Yon (Camille Broutin)

Margot est une jeune adolescente solitaire.
Alors qu’au retentissement de l’alarme, ses camarades et ses professeurs quittent l’internat disciplinaire, elle se retrouve bloquée dans une aile abandonnée du bâtiment. Il est déjà trop tard !
Le ciel s’obscurcit et le PHÉNOMÈNE frappe l’édifice.
Protégée à l’intérieur, elle sait que son sort est bouclé. Personne ne viendra la sauver. Alors, elle cherche un moyen de survivre en attendant la fin du processus.
Heureusement, elle n’est pas la seule à être « emprisonnée » au sein de la structure.

Survivre au collège

Un énième Manfra ?

Une jeune fille solitaire

Yon de Camille Broutin est un ManFra, c’est à dire un manga français.
À l’origine, ce sont des ouvrages, créé.es par des auteur.rices français.es, reprenant les codes graphiques et conceptuels du manga comme le format ou le sens de lecture.
Si dernièrement, cette proposition plait aux éditeurs, elle se rajoute à un catalogue manga déjà conséquent.

D’ailleurs, et outre les qualités intrinsèques de Yon, on peut se demander si le public peut absorber un titre de plus.
Surtout que contrairement à ses « collègues », le récit de Camille Broutin lorgne plus vers le Seinen que le Shonen, plus mainstream.
De plus, les codes sont tellement assimilés qu’on peut se demander qu’elle est la plus value d’un tel projet.

Attention, ce n’est pas un reproche.
Bien au contraire, c’est une ambition louable qui mérite une attention toute particulière.
Surtout qu’après un tome un « introductif », les volumes suivants se montrent bien au dessus de mes attentes personnelles.

Adolescence ….

Yon, c’est tout d’abord un personnage : Margot.
Margot est solitaire.
Sans amie, limite asociale, elle préfère explorer les allées abandonnées de son internat, séchant allègrement les cours.
Taciturne, le visage monolithique, elle n’attire guère la sympathie et certaines décisions, prises au cours de l’aventure, démontre sa propension à agir seule.
Pourtant, elle va devoir apprendre à accepter de vivre avec les autres. Ce qui implique une confiance équivalente entre toutes les parties du groupe.
Or, le second et le troisième volume démontrent que rien n’est acquis et que la suspicion, pouvant amener à la trahison, est toujours en arrière plan.

Après un premier volume introductif, la trame se développe sans temps mort et le rythme reste élevé, sans pour autant nuire au développement des personnages.
Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les tomes s’ouvrent sur un casting d’adolescentes, séparé en divers groupes.
Et forcement entre les hiérarchies induites et les tensions découlant de la fin du premier tome, la cohésion ne sera pas simple.
Les conflits couvent et il suffit d’une simple étincelle pour que tout explose.
Le second volume fait la part belle à quelques scènes d’actions où les coups volent de toute part.
Puis le troisième tome explore les conséquences des divisions où chaque clan se sent toute la légitimité d’absorber l’autre.

Parmi ces nombreux protagonistes, certaines sortent du lot.
On retrouve, notamment au sein du groupe de Margot, Solveig, Olga et Sacha.
Olga (et ses dons), reste mystérieuse et certaines révélations posent plus de questions qu’elles n’y répondent.
De son côté, Solveig prend son rôle de « garde du corps » au sérieux amis elle se retrouve à douter de celle qu’elle considère comme son amie. Et pour cause, ce sentiment d’amitié semble plus difficile à assumer pour Margot.
Le tome 3 s’intéresse à son passé, nous amenant à découvrir certains traumatismes d’enfance.
Sacha joue le rôle d’électron libre, choisissant une forme de neutralité.
Si, elle rejoint le groupe de Margot, c’est plus par hasard que par choix. Pourtant, une relation particulière va se créer entre les deux filles.

De l’autre côté de la ligne, on découvre Dan dont la caractérisation prendra un tournant inattendu à la fin du second volume.
Antagoniste de Margot, elle cherche elle aussi à protéger son clan, mettant en place divers stratagèmes pour faire craquer son adversaire.
Dan n’est pas « mauvaise » et elle juge son combat légitime.

…. Et billes de golf

Le retentissement de la sonnerie bouscule un statu quo qu’on pensait terre à terre.
Pourtant, derrière cette alarme, on découvre des habitudes et des règles établies.
À l’image d’une alerte attentat bien rodée, les élèves savent ce qu’elles doivent faire : s’éloigner le plus loin possible du PHENOMENE.
Et c’est ainsi que l’intrigue prend un tournant étonnant.
Les questions se multiplient et la forme surprenante de ce « danger » renforce cette sensation d’irréalité.
À première vue, il n’y a pas de raison d’avoir peur de ces « créatures ». Et pourtant, ces petites billes sont terriblement voraces et les toucher condamne irrémédiablement sa victime qu’elles soit humaine , animale voire matérielle.
Le temps est donc compté !

À certains égards, on retrouve les délires conceptuels d’un Inio Asano, notamment sur Dead Dead Demon’s Dedede destruction .
Le second volume démontre la réalité du danger de cette créature tout en développement ( et limitant ), la mystérieuse protection découverte lors du précèdent volume.
Multipliant les expériences, Margot cherche à comprendre le Phénomène pour mieux s’en protéger, quitte à se retrouver en conflit avec ses congènéres.
C’est d’ailleurs la seule facilité du récit. À l’image de nombreux survival, l’héroïne ( et ses alliées ) se retrouvent face à l’incompréhension du reste du groupe. Et si , effectivement les méthodes de Margot peuvent paraître radicales, le danger n’en est pas moins visible et les réactions de certaines protagonistes, Dan en premier lieu, peuvent paraître stupides.

Des inspirations marquées

Maitrise des codes

Yon est la création de Camille Broutin (Mèhu), dessinatrice découverte pour son travail sur Filles uniques avec BeKa.
Sortant tout juste de ses études d’arts appliqués, on sentait, dans cette série, le travail d’une autrice en pleine expèrimentation graphique.
Céleste, le second volume, attestait d’envie graphique plus prononcée que celle qu’elle avait développée sur le premier tome et sur la suite.

Pour Yon, elle fait un choix essentiel.
Elle délaisse l’outil informatique et son approche aseptisé pour une technique artistique plus traditionnelle.
Cette décision s’allie ainsi à une maitrise totale des codes du manga.
Sincèrement passionnée par le genre, Yon devient l’aboutissement d’une réflexion qui sonne comme une contre-proposition à Filles Uniques.

Ses influences sont multiples et totalement assumées.
Si elle admire le génie de Masaaki Yuasa ou de Kon Satoshi, elle apprécie aussi l’efficacité du trait d’un Hergé ou d’un Moebius.
Pour ma part, c’est encore Inio Asano (notamment à ses débuts) qui résonne le plus dans ses planches.

Je n’aimais pas trop sa colorisation sur Filles Uniques.
Sur Yon, manga oblige, le noir et blanc prédomine, permettant ainsi d’apprécier toute la richesse du trait de Camille Broutin.
Ceci dit, je dois avouer que les couvertures sont réussies, donnant presque envie d’avoir quelques planches en couleurs.

Résumé

Yon de Camille Broutin aurait pu être un énième ManFra, engorgeant encore plus les rayons manga. 

Mais derrière cette chronique adolescente teintée de fantastique, on sent une autrice investie dans son projet.
Allant bien plus loin qu'une simple reprise de codes, Camille Broutin assume des influences aussi prestigieuses que Kon Satoshi ou Inio Asano.

Après un premier volume introductif, mettant en place ses protagonistes et le PHENOMENE qu'elles doivent affronter, elle met en place un récit dynamique aux multiples rebondissements.

Les nombreux protagonistes ont toutes un rôle à jouer, multipliant les réactions ainsi que les conflits qui en découlent !

Graphiquement, le trait de Camille Broutin se révèle.
Délaissant l'outil informatique, elle opte pour un dessin traditionnel, dynamique et à la narration relevée.
Elle s'empare des codes graphiques du manga pour les faire siennes et nous offrir des planches d'une grande richesse.

Plus qu'un tome avant la conclusion mais ce tome 3 de Yon confirme (et décuple) toutes les qualités la série.
Bulles carrées

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