Walter Cobb : nos chemins d’or et de poussière (Mathilde de Lagausie)

Il est des romans qui continuent longtemps de vibrer en nous, une fois la dernière page tournée. Cela a été le cas pour moi avec Des Souris et des hommes de John Steinbeck. Ce n’est donc pas un hasard si Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière de Mathilde de Lagausie a réveillé en moi cet état. Comme une impression de marcher aux côtés de Sam Carson, Walter Cobb et Mercy, trois êtres que tout devrait opposer et qui vont s’entraider, au-delà de leurs différences, sur les chemins poussiéreux de l’Amérique du début du XXe siècle.

Chemins de poussière

Samuel Carson est un jeune travailleur saisonnier qui va de ferme en ferme pour trouver quelques travaux qui lui permettront de vivre et de manger pendant quelques semaines. Solitaire malgré lui, il a fui un père alcoolisé et violent qui lui a laissé des cicatrices sur la peau et une jambe boiteuse.

Il rencontre Walter Cobb dans l’une de ces fermes où les gars viennent travailler. Walt est un colosse généreux, qui parle peu et fuit les conflits. Si l’on pense de lui qu’il est un simple d’esprit, il se révèle diablement efficace pour tous les travaux physiques par sa carrure impressionnante. Mais, au-delà de ça, c’est sa gentillesse qui touche le plus. Sans masquer cette part d’ombre que porte tout homme en lui.

Si on m’avait demandé de décrire Walt en un mot, j’aurais dit « bon », sans hésiter. Pourtant il y avait cette grande part sombre en lui que je pouvais pas ignorer. Et qui me foutait bien la trouille.

Assez vite, les deux hommes vont décider de faire route ensemble.

J’ai évidemment pensé à Georges et Lennie, les personnages du roman de Steinbeck, par la relation qui se noue entre eux et le soin qu’ils vont prendre l’un de l’autre. Mais l’arrivée d’un troisième personnage va vite rebattre les cartes et proposer un nouvel équilibre. Tout en faisant basculer par moments le roman dans le fantastique.

Ce troisième personnage, c’est Mercy, une jeune femme noire, domestique au service d’une riche propriétaire qui a fait d’elle une sorte de « poupée » de compagnie. Or, quand Walt et Sam la rencontrent, elle est sous la menace d’hommes blancs qui veulent la violer. Seule l’intervention du duo permettra qu’elle y échappe. La scène, violente et mystérieuse, scellera leur fuite commune.

Comment survivre avec cette jeune femme noire peu habituée aux travaux des champs, dans une Amérique ségrégationniste ? Comment aussi échapper aux hommes lancés à leurs trousses qui veulent se venger de Mercy ? Comment vivre ensemble et être en paix quand on porte de si lourds fardeaux dans le coeur ?

C’est là que le talent de Mathilde de Lagausie entre jeu : les chemins de poussière vont s’étoiler d’or grâce au respect et à l’amitié qui vont naitre entre les personnages.

Chemins d’or

L’autrice ne s’en cache pas : le roman Des Souris et des hommes mais aussi La ligne verte de Stephen King, Beloved de Toni Morisson et le film La Couleur pourpre de Steven Spielberg, ont infusé pour créer Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière.

En effet, ce qui lie nos trois personnages et ce qui fait leur chemin moins dur, c’est leur capacité à s’entraider et à être là les uns pour les autres. Au-delà de leurs différences, au-delà de leur passé tumultueux et sombre, ils apprennent, Walt en tête, à s’accepter comme ils sont et à chercher leur bonheur ensemble.

Et ce n’est pas simple quand on est une jeune femme noire dans l’Amérique du début du XXe siècle ou un jeune homme légèrement handicapé ou même un géant en apparence un peu simplet.

Nous autres, on se posait pas dans un joli coin fertile pour construire une ferme avec des barrières blanches ; on réparait celles des autres. On choisissait pas quelqu’un à aimer et avec qui vieillir entourés d’enfants, on allait tout seul ou au mieux, on suivait le premier venu pour avoir quelqu’un contre qui se coller par les nuits de gel. On vivait pas, on survivait.

Du « je » au « nous », Walt, Sam et Mercy vont découvrir la vraie richesse : l’amitié. Celle qui sauve, qui réchauffe et qui donne du goût à la vie.

Enfin, Mathilde de Lagausie nous offre un récit ample et dense, qui ne masque pas la part d’ombre de chacun, ni les préjugés ni la violence des hommes contre les hommes. Mais elle nous donne aussi des moments de pure humanité, chaleureuse et lumineuse. Ces instants qui font naitre l’espoir et illumine le chemin au travers d’une réalité brutale.

Sur ce bout de chemin qu’on parcourait, c’était pas de la poussière que nos pas soulevaient, c’était de l’or en poudre qui nous faisait briller en retombant.

Pourquoi lire Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière ?

Dans l'Amérique rurale du début du XXe siècle, Sam, Walt et Mercy, trois êtres solitaires que la vie a malmenés, vont faire le chemin ensemble et essayer de se construire une vie commune paisible et simple. Walter Cobb, nos chemins d'or et de poussière est le récit de ces amitiés qui redonnent espoir et éclairent la réalité souvent sombre et violente des exclus. A travers ce roman ample et vibrant, Mathilde de Lagausie nous fait marcher aux côtés de ceux qui croient en l'entraide et la générosité. Une très belle lecture qui fait écho aux univers de Jonn Steinbeck, Toni Morisson ou encore Stephen King.
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