Un village au Moyen Age, des rats et un joueur de flute, ça vous dit quelque chose ? Mais ce que vous ne savez pas c’est qu’une jeune fille, porteuse d’eau et enfant des rues, nommée Mirella, a eu un rôle très important dans cette histoire. Et peut être même bien davantage que le fameux dératiseur du conte. Découvrez le récit plein d’humour et de féminisme de cette jeune héroïne dans l’Estrange Malaventure de Mirella de Flore Vesco.


Seule contre tous
Hamelin. Modeste bourgade à la tête de laquelle règne le bourgmestre, un homme bien né, bien en chair et ripailleur.
Tout en bas de l’échelle sociale – et du bourg d’Hamelin – vit, comme elle le peut, Mirella. Cette jeune fille de 15 ans, orpheline, passe son temps à courir pour porter de l’eau à la demande des plus riches mais aussi pour échapper à la convoitise des hommes qui l’entourent.
Dans cette bourgade sévit la lèpre qui isole ses malades, réduits à avancer masqués et à survivre de mendicité. Mais ce n’est pas elle qui menace le plus Hamelin.
Mirella repère un homme nommé Peest, vêtu de noir, qui chuchote à l’oreille de ceux qui vont mourir d’un mal bien plus foudroyant : la peste. Et elle est la seule à le voir. Mais qui est-il vraiment ? Homme ou divinité ?
Face à ce fléau, voici la décision du bourgmestre :
Pour prévenir la propagation du Mal pestilentiel, j’ai pensé à l’organisation que voici. Hamelin est quadrillée en quartiers. Des messagers, chaque matin, frapperont à toutes les portes. Tous ceux logeant sous ce toit devront se présenter à eux, au complet. Si un quidam ne vient pas à la porte, c’est donc qu’il est couché. S’il est couché, c’est qu’il est malade. Et s’il est malade, c’est qu’il est dangereux. Dans ce cas, le messager apposera, à la craie, une croix sur sa porte. Il sera interdit d’entrer dans toute demeure ainsi marquée.
Désormais, seuls les porteurs d’eau (et les enfants qui veulent profiter des rues libérées) sont admis dans les ruelles.
Or, un jour, débarque un jeune flutiste nommé Gastun qui prouve au bourgmestre qu’il a les capacités, par son jeu, d’attirer les rats de la ville. La solution est donc trouvée ! Mais encore faut-il tenir ses promesses et rétribuer le sauveur. Cependant, le bourgmestre n’a pas de parole et ne se préoccupe que de sa propre personne…
De son côté, Mirella prend soin des déshérités et aide de son mieux ceux qui sont trop pauvres pour trouver sécurité et subsistance. Elle protège ainsi un jeune garçon nommé Pan.
Vous l’aurez compris, les références dans ce roman seront nombreuses au conte du Joueur de flute de Hamelin mais aussi aux légendes du Moyen Age.
Une damoiselle qui sait ce qu’elle veut
Comme toujours dans les romans de Flore Vesco, et d’autant plus dans les réécritures de contes, le personnage central est une héroïne au fort tempérament, aux prises avec les hommes et son désir naissant.
Le récit se situant au Moyen Age, la place de la femme (et de l’orpheline pauvresse encore davantage) est fragile et soumise au bon vouloir de la gente masculine. Mais Mirella n’en est pas moins très moderne par son attitude et ses réactions.
Pendant tout le roman, on va la suivre, toujours sur le qui-vive, preste et alerte, maline et solitaire, à travers les ruelles d’Hamelin. Et entre Guerric, le porteur d’eau lourdeau qui essaye de la coincer dans un coin, Peest, l’homme mystérieux qui commande aux rats et à la peste, et Gastun, le joueur de flute séduisant mais bien peu compétent, elle va avoir fort à faire !
Mais Mirella a un don. Et l’arrivée de Peest dans la ville va lui permettre de le développer.
Elle prit une longue goulée d’air. Ses membres avaient cessé de trembler. Sa tête était claire, son regard droit, sa poitrine ouverte et déterminée, ses pieds bien ancrés dans les sol. Mirella se sentait sûre d’elle. C’était pour elle une sensation nouvelle et étrange. Sans doute enfant, avait-elle été ainsi, inconsciente et téméraire. En grandissant, quelque part sur le chemin, elle avait perdu cet aplomb. Et voilà qu’elle le retrouvait. La peur l’avait quittée.
Lire L’Estrange Malaventure de Mirella, c’est aussi plonger avec délectation dans une langue surannée mais délicieuse, empreinte d’Ancien Français et d’expressions imagées à l’humour ravageur.
Flore Vesco créer bien plus qu’une réécriture : elle redonne vie et sonorité aux récits anciens, avec des mots qui sonnent et apportent une touche médiévale à l’histoire.
Il faut ainsi se laisser porter par les mots, suivre le mouvement fluide du vocabulaire précieux que l’autrice utilise. La langue est belle et « parlader comme en temps jadis » n’est pas ici une coquetterie. Cela apporte un ton original et chantant au récit.
Pourquoi lire l’Estrange Malaventure de Mirella ?
Premier opus d'une série de romans réécritures de contes, je découvre dans l'ordre antichronologique mais avec toujours autant de plaisir, l'écriture et les personnages féminins de Flore Vesco dans L'Estrange malaventure de Mirella. Entre danse macabre, ruelles moyenâgeuses, lépreux et bourgmestre, influence de la religion et soupçons de sorcellerie, suivez les pas et les mélodies de Mirella dans les rues d'Hamelin. La langue aux accents médiévaux est belle, vive et souvent drôle. Un grand plaisir de lecture !

