Teenage Mutant Ninja Turtles : les tortues ninja ( Jason Aaron )

Pour une raison encore inconnue, les tortues ninja se sont séparées en quittant New-York pour une destination propre.
Raphaël est incarcéré en prison, Michelangelo est devenu la star de sa propre série, Léonardo cherche la paix intérieure alors que Donatello expurge ses pêchés.
Cependant, le clan Foot reprend du service, obligeant les quatre frères à se réunir, bon gré mal gré !

Un nouveau point de départ

La reprise de Jason Aaron de Teenage Mutant Ninja Turtles est la dernière itération du célèbre quatuor.
Créée en 1984 par Kevin Eastman et Peter Laird, la série rendait hommage au Daredevil de Frank Miller.
Sombre et sanglant, la tonalité de la série s’adoucit radicalement avec le dessin animé de 1987, destiné à la jeunesse.
Les tortues ninja deviennent cool, mangent des pizzas, le tout en combattant le machiavélique Shredder.
Que de souvenirs d’enfance !
Jouets , jeux videos et quelques films live plus tard, le comics fait un retour fracassant avec l’aval des créateurs et le talent de scénariste de Tom Waltz.

Ensemble, ils proposent un relaunch revigorant et accessible, redonnant ses lettres de noblesse à une licence de qualité.
Leur run trouve une forme de conclusion avec The Last Ronin, pensé comme un Dark Knight Returns des Tortues ninja.
Le succès est tel que cette « suite » devient une série annexe, laissant la place à une nouvelle génération de tortues.

Sophie Campbell reprend le flambeau avec une vision différente de celle de Tom Waltz, Kevin Eastman et Peter Laird.
Tortues ninja reborn a autant d’adorateurs que de détracteurs. Néanmoins, l’autrice garde les rênes assez longtemps pour marquer la série de son empreinte.

Jason Aaron prend sa suite avec une idée de départ intrigante : les tortues ne sont séparées. Que sont-elles devenues ?

Séparation

Une transformation physique radicale

Avec son arrivée sur le titre, Jason Aaron prouve qu’il connaît ses classiques.
Son propos de départ paraît innovant, mais il est, avant tout, le moyen d’opérer une forme de retour aux sources.
En effet, s’il fait référence au run de Sophie Campbell, la voie entreprise est ici plus en adéquation avec ce qu’attend la grande majorité des fans.

Les tortues ne vivent donc plus à New-York. Séparées, elles ont opté pour des destinées différentes les unes des autres.
La raison est encore inconnue mais la source reste conflictuelle, amenant d’inévitables sources de tensions au sein du groupe. Notamment entre Raphael et Michelangelo !

Sur ce premier tome, Jason Aaron opte pour une direction étonnante.
Les cinq premiers chapitres sont consacrés à ce nouveau statu quo avec comme leitmotiv : une tortue par chapitre, un dessinateur différent pour les mettre en lumière.
Ainsi, on les découvre sous un jour nouveau, emprisonnés, adulés, apaisés ou en rédemption.
Or, malgré la trêve, le clan Foot fait son retour, obligeant les tortues ninja à revenir à New-York.
Le scénariste s’empare facilement des tortues, leur offrant une caractérisation bien spécifique et étonnante pour certaines.

Raphaël joue les infiltrés en prison, reprenant son rôle de justicier. Michelangelo est une véritable star et profite de tous les avantages de ce nouveau statut, pendant que Leonardo médite sur son sort.
Seul le parti pris de Donatello étonne et sa transformation physique est radicale.

Cependant, il faut voir ces épisodes comme une mise en bouche avant de revenir au groupe tel qu’on le connait.
L’introduction est rondement menée et a l’avantage de mettre en exergue les futurs conflits à venir.
Entre les nouvelles alliances, les non-dits et les rancunes, l’ambiance n’est pas au beau fixe.
Mais les querelles familiales sont habituelles chez les tortues et, en cela, Jason Aaron colle, ici aussi, aux codes de la série.

Ninja et politique

Une équipe soudée ?

Séparés, et pour certains heureux de leur nouvelle vie, il fallait une menace conséquente pour les faire revenir à New-York.
Une nouvelle fois, Jason Aaron joue la carte de la fidélité en ramenant le clan Foot.
Malgré la trêve, le clan de Kara, la petite fille de Shredder, est mandaté pour éliminer les tortues.

La simplicité de cette mission cache, en réalité, un complot politique plus vaste.
Jason Aaron met en scène le procureur général Hale. L’homme est en pôle position pour le poste de maire de New-York et n’hésite pas à user de coups bas pour obtenir ce qu’il souhaite.
À travers ce personnage, le scénariste semble reprendre les caractéristiques sur Caid (Kingpin).
Fourbe, manipulateur et sans scrupule, comme le montre le chapitre 5, il est décrit comme le grand vilain de cette histoire.

Avec ce premier volume, Jason Aaron rassure les nouveaux lecteurs avec une intrigue accessible, sans besoin de quelconques pré-requis.
Si on part du principe que les cinq premiers chapitres sont introductifs et que la série ne débute réellement qu’au sixième chapitre, il est encore tôt pour apercevoir une trame sur le long terme.
On a confiance dans l’expertise du scénariste américain et on comprend ce parti pris classique.
Mais on espère, à l’avenir, qu’il délaissera cet aspect « fanboy »pour mettre un bon gros coup de pied dans la fourmilière.

Une charte graphique ambitieuse

Un style graphique féroce

Les premiers chapitres de la série proposent un concept intéressant : un chapitre, un personnage, un.e dessinateur.rice différent.e.
La communication ne mentionnait pas la durée de cette expérience artistique, même s’il était évident qu’elle ne pouvait pas durer éternellement.

La liste des auteur.rices a été rapidement dévoilée et les noms étaient assez prestigieux pour rassurer.
Ainsi, Joëlle Jones se charge de la destinée de Raphaël, Rafael Alburquerque s’occupe de Michelangelo, Cliff Chiang prend en main Leonardo, le trop rare Chris Burnham façonne le nouveau Donatello alors que Darick Robertson conclut la valse avec un chapitre mettant en scène Casey Jones.

D’un point de vue personnel, je trouve cette liste assez pertinente, proposant des visions multiples et variées de l’image que l’on se fait des tortues.
Si le trait de Joëlle Jones et Rafael Alburquerque adopte une tonalité plus mainstream, celui de Darick Robertson et Chris Burnham évoque plus l’indépendance et la sauvagerie de cet univers.
Seul Cliff Chiang est à part. J’aime beaucoup ce dessinateur mais son coup de crayon semble en inadéquation avec le reste des auteurs.
De mon côté, j’ai une petite préférence pour Chris Burnham. Son dessin, brut de décoffrage, donne encore plus de puissance à la rage d’un Donatello métamorphosé.
Le chapitre qui lui est consacré est, à mon avis, le plus ambitieux , autant graphiquement que scénaristiquement.

Et puis arrive l’artiste régulier : Juan Ferreyra.
L’auteur s’est déjà fait une belle réputation dans le comics d’horreur avec Colder et si sa présence peut surprendre, on est immédiatement saisi par sa prestation.
Sa mise en page et son style, aussi personnel soient-ils, s’intègrent totalement à l’ambiance souhaitée par Jason Aaron, emplie de rage et de testostérone (de tortues) .
Les couleurs de Tony Avina apportent de la chair et de la rugosité à un dessin déjà bien charpenté.

On peut se demander si l’auteur sera assez rapide pour éviter l’avalanche de fill-inner mais, pour le moment, on déguste avec plaisir ces premières planches.

En résumé

Teenage Mutant Ninja Turtles de Jason Aaron et Juan Ferreyra (entre autres) est une nouvelle porte d'entrée accessible pour les futurs amateurs des Tortues Ninjas. 

Si ce premier volume se veut introductif, Jason Aaron s'amuse à les mettre dans différentes situations.
Séparées pour une raison encore inconnue, elles doivent, bien malgré elles, reprendre du service.
La proposition du scénariste est efficace mais reste pour le moment classique.
Jason Aaron est fidèle aux attentes, même si on sait qu'il a le potentiel de chambouler son lectorat, tout en restant respectueux des personnages.
Les changements opérés sur Donatello en sont un premier aperçu.

Graphiquement, les chapitres 1 à 5 sont confiés à des auteur.rices talentueux.ses mais on s'intéressera surtout à Juan Ferreyra, nouvel auteur régulier de la série.
Et ma foi, son trait rugueux et sauvage, admirablement mis en couleur par Tony Avina, fait des merveilles.
Maintenant, on croise les doigts pour qu'il puisse tenir les délais le plus longtemps possible.

Dans le même univers :

  • Les tortues ninjas – intégrales

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