Les trois soeurs Cisneros vivent avec leur mère dans un moulin isolé à la campagne. Leur quotidien va être bouleversé par une tragédie : leur mère meurt brutalement. Comment na pas être séparées et placées lorsque les services sociaux découvriront qu’elles vivent seules désormais ? La solution immédiate est de faire croire à la maladie de leur mère. Mais ce secret pourra-t-il être gardé par les trois adolescentes ? Dans une ambiance oppressante, Loly Axmann nous raconte avec La Saison des fleurs comment l’amour et la sororité permettent de dépasser les rivalités et les épreuves du passé.


Fleurs des champs, sauvage, à épines et du désert
Elles forment, toutes les quatre, un bouquet contrasté.
D’abord, il y a Gaïa, la mère, d’origine espagnole, que l’amour a meurtrie mais qui protège ses filles comme une louve. Ensuite, Alecto, l’ainée, la fragile, qui approche des 18 ans. Enfin, Pénélope et Ariane, les jumelles, la froide raisonnable et la belle souriante.
Chacune cache des fêlures et des faiblesses mais aussi une force qu’il va falloir aller puiser au plus profond d’elles-mêmes. En effet, suite au décès de Gaïa, les trois adolescentes vont être obligées de mentir et de cacher le corps de leur mère pour ne pas être séparées.
Ariane est assise devant le foyer éteint de al cheminée, la main plaquée sur la bouche. Ses yeux luisent ; s’y mêlent les marbrures fauves du plafonnier et des éclats vifs de chagrin. Pénélope la regarde, bras croisés. Sur son visage à elle, les ombres tracent des lagues d’obscurité qui se déploient et se rétractent sur sa peau. Alecto observe ses petites soeurs – elle sait que d’autres choses, tant d’autres choses, devraient accaparer son attention, mais elle est hypnotisée par ces reflets si semblables et si discordants. Négatif parfait. Le contraste frappe si fort leur gémellité, la fracture si nettement, que parfois, comme ce soir, on ne les penserait pas soeurs. Mais ce soir, c’est normal. La foudre a embrasé leur arbre généalogique. Et ce soir, plus qu’aucun autre soir, Alecto trouve qu’elle, elle leur ressemble. Que les fissures qui délimitent les morceaux d’elle-même, les morceaux qui ressemblent tant à ceux de ses soeurs, mais habituellement arrangés dans un ordre différent, sautent tout à coup aux yeux. Et que dans ces fissures-là, soudain, elles sont unies.
Comment s’en sortir ? Elles ont 15 et 18 ans.Il faut absolument tenir les quelques mois qui séparent Alecto de la majorité.
Mais M. Gabin, le maire, Danny, son fils, amoureux de Pénélope, et les gens du village pourront-ils croire en leurs mensonges ?
Dans le huis clos familial, les rivalités, les failles et les fantômes du passé vont se réveiller.
Un thriller psychologique familial
La Saison des fleurs est le premier roman de Loly Axmann, finaliste du concours du premier roman Gallimard Jeunesse, Télérama, RTL. Et pour une première, c’est une réussite !
Le roman, qui alterne les chapitres focalisés sur l’une des trois soeurs ou sur la mère lorsqu’elle était plus jeune, est soigneusement structuré et propose de beaux moments de tension.
Petit à petit, les personnalités des trois soeurs et celle de leur mère composent une mosaïque qui permet d’entrer dans la psyché de chacune, de comprendre leurs forces et leurs faiblesses. Mais surtout, les liens puissants qui les unissent.
Et comment ne pas avoir une destinée et une sensibilité puissantes lorsqu’on porte des noms tels qu’Alecto, Ariane et Pénélope ? Alecto, l’implacable, est en effet, dans la mythologie grecque, l’une des troie Erynies, déesse de la vengeance. Quant à Ariane, l’agréable, elle est la fille de Minos et Pasiphaé, amoureuse de Thésée qu’elle aidera à vaincre le Minotaure. Enfin, Pénélope, la fidèle, est l’épouse d’Ulysse, la rusée qui sait gagner du temps pour échapper aux demandes des prétendants.
Ses jolies lèvres en forme de cœur, les boucles brunes qui s’entortillent sur ses tempes, ses yeux d’un vert aquatique – lentilles d’eau dans un bassin baigné de soleil. Alecto a parfois l’envie dévorante de s’approcher tout près de ce chef-d’œuvre de peintre, d’embrasser ce visage de poupée, mais elle imagine Ariane hurler d’horreur et la repousser de toutes ses forces. Comme ses cauchemars, ses rêveries font partie des choses qu’elle doit garder pour elle dans son jardin sauvage empli d’herbes folles.
Loly Axmann, forte des ces références antiques, donne corps et âme à ses personnages féminins, ambigus parfois, contrastés souvent, et aux prises avec un héritage familial compliqué, peuplé de fantômes et de secrets de famille. On s’attache à elles, on aimerait les prendre dans nos bras. Parfois les secouer ou leur dire de fuir. Mais toujours, on aimerait vivre cet attachement qui les unit les unes aux autres.
Et c’est ce qui vous poussera à tourner les pages du roman jusqu’à la dernière.
Pourquoi lire La Saison des fleurs ?
Avec son ambiance de huis clos oppressante et ses personnages féminins complexes et sensibles, La Saison des fleurs est un thriller familial envoûtant. Loly Axmann donne corps et âme à Alecto, Ariane et Pénélope, trois soeurs héritières d'un lourd passé maternel mais qui ont toutes en commun une soif de liberté et une indépendance chevillée au coeur. Un grand roman de sororité et de puissance féminine, à l'écriture enragée et poétique. Une belle découverte !


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