Dans la savane, les animaux ne font pas de manières quand il faut se décharger d’un poids lourd.
Or, il faut bien quelqu’un pour débarrasser le passage des énormes bouses parsemées ici et là !
Et qui de mieux que Lucien, le bousier, pour s’occuper de cette tâche ?
À condition de ne pas se moquer de son travail …


Une mission essentielle

Tout est dans le titre !
Mission Crotte de Till The Cat et Agnès Ernoult va nous parler de caca.
Et on sait à quel point les excréments font, à tous les coups, glousser petits et grands.
Mais ici, la crotte est prise au sérieuse.
Non pas comme élément comique (quoique quand même un peu) mais plutôt comme élément écologique et sociétal.
Reprenant la thématique de La tournée de Gaspard d’Arnaud Nebbache, Mission Crotte s’empare du petit monde de la savane pour évoquer un métier essentiel : celui du ramassage des déchets.
Et quoi de mieux que le symbolisme animalier pour se moquer de travers, en réalité, bien plus humains.
Car, comme le démontre Till The Cat, la nature est bien faite.
Effectivement, tous les animaux défèquent et, suivant la taille de l’animal, la crotte peut s’avérer massive.
Or, il existe dans la savane un étrange animal : le bousier.
Prénommé Lucien, sa tâche est simple : gérer des cacas abandonnés.
Pourtant, même s’il adore ce qu’il fait, il sature des multiples moqueries à base de « métier de crotte » et autres joyeusetés.
Alors, il prend une décision. S’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à s’occuper eux-mêmes de leur propre déjection. Et rapidement, c’est la catastrophe.
Quand j’étais étudiant, il y a fort longtemps, je travaillais les week-ends en tant qu’éboueur et on s’occupait notamment de récupérer les poubelles en matinée puis de nettoyer les places de marchés.
Ce fut une expérience marquante, difficile et particulièrement ingrate. Et pourtant, je pense que ça a été un de mes meilleurs jobs étudiants.
Déjà à cette époque, on ne s’occupait guère de leur sort. Entre hygiène, insécurité et mépris, il n’avait qu’un moyen de pression : la grève.
Et encore aujourd’hui, comme on a pu le voir récemment à Marseille, il suffit d’à peine quelque jours pour comprendre leur nécessité et notre inconscience dans notre gestion des détritus.
Et c’est exactement le propos de Mission Crotte.
Les animaux se moquent du pauvre Lucien mais quand ce dernier s’arrête de travailler, ils sont les premiers à grogner en voyant les crottes s’amasser.
Et c’est un enchainement de catastrophes : odeur pestilencielle et dégradation naturelle.
Forcément, cela fait réfléchir.
Till The Cat va même plus loin en ne se contentant pas d’un simple pardon.
Outre le fait d’admettre que le rôle de Lucien est indispensable, les autres animaux doivent aussi prendre leur part.
Et c’est sans doute le meilleur moyen de vivre en communauté.
Or, si les animaux y arrivent, les humains doivent sans doute pouvoir en faire de même, non ?
Des illustrations réjouissantes

Agnès Ernoult nous avait déjà éblouis avec Les chaussettes de l’archiduchesse ne sont pas du tout sèches mais avec Mission Crotte, son travail prend encore plus d’ampleur.
Est-ce dû à cet anthropomorphisme détourné mais ses protagonistes animaliers ont tous des trognes reflétant à merveille leurs expressions.
Lucien, en tant que personnage principal, en est le meilleur exemple mais j’ai surtout adoré le trio d’anciens.
L’oeil plissé, le regard hagard, Agnès Ernoult s’amuse à croquer la multiplicité de cette savane.
Chaque bestiole a ses propres caractéristiques que l’illustratrice saisit à merveille, qu’ils apparaissent une seule ou plusieurs fois.
Et c’est un régal pour les petits autant que pour les plus grands !
En résumé
Mission Crotte de Till The cat et Agnès Ernoult aurait pu n'être, au vu de son titre évocateur, qu'une simple blague à base de caca.
Et on sait qu'il n'en faut pas plus pour faire rire les petits et les moins petits.
Cependant, Mission Crotte s'empare de l'environnement de la savane pour évoquer une sujet bien plus sérieux : celui du ramassage des déchets.
Avec humour et une pointe de moquerie, Till the Cat tente de nous faire comprendre à quel point ce métier, souvent méjugé, est essentiel au bien être de notre société.
Les animaux sont ici le simple reflet de nos propres défauts, à ceci près qu'eux, au moins, semblent avoir compris la leçon.
Les illustrations d'Agnès Ernoult sont toujours aussi réjouissantes et expressives.
Un véritable régal !


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