La sagesse de l’idiot (Marto Pariente)

Je poursuis ma découverte de nouveaux auteurs de récits policiers et, grâce à la bibliothèque Nelson Mandela d’Angers, et de Claire en particulier, je viens de faire entrer Marto Pariente dans mes étagères avec La Sagesse de l’idiot. Ce premier roman noir espagnol met en scène un policier municipal aux allures d’inspecteur Columbo, qui ne porte jamais d’arme et s’évanouit à la vue du sang. Lui qui chérit par-dessus tout sa tranquillité va devoir s’immiscer dans des affaires de malversations et de trafic de drogue qui touchent ses amis et sa famille.

« La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache »

Ascuas, petit village de Castille. Son policier municipal, sa casse, son mafieux, son fou.

Le policier, c’est Toni Trinidad, un brave type qui ne semble pas avoir inventé le fil à couper le beurre. Celle qui tient la casse depuis la disparition de son mari, c’est sa soeur Vega. Les deux ont grandi dans un orphelinat qui a laissé des traces dans leur corps et dans leur tête. Une enfance difficile qui a soudé la fratrie.

Mais voilà, la vie a fait son bonhomme de chemin. Vega boit trop tandis que Toni passe souvent pour un simplet auprès de ses concitoyens. Son poste est d’ailleurs régulièrement remis en question par le maire.

Ascuas poussait entre des montagnes pelées et arides, sur la route des lacs de barrage. Une entaille, rien de plus. À peine une douzaine de rues tordues qui partaient de la place du village comme les petites veines éclatées sur le visage des alcooliques. La plaie, l’hémorragie, était circoncise par une poignée de routes secondaires qui la comprimaient comme des varices sur la jambe d’une vieille.

Parfois, je me disais que si le village était… comment dire, une personne, quelqu’un comme moi, il aurait l’air d’un type perdu au milieu de nulle part, la main en visière sous un soleil de plomb ou sous la pluie, selon l’époque de l’année. Dans tous les cas, un pauvre type déboussolé, les chaussures sales, et qui ne saurait pas bien où aller. Enfin, vous voyez ce que je veux dire, il se peut que je ne parle pas seulement du village…

Peu importe.

Toni a peu d’amis mais il passe chaque matin prendre un café chez Triste, le fou officiel du village. Et puis, il y a le Dr Barrios, le psychologue qui le suit pour essayer de soigner ses évanouissements à la vue du sang.

Tout commence par la découverte du corps de Triste. Suicide ? Toni en doute. Il va alors mener l’enquête pour découvrir ce qui est arrivé à son ami. Parallèlement, il faudra aussi sortir sa soeur du guêpier dans lequel elle s’est fourrée en volant la drogue de l’Apiculteur, le mafieux du village.

Nonchalamment, le policier va dérouler les fils pour comprendre cette mort. Il trouvera sur son chemin des flics véreux et des hommes de main tordus. Pas les couteaux les plus aiguisés du tiroir.

Parce que Toni Trinidad est bien plus finaud qu’il veut bien nous le montrer.

Celui qui voulait juste être tranquille

Marto Pariente déroule son scénario, chapitre après chapitre, avec une efficacité digne d’un film des frères Cohen.

L’entrepreneur véreux, le flic corrompu, le mafieux sur le retour, les bras droits pas malins et le gitan intraitable. Tous pourraient être au générique d’un Fargo.

L’auteur dispose toutes les pièces du puzzle de cette histoire avec malice et humour, remontant même parfois dans le passé de Toni et Vega. Le tout pour mieux nous permettre d’appréhender à quel point le policier municipal est différent de ce que tous les habitants et autres collègues qui cherchent à s’en débarrasser imaginent.

Je m’étais surtout dit que si je fourrais mon nez dans cette affaire, peut-être que ça reviendrais aux oreilles du conseil municipal, et que le maire dirait alors à Parra : « Tu vois, Toni fait bien son travail, il se donne du mal. » Mais l’idée tenait de moins en moins debout, elle se réduisait petit à petit comme les couches d’un oignon. Et, en fait d’oignons, j’avais l’impression que j’aurais mieux fait de m’occuper des miens.

Rebondissements, scènes d’action sanglantes, humour décalé et ironie vengeresse s’accumulent au fil des chapitres, nous amenant vers un final épatant et sobre. A l’image de Toni.

La sagesse de l’idiot est un premier roman jubilatoire qui augure d’un grand auteur de récits policiers.

Pourquoi lire La Sagesse de l’idiot ?

La Sagesse de l'idiot est un roman jubilatoire avec ses personnages qu'on adore détester, ses loosers hilarants et son anti-héros policier municipal en quête de tranquillité. Avec son humour ravageur et son scenario habilement ficelé, Marto Pariente  nous offre un premier roman diablement efficace, dont on tourne les pages avec avidité, avec en tête des personnages dignes des meilleurs films des frères Cohen.
Mots Tordus

Lire nos chroniques :

  • Blizzard


  • La vérité sur l’affaire Harry Quebert

Laisser un commentaire

Retour en haut