Nous (Christelle Dabos)

Christelle Dabos est de retour avec un récit qui, après Ici et seulement ici, va vous déstabiliser : NOUS. Dans une société où tout le monde nait avec un Instinct particulier qui oriente sa vie, chaque membre est au service de la collectivité et a pour objectif de faire le bien, de sauver le maximum de vies possibles, pour le meilleur… et pour le pire.

Sauver des vies, à tout prix

NOUS est un monde qui ressemble au nôtre à un détail près : chaque personne naît avec un Instinct qu’il n’a pas pu choisir et qui le pousse à faire le bien. Avec un peu de chance, cet Instinct sera valorisant (soigneur, sauveur…). Mais, on peut se retrouver à faire les lacets des gens de manière irrépressible ou à réparer ce qui va tomber en panne, contre son propre gré ou celui de la personne que l’on est censé aider. Une puissance intérieure et collective dont on n’a pas le choix motive ainsi chaque acte de la vie quotidienne.

Les Instincts nous asservissent. Ils décident à notre place ce qui est bon, non pas pour soi, jamais pour soi : toujours pour le Nous. Le bien n’existe pas. L’amour non plus. Ce sont des mirages, une chimie organique qui permet la préservation, l’expansion et la cohésion d’une entité plus vaste. Le plus drôle ? Le Nous n’est conscient de rien. Ni de nous, sans la majuscule ni de lui-même. Il n’est rien d’autre qu’un tentaculaire instinct de survie.

Alors que tout le monde devrait être heureux – les individualités ne sont-elles pas mises entre parenthèses au service d’un collectif ? – il n’en est rien puisqu’à cet état de fait s’ajoute une sorte de « compétition » en vue de gravir les échelons de la sainteté.

Ainsi, celui qui a sauvé 11 vies deviendra Vertueux, 101 vies pour devenir Ange, 1001 pour être Archange… Le niveau suprême étant le Messie.

Dans cet univers soumis à l’autorité de la Bureaucratie Instinctive, deux personnages vont émerger : Claire et Goliath.

Le premier est un « protecteur », un peu rustre, physiquement fragilisé par son désir de sauver des vies qui lui a coûté jusqu’à ses bras, désormais remplacés par des prothèses.

La seconde est une jeune confidente qui semble cacher un secret mystérieux et qui fuit les autres.

Sans trop en dévoiler, les deux vont se rencontrer lors d’une enquête sur des disparitions mystérieuses. Ils vont devenir, contre toute attente, amis. Leurs destins vont prendre des chemins tortueux et ils vont remettre en cause l’ordre établi d’une manière bien surprenante.

Une dystopie dérangeante et captivante

Après Ici et seulement ici, Christelle Dabos nous embarque de nouveau dans un scénario étrange et original.

Comme toute bonne dystopie qui se respecte, l’autrice a fouillé la construction de son monde, ses règles et ses interdits. Ce monde « parfait » où règne le NOUS révèle très vite ses failles et sa volonté de contrôle de ses habitants.

L’ambiance est sombre, grise, pesante, malgré un petit côté vintage. L’humanité semble avoir perdu son libre arbitre et les émotions telles que l’amour ont disparu, soumises aux Instincts.

MOI N’EST RIEN. NOUS EST TOUT.

Certes, on pourra parfois se demander si on a bien tout compris mais c’est le lot de tout grand roman de SF. Le malaise que l’on ressent à la lecture traduit parfaitement celui des personnages, qui vivent un grand huit des émotions grâce aux retournements de situation imaginés par leur créatrice.

Difficile d’en dire davantage sous peine de révéler des éléments de l’intrigue essentiels aux nombreuses surprises qui jalonneront la lecture.

NOUS est un roman qui fait réfléchir à la société que nous voulons. L’écriture est puissante, brutale parfois, sensible et inquiète souvent, selon le personnage-narratrice/narrateur. Un roman passerelle qui s’adresse autant aux adultes qu’aux adolescents et fait voler les certitudes en éclats.

Pourquoi lire NOUS ?

NOUS est un roman dense et intense, qui ne laisse pas indifférent. Christelle Dabos nous offre un monde soumis aux Instincts, dans une visée de collectif qui écrase et n'hésite pas éliminer ce qui peut nuire au grand NOUS. Une dystopie angoissante, qui pousse le curseur du collectif pour faire le bien au maximum puis qui rebat les cartes dans sa deuxième partie pour finalement devenir un hymne à l'humanité, pleine de contradictions et de désirs.

A lire de toute urgence !

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