Mots Tordus et Bulles Carrées

Le roi cerf (Taro Sekiguchi)

Van a passé les dernières années dans les geôles de l’Empire de Zol.
Alors que la mine où il est incarcéré est attaquée par une meute de loups noirs, il n’hésite pas à sauver une jeune fille de leurs crocs, sans pour autant craindre la maladie qu’ils propagent à travers le territoire.

Et pour cause, l’ancien guerrier du clan des rameaux solitaires est immunisé.
Un « talent » qui va attirer de nombreux regards vers lui et qui l’oblige à fuir avec la jeune fille, Yuna, qu’il prend sous son aile.

Avant propos : un projet atypique

L’adaptation d’un long métrage

Le manga, dans la grande majorité des cas de figures, est à l’origine d’une adaptation en dessin animé.
Mais dans de rares cas, comme pour Evangelion ou The voice of a distant star, c’est l’inverse qui se produit.

Avec le Roi Cerf, c’est encore plus particulier.
Le roman de Nahoko Uehashi a été adaptée quasi conjointement en un long métrage par Masashi Ando en 2022 et en manga par Taro Sekiguchi.
L’animé est passé un peu inaperçu chez nous, malgré de belles mentions à Gérardmer et Annecy.
La bande annonce promettait pourtant un bel ouvrage technique et un univers qui rappelle immédiatement un chef d’oeuvre de l’animation japonaise : Princesse Mononoke d’Ayao Miyasaki.

Pour profiter de cette sortie, Sakka publie l’adaptation manga de Taro Sekiguchi qui offre donc une autre version du roman.

Le roi Cerf (bande annonce long métrage)

Fantaisie à la Miyazaki

Le règne des hommes mis à mal par une étrange épidémie

Un univers moyenâgeux

Dés les premières pages, on comprend assez vite que l’ambiance ne va pas être à la rigolade.
L’ empire de Zol a envahi son ennemi de toujours, le royaume d’Aquafa.
Mais l’empire a dû interrompre sa progression pour ne pas être frappée par une étrange maladie infestant le pays : « La fièvre des loups noirs »
Cette épidémie, sorte de rage, s’étend sur tout le royaume et touche jusqu’à ses plus hautes sphères.

Hors Van, prisonnier de l’empire Zol qui appartenait aux légendaires guerrier du clan des Rameaux, semble être épargné, sans que lui-même en connaisse la raison.
Cette particularité va attirer l’attention sur lui et mettre en branle les oppositions politiques de l’Empire.
Alors que l’empereur est touché par la maladie, certains ne voient pas d’un bon oeil l’existence d’un potentiel remède.
Du moins pas avant la mort du monarque.
Sans même s’en rendre compte, Van se retrouve poursuivi par 2 hommes aux objectifs opposés quant à sa destinée.

L’univers du Roi Cerf est cohérent et parfaitement mis en place par un léger résumé de la situation sur les premières pages.
Si celui-ci reprend assez classiquement la thématique de la rivalité de pouvoir, l’évolution de la situation amène quelques surprises, venant surtout et avant tout de l’humanité des personnages.
Si l’ambiance se veut contemplatives dans le premier tome, elle se révèle beaucoup plus tendu sur le second qui laisse place aux affrontements.

Une relation quasi filiale

Une relation fusionnelle

L’une des grandes réussites de cette adaptation vient de la relation fusionnelle qui s’établit entre Van et Yuna.
Van est un solitaire, résigné à son emprisonnement tout en gardant en lui un profond sens de la justice.

Au début du manga, Yuna est épuisée par sa situation à la mine mais la découverte du guerrier puis son sauvetage vont lui rendre le sourire.
Elle gardera ce visage radieux une bonne partie du manga.

Ici, tout le talent est de nous faire ressentir les choses avec peu.
Van n’est pas un grand bavard.
Mais ce qu’il exprime, à travers ses regards et sa posture, montre à quel point il est attaché à la jeune fille.
Leur relation est tendre et Yuna voit immédiatement en Van une figure paternelle.
Ce qu’il semble accepter avec sincérité et responsabilité.
La protection de la jeune fille devient son nouvel objectif et l’amènera à prendre des décisions radicale.

Van est un personnage touchant.
Certes, c’est un guerrier, mais il a un profond respect pour les êtres vivants qui l’entourent.
Son rapport à la nature, et notamment au cerf qu’il va chevaucher, est lui aussi très intéressant.
Sur le second volume, il semble plus assagi , au moins apaisé.
Au final, derrière cette façade quasi monolithique, se cache un personnage émouvant et foncièrement humain.

Un dessin sobre et efficace

Le travail graphique de Taro Sekiguchi retranscrit assez bien celui du long métrage.
Son trait, plutôt sobre, se démarque par la finesse de son encrage, avec un travail assez poussé sur les matières.
L’auteur accorde une grande importance à ses décors fins et détaillés tranchant avec la simplicité des visages.

Le dessin semble attendre une colorisation qu’on ne retrouve, malheureusement, que sur les habituelles pages d’ouverture.

On regrettera peut être des couvertures un peu en dessous qui pourraient rebuter certains lecteurs mais, dans l’ensemble, le côté classique du style de Taro Sekiguchi risque d’en ravir une majorité.

En résumé

Le roi cerf a été présenté par beaucoup comme le digne successeur de Princesse Mononoké.
Si on y retrouve une certaine maturité et un attachement prononcé à la nature, le manga de Taro Sekiguchi, adaptation commune avec le long métrage du roman de Nanoko Uehashi, propose une intrigue qui dépasse le simple hommage et marque les esprits par la relation qui lie Van et la petite Yuna. 

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