Atteint par une dégénération corporelle, Le Silver Surfer n’a plus qu’un mois à vivre.
Malgré les tentatives de soins des plus grands héros de la Terre, il comprend que son sort est scellé et décide d’entamer un dernier voyage vers sa planète natale : Zenn-La.


La fin du voyage

Parmi la pléiade de superhéros qui peuplent les comics américains, il y en a toujours quelques uns qui sortent du lot, souvent pour des raisons personnelles.
Prenez mon cas, si j’aime autant Daredevil, c’est, avant tout, parce que j’ai découvert grâce au travail de Frank Miller sur ce personnage.
Pour le Silver Surfer, je ne peux m’empêcher de me revoir, un Nova entre les mains, arpentant l’espace auprès du héraut de Galactus.
Créé par le légendaire Jack Kirby, le surfer d’argent est apparu pour la première fois en tant qu’ennemi des 4 fantastiques (Fantastic four 48 en 1966).
L’histoire est plus ou moins connue mais pour les novices, soyez rassurés, J.M. Straczinsky fait un rappel des origines du Surfer au sein même de son intrigue.
Cependant, Silver Surfer : Requiem n’est pas un récit de Super-héros comme les autres.
Déconnecté de la sacro-sainte continuité, J.M. Straczynski nous raconte les derniers jours du Surfer.
Divisée en 4 chapitres, le héros passe par plusieurs étapes.
Cherchant tout d’abord de l’aide auprès de Red Richards, il comprend qu’il n’a d’autre choix que d’accepter son sort.
Car, à l’instar de la Mort de Captain Marvel de Jim Starlin, le Silver Surfer est condamné à mort, non pas par un énième ennemi, mais par une terrible maladie dégénérative.
Profondément tragique, le scénariste explore ainsi la fin de vie avec sensibilité, sans jamais tomber dans l’amertume.
Car derrière le visage impassible du Surfer, se cache un Norrin Radd bouleversant.
Dès l’origine, le destin du héros est lié au sacrifice, prenant chez lui une forme quasi christique.
Si Peter Parker devient Spider-Man par responsabilité, Norrin Radd devient le hérault de Galactus pour sauver sa planète.
En arrivant sur Terre, et en affrontant les FF, il retrouve cette humanité perdue, en se sacrifiant une nouvelle fois pour tout un peuple.
La condition du Silver Surfer lui permet de réfléchir, et juger, ce monde qui l’a longtemps accueilli.
Les mots qu’il échange avec Spidey sonne encore cruellement avec l’actualité.
» Vos leaders oppressent et exploitent pour le pouvoir. Vous laissez faire. Et ils tuent ce que vous jugez différent. Vous êtes fous. »
Le héros interroge un monde complexe qu’il ne peut guère changer.
Un peu comme sa propre situation.
Or, questionner sa fin est en quelque sorte son ultime réflexion.
Une vision éthérée du cosmos

Les aventures du Surfer d’argent, c’est, tout d’abord, l’exploration de mondes infinis, la découverte de créatures extraterrestres.
Et en ça Esad Ribic nous régale.
Le trait du dessinateur croate impressionne une nouvelle fois par la beauté de ses environnements.
Les décors sont variés : que ce soit New York ou la cité de Zenn-La , on en prend plein les yeux.
De larges cases laissent place à un nuage cosmique, une pluie de météores ou à l’ampleur de l’espace magnifié par une mise en couleur digne des grands illustrateurs de Science fiction.
Mais résumer le travail d’Esad Ribic à sa gestion de l’espace serait limité.
Sa mise en page est impeccable. Jamais le Surfer n’aura été si impressionnant (et c’est loin d’être le personnage le plus facile à dessiner). Sa puissance éclate comme jamais et les scènes d’action, rares mais efficaces, sont juste ébouriffantes.
Malgré un propos très intimiste, le comics regorge de moments de bravoure ou de scènes d’anthologie à l’image des dernières pages où apparait un Galactus monumental.
En résumé
Silver Surfer : Requiem est un ouvrage à la lecture dense et au dessin d’une beauté hypnotisante.
Bien loin des énièmes conflits cosmiques, le récit de Straczynski est humaniste et tragique.
Que laissons-nous à la fin de notre vie ? Avons-nous réellement essayé d’améliorer notre monde ?
C’est aussi une magnifique réflexion sur l’acception et le sacrifice, deux thématiques qui collent parfaitement à un personnage complexe mais attachant.


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