Depuis les évènements survenus lors d’Absolute Power, le quotidien de Superman a été bouleversé.
Et les changements ne sont pas anecdotiques. Lois Lane a désormais les mêmes pouvoirs que son mari et elle s’en accommode parfaitement.
Depuis, elle fait partie intégrante de la Super Family et s’apprête à protéger Métropolis de nombreuses menaces.
Mais la première d’entre elles pourrait bien lui être fatale !



Un nouveau point de départ ?
Nouveau statut quo

Mettons fin au suspense immédiatement ! Non, Superman : dark prophecy n’est pas un nouveau départ.
En réalité, cet arc est la suite du long run deJoshua Williamson, débuté avec Dawn of Superman.
Est-ce pour autant inaccessible ?
Non, l’écriture du scénariste est assez souple et didactique pour permettre aux nouveaux arrivants de prendre le train en route, comme ce fut mon cas.
Cependant, la découverte de ce nouveau statut quo risque de surprendre.
Parmi les plus notables, on découvre un Lex Luthor apaisé.
Et pour cause, le milliardaire, devenu amnésique, découvre l’être humain qu’il était et n’apprécie guère ce qu’il apprend.
Le personnage, en pleine phase transitoire, se questionne, revenant sur ses actes et les relations qu’il entretient avec Superman mais aussi ses proches.
Le tome 2 lui consacre une bonne partie de son intrigue, revenant sur l’impact du cliffhanger du tome 1 et les tentatives de Mercy Graves de poursuivre les plans initiaux de son patron à travers SuperCorp.
Peut-on croire à la rédemption de Lex Luthor ?
Dans l’ensemble, en terme de caractérisation, Joshua Williamson fait un travail remarquable.
En réalité, Superman : dark prophecy n’est plus vraiment un titre solo tant de nombreux personnages gravitent autour de lui.
La Super Family est devenue une organisation, centrée autour de la protection de la planète. Chacun a un rôle à tenir et l’absence des uns se règle par un remplacement adéquat.
Cette hiérarchisation de groupe n’est pas nouvelle en soi.
On pense notamment aux Green Lantern Corps ou, dernièrement à la JLU de Mark Waid mais elle offre des perspectives réjouissantes.
Le Superman : Summer Spécial écrit en trio par Mark Waid, Joshua Williamson et Dan Slott et dessiné par Jorge Jimenez retrouve parfaitement cette dynamique familiale.
Revenant sur la relation entre Lana Lang et Clark Kent, on découvre l’évolution d’un personnage devenu un membre à part entière de la Super Family. À ma grande surprise d’ailleurs !
On notera d’ailleurs le propos écologique et la parole de Superman, résonnant encore plus au vu des évènements actuels.
Tous comme les habitants de Krypton, ma planète de naissance, c’est nous qui avons fait ça Nat. Nous tous avec nos choix quotidiens. La bonne nouvelle …
C’est qu’en faisant de notre mieux, en essayant de changer et en écoutant les scientifiques, nous pouvons encore sauver la planète.
L’autre point fort de ce run est la présence de Superwoman.
Certes, le concept n’est guère novateur.
Si sa première itération est celle du syndicat du crime, il faut chercher son inspiration dans le All Star Superman de Grant Morrison et Frank Quietly.
Le scénariste anglais nous présentait une Lois Lane dotée, pendant une journée, des mêmes pouvoirs que Superman.
Le filiation est évidente même si elle n’enlève rien aux craintes.
Et effectivement, la mode des « petites amies » dotées de super pouvoirs peut agacer.
Entre Spider Gwen et autre Mary Jane venomisée, on frôle parfois le ridicule.
Paradoxalement, cette « Super Loïs » sonne comme une évidence et permet de renforcer les liens du couple iconique.
Surtout que Joshua Williamson ne lui offre pas ses dons à vie, préparant le terrain à de futures confrontations. Et les changements ne se font pas attendre comme le prouve le second volume !
Du pur mainstream

Si Superman : dark prophecy est une réussite en terme de caractérisation, il n’en pas moins généreux en action.
Joshua Williamson pose ses pions par petits coups, tout en teasant les révélations à venir au sein d’un fil rouge continu.
En réalité, le récit pourrait se diviser en deux sous intrigues.
La première est assez diffuse et pose la question des pouvoirs de Lois Lane.
En effet, lors de l’événement Absolute Power, les pouvoirs des super héros ont été dispersés. Or, quand Superman les récupère, Lois Lane conserve les siens. La question est simple : a qui appartiennent-ils ?
Joshua Williamson ne tarde pas à donner la réponse, laissant le lecteur-rice, avec une information inconnue des héros eux-mêmes.
L’autre mentionne les fameuses prophéties du Piégeur temporel, mettant en exergue la solitude à venir du super-héros face à la disparition de ses proches.
Là aussi, le plan est parfaitement orchestré, débouchant sur un affrontement magistral contre un des ennemis « cultes » de Superman : Doomsday.
En effet, la créature est, à ce jour, la seule à avoir réussi à « tuer » Superman lors d’un récit, resté dans les annales du comics.
Si l’affrontement reste épique, il permet surtout de découvrir une faction superhéroique beaucoup plus collective face aux dangers.
Et non seulement le scénariste s’en sert merveilleusement mais il détourne nos attentes, nous amenant à réfléchir sur les répercutions d’un tel combat.
Si le premier arc était riche et percutant, le second sonne comme une conclusion avant de s’attaquer véritablement au noeud de l’intrigue.
Ainsi, Joshua Williamson range ses jouets, revenant à une certaine « normalité » avant un conflit de taille.
On peut regretter que certains éléments n’aient pas résister à ce retour, surtout qu’il y avait encore du potentiel à explorer.
Mais, c’est une constante dans les comics. Rien ne dure vraiment !
Une équipe artistique collective

Le titre s’est beaucoup vendu sur la présence de l’incontournable Dan Mora.
Mais s’il s’occupe effectivement de l’arc central, il ne sera pas présent sur les prochains numéros.
On reste néanmoins fasciné par cette qualité constante, lui permettant de nous offrir des planches de pur mainstream.
L’arc est bourré de moments d’anthologie, même si l’oeil averti remarquera la multiplication de gros plans pour éviter la multiplication d’arrière-plans à dessiner.
Sur le premier volume, Dan Mora est épaulé par Laura Braga et Eddy Barrows.
La première s’occupe du récit consacré à Lois Lane alors que le second se charge de Lex Luthor.
Laura Braga est une dessinatrice italienne qui a fait ses débuts en 2012 sur la série Witchblade. On ressent d’ailleurs la marque Top Cow dans son travail.
Son dessin, sans être honteux, reste anecdotique et si elle nous offre une belle double page, l’ensemble reste assez fade.
Les corps sont statiques et sa narration manque clairement de punch.

Heureusement, le trait d’Eddy Barrows est plus solide. D’ailleurs, sur le second volume, il devient l’artiste récurent du titre.
On a pu le retrouver notamment comme fill-iner d’Alvaro Martinez Bueno sur le titre Batman : Detective comics de James Tynion IV.
Son style semi-réaliste est foisonnant, massif et expressif.
On félicitera d’ailleurs son encreur, Eber Fereira, qui retranscrit à merveille la finesse du trait et l’ambiance glaçante des flash back .
Malgré tout, certains regretterons sûrement la valse de fill iners.
En effet, tout comme Dan Mora, Eddy Barrows a besoin de soutien et si les travaux de Jamal Campbell ou de Sean Izaakse ne sont pas à remettre en cause, ils apportent néanmoins un sentiment d’instabilité graphique.
En résumé
Si en réalité, Superman : dark prophecy est la suite du run de Joshua Williamson, il n'en est pas moins abordable et facile d'accès pour les nouveaux arrivants.
Joshua Williamson, fort des nombreux changements entrepris, propose une intrigue solide, aux multiples ramifications.
Si l'idée d'une Lois Lane dotée de super pouvoirs peut paraître incongrue, elle est parfaitement mise en scène, permettant la création d'un duo en symbiose.
Après deux volumes, le scénariste conclue certaines de ses intrigues et range ses jouets avant de préparer les nouvelles confrontations à venir.
La partie graphique, bien que multiple, reste agréable.
Si on ne retiendra pas forcément la prestation de Laura Braga, celle de Dan Mora étonne autant par sa rapidité d'exécution que par la qualité globale de son travail.
Quant à Eddy Barrows, il sert de renfort de prestige, nous faisant oublier l'absence de Dan Mora.
Une série convaincante, en espérant que la partie graphique retrouve une certaine stabilité !


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