Resident Alien (Peter Hogan / Steve Parkhouse)

Mike, Sheriff de Patience, une toute petite bourgade, doit enquêter sur l’assassinat du médecin de la ville.
Pour cela, il a besoin de l’expertise du Dr Harry, un médecin à la retraite mais isolé du reste de la population.
Et pour cause, Harry cache un secret. Il est, en réalité, un extraterrestre échoué sur la planète Terre qui attend désespérément qu’on vienne le chercher.
Heureusement pour lui, les humains ne le perçoivent pas tel qu’il est. Tous les humains ?
Rien n’est moins sûr !

Les aliens sont parmi nous

Le comics et son adaptation

Il est difficile d’aborder Resident Alien sans mentionner son adaptation en série télévisuelle.
Comme beaucoup, j’ai tout d’abord découvert l’existence du comics de Peter Hogan et Steve Parkhouse par ce média.
Alors que le premier numéro de Resident Alien date de 2011, sa version série voit le jour 10 ans plus tard, ce qui peut paraître étrange tant le comics n’est connu que par une petite niche de lecteur.
Créée par Chris Sheridan, avec dans le rôle titre Alan Tudyk, l’intrigue reprend dans les grandes lignes, la première partie composant cet album.

À priori, rien ne me prédestinait à me lancer dans cette aventure. Je n’avais aucune attente, surtout que la série, bien que sympathique si on aime le show d’Alan Tudyk, m’avait rapidement lassé.
Mais les échos étaient assez élogieux et on nous promettait un ton très différent de celui choisi par Chris Sheridan.
Et, effectivement, ces deux versions, malgré de nombreux points communs, optent pour des approches diamétralement opposées.
C’est un peu comme comparer le film The Mask avec le comics. Le concept est le même et pourtant ils n’ont quasiment rien à voir.

Sans être aussi radical pour Resident Alien, l’écriture de Peter Hogan se veut plus pragmatique et s’éloigne très largement de la version comique et presque caricaturale d’Alan Tudyk. Le scénariste explique qu’il comprend les choix de Chris Sheridan mais il est évident que si ces deux productions ont le même nom, elles ne s’adressent pas au même public.

Bien plus sombre, presque clinique, le scénario de Peter Hogan n’est pas vraiment drôle et quand il l’est, c’est avec tout le cynisme qui caractérise la touche britannique.
On y retrouve le Dr Harry, médecin à la retraire et extraterrestre, cherchant à rester incognito. Là où la série de Chris Sheridan cherche le décalage, le comics se montre moins fantastique, préférant s’intéresser à cet étranger qui se retrouve, bien malgré lui, à intégrer une société qu’il va rapidement apprécier.
Dans l’ensemble, les personnages sont beaucoup moins excentriques. Mike est un pur représentant de la justice et Cuthbert, le maire est un vieux briscard, amateur de belles filles. Et surtout, exit le gamin, élément sans doute ajouté pour convenir à un plus large public.
Seule Asta semble voir été prise comme elle est. Il faut dire que le personnage est particulièrement attachant. Femme forte, elle sera la première à déceler la supercherie, préfèrerant garder pour elle cette découverte.
Petit point original, d’origine amérindienne, son père est chaman, ce qui donnera l’occasion à quelques scènes fantasmagoriques pour le moins incongrues mais parfaitement intégrées au scénario.

Au final, Resident Alien s’attarde avant tout sur les relations entre les différents protagonistes, préférant aborder la thématique de l’alien par le biais du polar plutôt que celui de la science-fiction.
Même si cette partie de l’histoire n’est pas non plus totalement éludée.

Détective Harry

Ce premier volume, édité par Delirium, est composé des deux premiers TPB de la série, qui en compte 6 jusque là.

La première histoire est assez proche de celle mise en image dans la saison 1 de Resident Alien.
Le médecin de la ville a été assassiné et Harry enquête sur ce mystérieux décès.
Or, l’alien a une capacité redoutable : Il ressent quand une personne ne lui dit pas la vérité. ce qui est extrêmement pratique pour le sujet qui nous préoccupe.
Alors bien sûr, tout ne va pas être aussi facile mais elle permet d’élucider assez facilement certaines culpabilités.
Car, une nouvelle fois, la volonté du scénariste est claire. Il ne cherche pas à écrire un Wodunit mais s’intéresse plutôt aux comportements humains qui ont abouti à ce crime.
La première intrigue sert, tout d’abord, d’excuse pour introduire Harry et mettre en place le fil rouge, autour des recherches du FBI.

La seconde est plus intense.
Déjà parce que le crime met en cause le maire de Patience. Et si sa réputation joue contre lui, Harry ne croit pas en sa culpabilité. Alors, il décide d’enquêter, non plus tout seul mais aidé d’Asta.
Ainsi, Peter Hogan durcit le ton et aborde des sujets plus adultes.
Avec cette histoire, il rentre profondément dans l’âme humaine, explorant l’intimité de la jeune victime : vie sexuelle débridée, suicide, manipulation et mensonges. Chez certains protagonistes, on retrouve le cynisme et la cruauté de certains récits d’Ed Brubaker, à ceci près que le détective est un extraterrestre.

Pour le moment, le fil rouge reste discret mais permet de lier les intrigues entre elles. Néanmoins, au vu de la conclusion de ce premier album, on imagine que la vie d’Harry risque de s’en retrouver bousculée.

Un coup de crayon ciselé et efficace

Un petit côté Sean Phillips

Steve Parkhouse est un auteur britannique assez méconnu malgré une carrière assez riche.
On le retrouve sur du Judge Dredd, les comics strip de Dr Who et en collaboration avec Alan Moore sur The Bojeffries Saga. Un pur auteur du cru !
Après quelques travaux pour Dc, il crée donc Resident Alien avec son compère, Peter Hogan.

Le trait de Steve Parkhouse est brut, sans fioriture, ce qui, d’une certaine façon, le rapproche d’auteurs tels que Charlie Adlard ou Sean Phillips. Comme eux, il accorde une grande importance aux expressions de ses personnages.
L’encrage est sec mais parfaitement maitrisé, même si les designs restent assez classiques.

À ce niveau, celui d’Harry est ultra simpliste, découlant plus de l’extraterrestre Roswell mixé avec les oreilles pointues de Spock. Rien de transcendant mais en parfaite adéquation avec le traitement de la série.
Qu’il soit un alien apporte cette petite touche d’originalité mais ce n’est pas le sujet principal de la sèrie.

Un traitement graphique simple mais efficace.

En résumé

Resident Alien de Peter Hogan et Steve Parkhouse est une chouette surprise. 

Bien loin de l'esprit grotesque et caricaturale de sa version télévisuelle, Resident Alien est, en réalité, un polar social qui explore l'âme humaine dans la profondeur.
Harry, étranger à la culture humaine, apprend à vivre auprès de personnages attachants et complexes à l'image d'Asta, dont les relations ne cessent d'évoluer.

Le dessin de Steve Parkhouse peut paraître simple mais il est en parfaite adéquation avec la tonalité du récit qui, malgré sa thématique fantastique, fait preuve d'un certain pragmatisme.

L'ensemble est lié par un fil rouge, ajoutant du suspens et de la tension pour les épisodes à venir.
Bulles carrées

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