night.
Les cadrages paraissent basiques mais la mise en page sublime le dynamisme complètement dingue des scènes de combat.
Nobuaki Tadano est épatant et devient un des noms de mangaka à retenir pour les prochaines années.
En résumé
La légende d'Amo de Nobuaki Tadano est la petite surprise de cette fin d'année en manga.
Si l'esprit rappelle forcément les récits d'Hayao Miyasaki, Nobuaki Tadano nous offre une épopée qui, d'une certaine façon, évoque aussi les grands classiques mythologiques.
En inversant les rôles, le mangaka lance son héroïne au secours de son compagnon, emprisonné par une déesse abusive.
L'ampleur de l'oeuvre se caractérise par un environnement foisonnant laissant malgré tout quelques trous dans l'intrigue.
En effet, si La légende d'Amo est captivante et de toute beauté, on regrette quelques errements narratifs et des développements "sans lendemain".
De même, la fin manque de puissance, surtout si on la compare avec d'autres affrontements dantesques.
Néanmoins, La légende d'Amo reste un récit passionnant et son esthétisme de toute beauté nous plonge, avec une certaine fascination, dans la richesse de cet univers.


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