Mots Tordus et Bulles Carrées

Messire Guillaume (Gwen de Bonneval / Matthieu Bonhomme)

Le comte Bertrand de Saunhac vient de mourir.
Sa veuve n’a pas d’autre choix que de se remarier pour assurer l’avenir de sa fille Hélis et de son fils Guillaume.
Mais le nouveau mari, messire Brifaut, est un homme peu scrupuleux qui n’hésite pas à manipuler son entourage.
Dans ce contexte, la jeune Hélis est persuadée que son père est vivant et prend la décision de partir à sa recherche.
Guillaume lui emboite rapidement le pas, craignant pour la vie de sa soeur.
En chemin, il rencontre le chevalier de Brabançon.
C’est le début de la quête de Messire Guillaume !

Un contexte éditorial nouveau

Une mort qui change tout

Messire Guillaume reprend l’intégralité des 3 tomes sortis en 2006-2009 aux éditions Dupuis, dans leur collection, maintenant défunte, Repérage
Cette nouvelle édition propose d’ailleurs 4 pages inédites.
Celle-ci, créée en 1988, proposait des histoires pour un lectorat plus âgé que celui habitué aux éditions Dupuis.
Selon les dires même de Matthieu Bonhomme, cet intégral est la « chance d’une seconde vie. »

Certains pourraient se dire qu’il ne s’agit que d’un intégral. Pour nous c’est bien plus que ça. Il s’agit en réalité de la nouvelle édition définitive.
Recomposée en un seul grand récit complet, nous espérons que cette histoire sera vue et lue par une nouvelle génération de lecteurs de 7 à 77 ans.


Matthieu Bonhomme (Instagram)

Le récit a été élaboré par un duo d’auteurs dont on connait l’étendue du talent : Gwen de Bonneval, que l’on a retrouvé  sur le Dernier Atlas, et Matthieu Bonhomme, auteur, entre autre, d’une merveilleuse revisite de Lucky Luke
A cette époque, Matthieu Bonhomme collaborait avec Fabien Vehlmann sur le marquis d’Anaon avant de créer Esteban (sublime série jeunesse/ado que je ne peux que conseiller aussi).
De son côté, Gwen de Bonneval terminait tout juste Gilgamesh avec Frantz Duchazeau

Messire Guillaume arrive dans un contexte prometteur.
Les deux auteurs placent leur récit en plein Moyen-âge, tout en proposant une approche personnelle, mélange de récit historique et de fantaisie onirique.
Se connaissant depuis leurs années atelier, le duo entame avec cette série leur première (et dernière) collaboration. 

Cela me permet tout de suite d’éjecter le point épineux de Messire Guillaume : la fin. 
Il est évident que cette saga n’aurait pas dû se terminer aussi brusquement.
Lors de la première publication, les auteurs parlaient de « première histoire » et les divers interviews confirment qu’ils avaient des projets sur le long terme.
Pourtant, c’est après un 3eme tome que l’aventure se clôturera en laissant certaines questions sans réponse.
Pourquoi ? On ne le saura sans doute jamais.
En tout cas, moi, je ne le sais pas.

Alors quand Matthieu Bonhomme, parle de seconde vie, on se laisse à rêver d’une suite même si, en réalité, cette trilogie devenue album unique restera à jamais une aventure riche et palpitante.

Pourquoi faut-il lire Messire Guillaume ?

Le dessin de Matthieu Bonhomme

Une atmosphère prenante

Le premier est évident. Le dessin de Matthieu Bonhomme est absolument grandiose.

On tombe sous le charme de la puissance graphique des crayonnés du dessinateur et de son encrage appuyé et limite charbonneux lui permettant de jouer admirablement avec diverses textures et atmosphères.
Sur Messire Guillaume, il fait de nombreuses expérimentations, ce qui donne un ton particulier à cette série.
D’un point de vue narratif ou technique, son travail est exceptionnel. Tout est pensé dans les moindres détails, laissant une grande place au symbolisme et aux interprétations multiples.
Epaulé par les couleurs de Walter, le trait est fluide et d’une lisibilité sans faille. 

On notera qu’un premier intégral avait été publié, il y a plusieurs années, avec une format à l’italienne laissant toute la place aux crayonnés extraordinaires du dessinateur.
C’est d’ailleurs aussi ce qui est intéressant avec ce nouvel objet. Il permet de découvrir le travail de Matthieu Bonhomme d’une nouvelle manière, rendant cette oeuvre toujours aussi actuelle.

Le scénario de Gwen de Bonneval

L’imagerie du chevalier

Cependant, une bande dessinée ne peut pas fasciner autant d’années seulement avec son dessin. 
Beaucoup ont la dent dure envers cette conclusion mais c’est oublier un peu vite toutes les qualités du scénario de Gwen de Bonneval
Au premier abord, si la période historique est un simple décorum pour écrire le récit initiatique du jeune Guillaume, elle n’en est pas moins un élément essentiel du scénario. Derrière une imagerie fantastique, Gwen de Bonneval nous propose une approche littéraire intéressante. 
Frôlant la précision du récit historique, Gwen de Bonneval rend la vie de ses personnages cohérente et en adéquation avec la rudesse d’une époque engluée dans les superstitions et autres manipulations.

L’oeuvre offre aussi un point de vue intéressant sur la chevalerie, faisant du chevalier de Brabançon, une pure retranscription des chevaliers issus de la tradition du roman courtois. 
Certes, le personnage est moins lisse que les archétypes du genre mais il n’en suit pas moins le même code moral et l’attitude qui s’ensuit.
D’une certaine façon, à travers ce personnage, nous retrouvons un écho des études littéraires de l’auteur. 

Messire Guillaume et son atmosphère particulière

Messire Guillaume, sur une base historique solide, est aussi un récit fantastique étrange, presque onirique.
Si la présence d’éléments étranges se fait par petite touche dans un premier temps, elle devient omniprésente dans la partie centrale de la quête Guillaume.
Cette vision bouleverse complètement le récit, autant par la surprise qu’elle provoque que par une forme de radicalité.
Elle est d’ailleurs encore sujette à une bonne partie des questionnements laissés en suspens par les auteurs.

D’ailleurs, on peut se demander comment ce changement d’ambiance, qui se déroule sur l’ensemble du second tome de la version originale, a pu être ressenti par les lecteur-rires de l’époque.

En résumé

Messire Guillaume de Gwen de Bonneval et Matthieu Bonhomme est de retour pour ce qui est voulu comme l'intégral absolu d'une série qui a maintenant un peu plus de 15 ans. 
Si sa fin reste rageante, l'oeuvre est indéniablement un incontournable de la bande dessinée franco-belge.

Messire Guillaume se démarque par sa richesse autant sur la forme que sur le fond. 
Récit initiatique, historique, fantastique, l'oeuvre de Bonneval et Bonhomme est un amalgame de tout cela. 

Un ouvrage qu'il faut donc continuer à lire et à partager. 

Prix et récompenses

  • 2010 : Prix Intergénérations au festival d’Angoulême

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