Mémoires d’un garçon agité (Vincent Zabus / Valérie Vernay)

À 10 ans, Germain a pris une immense décision : il ne grandira plus !
Et pour cause, il n’a pas l’intention de devenir adulte. Il faut dire que le monde qu’on lui propose ne lui plaît guère.
Or, pour arrêter le temps, une seule solution s’impose : écrire son histoire.
Et pour cela, il a déjà un pseudo adéquat et un titre : Mémoires d’un garçon agité.

À travers les yeux de Germain

Un garçon dans la lune

Ecrire pour comprendre

Avec Mémoires d’un garçon agité, Vincent Zabus et Valèrie Vernay nous proposent d’explorer les jeunes années d’un garçon pas comme les autres.

Enfin, pas comme les autres, pour les adultes tout du moins. Comme dirait sa maîtresse, Germain « est fort dans la lune ».
Le jeune garçon réfléchit au monde qui l’entoure, aidé en cela par « une petite voix dans la tête ». L’état du monde, les élections, les disputes continuelles des grands-parents sont autant de sujets qui alimentent un esprit fertile, en quête de connaissances.
Or, à la hauteur de ses 10 ans, il a pris une décision importante, il ne veut pas devenir adulte.

Pourtant, Germain ne vit pas dans une famille maltraitante.
Il a des parents aimants qui s’inquiètent sans doute trop, des grands-parents aigris mais compatissants, un parrain mystérieux, des amis présents dans les moments difficiles et une amoureuse qui sait trouver les mots justes.
Et puis, il y a cette petite soeur, trop présente et, en même temps, terriblement absente.

Mais Germain n’aime pas le monde des adultes.
Il le juge avec amusement mais aussi sévérité.
S’il peut compter sur la présence de son parrain ou l’écoute de son père, il n’ignore pas leur contradiction.
Ainsi, il décrit son père ainsi :

Mon père adore refaire le monde en discutant avec les gens …
Maman n’arrête pas de lui répéter que s’il veut changer le monde, il ferait mieux de manifester.
Papa est d’accord avec Maman, mais comme il a peur de prendre des coups, il préfère continuer à causer…

L’album fait la part belle à ce genre de réflexions d’une simplicité enfantine mais d’une pertinence saisissante.
Comme si voir le monde par le biais d’un enfant apportait le recul nécessaire pour mieux le comprendre.
Enfin, c’est ce que Germain aimerait croire.
Car l’enfant est adepte des erreurs de jugements. Il faut dire qu’à son âge, c’est plutôt normal.
La réalité reste complexe et les différentes émotions traversant les Mémoires d’un garçon agité en sont la parfaite retranscription.
On découvre, avant tout, des moments de vie traités avec justesse, humour mais aussi tristesse.
Celle d’un enfant qui ne souhaite pas se souvenir du pire !

À hauteur d’enfant

Tristesse et deuil

Mémoires d’un garçon agité se divise en plusieurs récits.
Si le premier nous explique le point de vue du garçon nous amenant à cette envie d’écrire ses mémoires , dès le second, nous faisons un retour en arrière de 3 ans.
De ses 7 ans jusqu’à ses 10 ans, Germain nous expose quatre moments marquants de sa jeune vie d’enfant.

Le premier revient sur une rencontre houleuse avec le père Noël, le second nous décrit un week-end chez ses grands-parents, le troisième raconte le retour de son parrain et le quatrième se termine au sein d’un EPHAD.
À travers ces quatre souvenirs, Germain apprend à découvrir les failles et les injustices du monde des adultes.
À cet égard, le premier récit fait mouche. Si ce récit de Noël commence avec humour et un certain art du décalage, rapidement, l’égocentrisme du gamin percute la réalité. Et la situation se dégrade tellement que le Père Noël, pour avoir refusé de lire la lettre du garçon, se retrouve au commissariat.
Inévitablement, Germain se sent coupable mais il est encore loin d’imaginer la vérité, se cachant derrière ce coup d’éclat.

Vincent Zabus, par le biais des découvertes du jeune enfant, explore de nombreuses thématiques, allant de l’illettrisme à l’alcoolisme en passant par l’aigreur de la vieillesse et la perte d’un animal de compagnie.
S’il ne cherche pas à apporter des solutions aux questionnements du jeune enfant, il n’en est pas moins pertinent, évitant toute caricature ou facilité d’esprit.

Derrière ces histoires, Germain cache un drame plus profond, un « gros truc » qu’il tente de masquer.
Au fil du récit, les indices et suppositions ne font aucun doute mais alors qu’on comprend les tenants et les aboutissants de son trauma, c’est au garçon de prendre en compte celui-ci.
Son ombre est omniprésente et oppressante, s’insinuant dans certains recoins du récit comme un rappel continuel pour le jeune enfant.

Or, c’est bien à travers ses écrits qu’il pourra exprimer son ressenti.

« Écrire pour comprendre l’injustifiable. »

À la manière de …

Un pur travail d’observation

Le dessin de Valérie Vernay a beaucoup changé ces derniers temps.
En effet, il est difficile d’imaginer que la dessinatrice de La mémoire de l’eau, de Rose et d’Un loup pour l’Homme soit la même que Mémoires d’un garçon agité.
Alors bien sûr, l’oeil avisé y retrouvera certaines accointances et les connaisseurs argueront qu’elle n’a cessé de faire évoluer sa technique au fil des projets, passant de l’outil informatique aux pinceaux.
Cependant, elle semble, notamment depuis Oscar et la Dame rose, avoir opté pour une simplification drastique de son trait.
Or, pour ce projet, cette approche est d’autant plus pertinente qu’elle rappelle celle d’un dénommé Sempé.
En effet, on y retrouve ce sens de l’observation allié à une retranscription d’émotions simples, somme saisies sur l’instant.

Les aplats de couleurs jouent un rôle primordial dans la narration.
Chaque teinte, allant du jaune au bleu en passant par le rose et le vert, explore un âge distinct de Germain, permettant une mise en abime claire et précise.

Avec cet album, Valérie Vernay confirme une parenté certaine avec l’immense Sempé, autant dans l’exploration des petits moments de la vie que dans sa retranscription des émotions.

En résumé

Mémoires d'un garçon agité de Vincent Zabus et Valérie Vernay est une oeuvre drôle, touchante, enfantine et pourtant particulièrement pertinente. 
À travers le regard et les écrits d'un jeune garçon de 10 ans, on découvre un monde adulte empli de failles et d'injustices mais aussi de douceur et d'humanité.
Sans aucun pathos et avec un certain recul, Vincent Zabus explore de nombreuses thématiques allant de l'illettrisme à l'alcoolisme en passant par le deuil et la vieillesse.
Car derrière les réflexions de Germain, il y a ce que les adultes cachent mais aussi ce que le jeune garçon ne veut pas mentionner.

Depuis Oscar et la dame rose, Valérie Vernay opte pour une démarche simplifiée. Son style, qui n'est pas sans rappeler celui de Sempé, colle à merveille à un récit prônant la parole enfantine et le sens de l'observation.

Un coup de coeur aux mille et une émotions !
Bulles carrées

Pour lire nos chroniques sur :

Laisser un commentaire

Retour en haut