Mots Tordus et Bulles Carrées

The Last Ronin (Eastman/Laird/Waltz/Escorza/Bishop/Delgado)

Dans un futur proche, Oroku Hiroto, nouveau leader du clan des foots a pris le pouvoir sur New-York.
Mais alors que les tortues ninjas du clan Hamato semblaient avoir disparu, une survivante refait surface après 6 ans d’absence.
Elle se lance dans une mission suicide pour éliminer le despote et venger l’honneur de sa famille disparue.

Le combat de la dernière chance pour un héros en perdition.

Une inspiration qui sonne comme une évidence

Elektra chez les Tortues Ninjas ?

Les tortues ninjas : une franchise méconnue

Les Tortues Ninjas (Teenage Mutant Ninja Turtles) est une franchise connues par une grande majorité.
Quelques soient les générations ou le support (dessin animé, films, jeux vidéos), on a tous croisé la route de ces mutants et poussé des « Cowabungaaaaaaa » en mangeant une pizza.
Humour, combat et fun sont naturellement reliés à ces personnages marquants de notre enfance.
Pourtant, peu savent que leurs aventures sont à l’origine un comics bien différent de cette imagerie un peu kitsch.

Kevin Eastman et Peter Laird créent la série en 1984 après avoir découvert le run cultisme de Frank Miller sur Daredevil.
Cette inspiration largement assumée se retrouve notamment dans le nom du clan des Foot, hommage appuyé aux ennemis qu’affronte régulièrement Daredevil : La Main (The Hand)
Le trait de Kevin Eastman, noir et blanc, est brut de décoffrage et les designs des tortues sont minimalistes.
Pas de bandeau de couleur et encore moins de pizza, l’ambiance se veut sombre et violente.

Une influence omniprésente

Cette ambiance transpire dans les pages de The Last Ronin.
Après avoir basé les origines des tortues sur une influence millerienne, il était évident qu’il en soit de même pour la fin.
Et quoi de mieux que The Dark Knight Returns comme inspiration ?
Alors que DKR raconte le retour du Dark Knight après des années d’absence, The Last Ronin se concentre sur celui d’une Tortue prête à en découdre avec l’ordre établi.
Les deux oeuvres ont beaucoup de points d’accroche : le retour d’un héros, désespéré, fatigué du monde et une nouvelle génération qui, elle, est prête à se battre en choisissant le héros comme modèle.

Cependant, il ne faudrait pas se tromper.
The Last Ronin n’est pas qu’une simple copie de l’oeuvre de Frank Miller.
Bien moins radical (et encore moins anarchique), The Last Ronin a quelque chose de plus mélancolique, tout en gardant un certaine croyance dans l’avenir.
Peut être qu’au fond l’univers des Tortues est beaucoup moins sombre que celui de Batman et que la lumière y perce plus facilement.

Les références à Miller sont nombreuses et souvent graphiques.
Certaines sont évidentes comme Karai qui porte le même costume qu’Elektra ou plus subtiles comme un plan sur un lit qui rappelle fortement une scène de Born Again.
Un choix d’oeuvre qui n’est pas anodin, démontrant que les hommages ne sont pas de simples easter eggs et servent astucieusement l’oeuvre.

La fin d’une histoire

Un adieu emprunt de traditions

The Last Ronin annonce les faits dès la première page : ceci est la fin d’une histoire.

En effet, il ne reste plus qu’une tortue, les autres ayant péri ainsi qu’une bonne partie du clan de Splinter.
Astucieusement, Kevin Eastman, Peter Laird et Tom Waltz ne dévoilent pas immédiatement l’identité de la tortue concernée.
Celle-ci est de retour après une absence de 6 ans.
Profondément en colère mais aussi proche d’une folie dépressive, elle n’a qu’une chose en tête : mettre fin une bonne fois pour toute à la guerre des clans.
Et pour cela, elle va devoir tuer son petit fils : Oroku Hiroto, devenu le maître de New-York.
Ici, la morale n’a plus sa place et on comprendra ce qui amène notre héros à agir ainsi.
Solitaire, elle parle à ses frères disparus qui ne cessent de juger ses actes et la moindre de ses erreurs.
Par ce biais, on ressent son désarroi devant une tâche dont elle ne sent pas à la hauteur.
Cette image qu’elle porte sur elle-même l’amènera à prendre des décisions radicales, voire suicidaires.

A l’image de la quête du héros, l’environnement qui l’entoure n’est pas en meilleur état.
La ville est dirigée avec autoritarisme et les milices d’Oroku imposent leur loi tout en éradiquant toute forme d’opposition.
La lutte est à peine commencée qu’elle semble perdue.
Heureusement, il trouvera l’aide d’alliés inattendus et inespérés.
Une occasion de devenir le relai des apprentissages de son clan pour une nouvelle génération qui n’hésite pas à se jeter au combat.

Une partie graphique collaborative

Un ronin en action

Les amateurs de comics sont habitués au travail collectif des auteurs.
Cependant, plus le nombre de participants est important moins la qualité est au rendez-vous (notamment sur la partie graphique).
Et là, on était en droit de s’inquiéter : 3 scénaristes et 4 dessinateurs/encreurs.

Et pourtant, ça fonctionne.
Kevin Eastman chapeaute autant le scénario ( l’idée d’origine est de lui) que la partie graphique, en s’occupant du storyboard.
Cela apporte une véritable cohérence à chacune des parties dont le rôle est bien établi.

Le récit se divise en 3.
D’un côté, Les frères Escorza s’occupent de la trame principale.
De l’autre, Ben Bishop répond à la fameuse question : que sont devenus les autres tortues ?
Et Kevin Eastman nous dévoile les raisons de l’absence de la dernière rescapée.
Chacune de ses parties à un ton particulier, Eastman rendant hommage à la série d’origine, Bishop reprenant l’ambiance de série régulière, les frères Escorza jouant à fond la carte influence TDKR.
Au final, ce travail collectif amène une richesse graphique à l’ensemble, liée par une colorisation unique orchestrée par Luis Antonio Delgado.

Une question se pose : The Last Ronin estil accessible aux novices de la franchise ?
La réponse est oui.
Un peu comme The Dark knight returns
, abordable pour ceux qui n’ont jamais lu de Batman, The Last Ronin se lit sans qu’on se pose la moindre question.
Les personnages sont plus ou moins connus
et sont assez bien amenés pour que cela ne gêne aucunement la lecture.
Assez ironiquement, The Last Ronin est un parfait point d’entrée
pour se lancer dans la série.

En résumé

Fortement influencé par Frank Miller, The Last Ronin est la conclusion d'une série qui a débuté dans les années 80 : les tortues ninjas.

Très loin de l'imagerie que l'on a de cette franchise, les auteurs racontent la dernière mission de la dernière Tortue Ninja encore en vie.
Sombre, brutal et désespéré, The Last Ronin est
une démarche collective d'artistes talentueux (ancienne et nouvelle génération) qui clôture un cycle de la plus belle des manières.

Conseillé même à ceux qui n'y connaissent rien en tortues.

Pour lire nos chroniques sur Hawkmoon et l’honneur de Zakarya

Bulles Carrées

2 réflexions sur “The Last Ronin (Eastman/Laird/Waltz/Escorza/Bishop/Delgado)”

    1. Oui quand je l’ai acheté puis chroniqué, je n’avais pas compris qu’Hi Comics l’avait édité en très peu d’exemplaires.
      Je ne sais pas exactement comment se vend la série original mais peut être qu’ils ont eu peur ( ou au contraire, c’est un bon moyen de faire monter le buzz )
      J’espère, pour tout ceux qui l’ont loupés et pour éviter la montée des prix sur les ventes en lignes, qu’Hi Comics va rectifier le tire surtout que c’est une très bonne histoire

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