Messire Guillaume (Gwen de Bonneval / Matthieu Bonhomme)

Certains samedis, nous vous ferons découvrir le fond de notre bibliothèque à la recherche de bandes dessinées, romans ou albums plus anciens (au minimum d’une dizaine d’années) qu’il nous semble judicieux de remettre en avant. 
Plus qu’une chronique, nous essaierons de vous expliquer pourquoi notre choix s’est porté sur tel ou tel ouvrage. 

Messire Guillaume : Une série en 3 tomes

Le contexte

Et nous commençons ce mois-ci avec Messire Guillaume, une bande dessinée en 3 tomes sortie en 2006-2009 aux éditions Dupuis, dans leur collection, maintenant défunte, Repérage
Celle-ci, créée en 1988, proposait des histoires pour un lectorat plus âgé que celui habitué aux éditions Dupuis

Les auteurs

Messire Guillaume a été élaboré par un duo d’auteurs que l’on connait bien maintenant : Gwen de Bonneval (que l’on a retrouvé récemment sur le Dernier Atlas) et surtout Matthieu Bonhomme (dont on a déjà parlé pour sa revisite de Lucky Luke). 

Matthieu Bonhomme collaborait avec Fabien Vehlmann sur le marquis d’Anaon avant de créer Esteban (sublime série jeunesse/ado que je ne peux que conseiller aussi).
Gwen de Bonneval terminait tout juste Gilgamesh avec Frantz Duchazeau
Messire Guillaume arrive dans un contexte prometteur.
Il permet aux auteurs de se lancer dans une période plutôt connue de la Bd (le Moyen-Âge) mais avec une approche plus personnelle.
Se connaissant depuis leurs années atelier, ils entament avec cette série leur première (et dernière) collaboration. 

Cela me permet tout de suite d’éjecter le point épineux de cette série : la fin. 
Il est évident que tout cela ne devait pas se terminer ainsi. 
A la fin du second tome, on parle de première histoire et les divers interviews confirment qu’ils avaient des projets sur le long terme.
Pourtant, le 3eme tome sera le dernier. 
Pourquoi ? On ne le saura sans doute jamais (en tout cas, moi, je ne le sais pas) mais on ne peut qu’être frustré par une fin ouverte qui laisse de nombreuses question en suspens. 

Pourquoi faut-il lire Messire Guillaume ?
Le dessin de Matthieu Bonhomme


Le premier point qui me semble évident, c’est le dessin de Matthieu Bonhomme
J’ai découvert  Messire Guillaume par le biais de l’intégral noir et blanc.
Je suis tombé sous le charme de la puissance graphique des crayonnés du dessinateur (sorte d’encrage accentué par des ombrages crayonnés).
Je connaissais déjà son travail mais je trouve que sur Messire Guillaume, il expérimente de nouvelles choses. Que ce soit d’un point de vue narratif ou technique, son travail est exceptionnel. 
Epaulé par les couleurs de Walter, sa narration est fluide et d’une lisibilité sans faille. 

Le scénario de Gwen de Bonneval

Cependant, si seul le dessin était au niveau, on ne vous en parlerais pas. Beaucoup ont la dent dure contre la conclusion de cette série mais, si cela peut se comprendre, c’est oublier un peu vite toutes les qualités du scénario de Gwen de Bonneval . 
Aux premiers abords, si la période historique est un simple décor pour écrire le récit initiatique du jeune Guillaume, elle n’en est pas moins un élément essentiel du scénario. Derrière une imagerie fantastique, Gwen de Bonneval nous propose une approche littéraire intéressante. 

L’imagerie du chevalier

L’exemple le plus prégnant est celui du chevalier de Brabançon (peut être le personnage le plus intéressant du récit).
Ce dernier est une retranscription des chevaliers issus des romans courtois. 
Certes, le personnage est moins lisse que les archétypes du genre mais il n’en a pas moins les mêmes codes et la même façon de penser.  
D’une certaine façon, à travers ce personnage, nous retrouvons un écho des études littéraires de l’auteur. 

Messire Guillaume et son atmosphère particulière

Autre raison : Un deuxième tome époustouflant.
Alors quand on connait la série, avec le recul des années, on se fait peut être moins surprendre mais je me demande bien comment a pu être perçu ce changement radical d’atmosphère. 
Surtout qu’il a lieu sur un seul tome, qui deviendra central à la série.

En résumé

Alors oui, cette fin est rageante car on sent que, derrière tout cela, il y avait le potentiel d'un incontournable de la Bd. 
Du coup, les pièces du puzzle sont là mais l'oeuvre n'est pas finie. 
Cependant, Messire Guillaume se démarque par une richesse autant sur la forme que sur le fond. 
Récit initiatique, historique, fantastique, l'oeuvre de Bonneval et Bonhomme, c'est un peu tout ça. 
Outre cette richesse, il y a aussi tout un aspect pédagogique qui n'est pas à négliger et l'oeuvre peut très bien servir d'exemple pour discuter du roman courtois , du fantastique voire même de l'imagerie moyenâgeuse.
Un ouvrage qu'il faut donc continuer à lire et à partager. 

Commander sur

Pour lire notre avis sur : L’homme qui tua Lucky Luke

Bulles Carrées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.