The holy Roller (Andy Samberg / Rick Remender / Joe Trohman / Roland Boschi)

Alors que Levi Coen avait la planque parfaite au sein de Green Peace, il doit retourner dans sa ville natale pour épauler son père malade.
Absent depuis 20 ans, il n’imagine pas tous les changements qui ont eu lieu durant son absence.
D’ailleurs, il fait rapidement les frais d’un racisme opérant à visage découvert. Il ne doit son salut qu’à une boule de bowling, héritage d’un passé familial.
Levi Coen prend ainsi une décision cruciale : devenir un justicier et défoncer du nazi.
The Holy Roller est né !

Un pur défouloir

The Holy Roller est le fruit d’un trio atypique.
Pour l’occasion, Rick Remender épaule deux jeunes apprentis scénaristes. Andy Samberg n’est autre que le Jake Peralta de Brooklin Nine Nine et Joe Trohman, le co-fondateur du groupe Fall Out Boy.
Ce n’est pas la première fois que le comics opère ce genre du fusion. BRZRKR, création de Keanu Reeves et Matt Kindt, a même prouvé qu’il y avait une certaine réception de la part du public.
Personnellement, je reste assez méfiant. Certes, les artistes ne doivent pas être mis dans une seule case mais, souvent, ce genre d’opération n’est qu’un simple procédé pour un acteur afin de créer un produit d’appel pour la télévision.

On peut reprocher de nombreuses choses à The Holy Roller. Mais une chose est sûre, il n’a pas vocation à trouver une seconde vie sur le grand (ou le petit) écran.
Et encore moins au sein d’une Amérique trumpiste en pleine dérive autoritaire.
Ce projet pourrait presque être une réponse à l’ambiance générale, même si ce dernier a été écrit avant les évènements qui frappent actuellement les Etats-Unis.

Certains le comparent au Kick Ass de Mark Millar. Et d’un point de vue radicalité et violence, on est effectivement assez proche. Le propos est aussi simple qu’idiot !
D’ailleurs, Rick Remender reste le premier attrait de ce comics. J’aime beaucoup ce scénariste et si The Holy Roller n’a pas l’intelligence d’un Sacrifice, il n’en est pas moins mordant.
Du scénariste américain, on retrouve cette question qui l’obsède : l’héritage familial.
Levi Coen quitte sa cellule familiale pour échapper à cet héritage : qu’il soit simplement ludique avec le bowling ou spirituel par la religion juive.
Ironiquement, il adopte la boule de bowling pour fracasser ceux qui détestent une religion qu’il n’a jamais considérée comme sienne.

Mais, en réalité, le problème est plus vaste.
On découvre une ville en proie à une haine raciale devenue « commune ».
Certes, les racines du mal étaient déjà présentes dans le passé mais à son retour, cette haine agit à visage découvert.
Alors que lui, défenseur des opprimés, se retrouve à cacher le sien.
Les valeurs s’inversent et la post-vérité s’empare des faits pour qu’ils s’accordent à cette intolérance.
Certes, le pitch était con, mais Rick Remender a su y insuffler assez de matières pour que The Holy Roller ne soit pas qu’un simple défouloir.

Même si défouloir il y a.
Ainsi, le récit multiplie les références cinématographiques, de the Big Lebowski à Rambo.
On retrouve, dans les dialogues ciselés et les relations entre les personnages, certains accents de la série Brooklyn Nine Nine.
Ainsi, la cohabitation entre le père de Levi et son meilleur ami est propice à de nombreux décalages humoristiques.
Et puis, il y a la bagarre.
À l’image de The Ends, Levi Coen décide de lutter, quitte à user de la même violence que ses adversaires.
Il n’empêche que suivre les aventures d’un super-héros défonçant du nazi à la boule de bowling, ça a tendance à me mettre en joie.
Surtout quand le récit s’amuse à ridiculiser les fachos à la façon Garth Ennis.

« Le racisme, ce n’est que l’arnaque des plus malins. »
Par cette phrase, les auteurs démontrent que les puissants utilisent le racisme pour diviser la population et en tirer profit.
Ce ne sont pas des idéologues, ils se fichent de tout cela, d’Hitler et toute sa clique. Ce ne sont, en réalité, que des investisseurs.
Avec une telle définition, il est difficile de ne pas voir un écho à la politique de Donald Trump.

Néanmoins, le sort de Clyde offre une note d’espoir. Peut être que tout n’est pas perdu…
Du Rick Remender optimiste, c’est rare ! Profitons-en !

Les patates de Roland Boschi

Dans les dents !

Roland Boschi a débuté sa carrière en 2008 sur Ghost Rider en compagnie de Jason Aaron.
Il va donc bientôt fêter ses 20 ans de carrière. Que le temps passe vite ! J’ai l’impression que c’était hier.

J’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour le travail de Roland Boschi.
Non pas parce qu’il est un des rares auteurs français à s’être fait un trou dans l’industrie comics, notamment chez Marvel Comics, mais pour l’énergie et la vitalité de son trait.
Le style reste classique et souffre de quelques irrégularités, sûrement dues à un épuisement de la logique Marvel.
Mais avec sa collaboration avec Rick Remender sur Scumbag, il retrouve un second souffle.
Scumbag n’est pas franchement un titre que j’apprécie mais Roland Boschi profite à fond des possibilités de cet univers débridé et irrévérencieux.

The Holy Roller paraît plus sage sur la forme, même si on y retrouve l’explosivité d’un encrage instinctif, notamment sur les scènes d’action.
Le design du costume est sympathique, jouant parfaitement avec le côté décalé de son symbole : la boule de bowling.

Comme pour Rick Remender, The Holy Roller ne sera sûrement pas le projet auquel on pense en entendant le nom de Roland Boschi mais son côté défouloir aura su faire son effet au moment le plus opportun.

En résumé

The Holy Roller du trio Rick Remender, Andy Samberg et Joe Trohman est un comics défouloir, pas aussi "con" qu'il en a l'air. 
Si ce genre de fusion d'auteurs, venant d'horizons différents, amène à la méfiance, la radicalité du propos l'éloigne d'office de la liste des futures adaptations hollywoodiennes.

En effet, Levi Coen a beau être un super-héros, il n'hésite pas à éclater des crânes, d'autant plus s'ils arborent des symboles qu'on aurait aimé être d'un autre temps.


Rick Remender réussit, une nouvelle fois, à parler d'héritage mais l’ambiance marque surtout les esprits par son côté "coup de boule".


Roland Boschi semble d'ailleurs s'amuser autant que nous en mettant en scène les actions de ce nouveau super-héros.
The Holy Roller ne restera pas dans les annales du comics mais il offre un bon remède à la déprime.
Bulles carrées

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