Mots Tordus et Bulles Carrées

Wonder Woman : Hors-la-loi (Tom King / Daniel Sampere)

Lors d’une altercation dans un bar, une mystérieuse amazone commet un massacre.
Devant l’émoi de la population, le congrès n’a d’autre choix que de promulguer une loi de sécurité contre les Amazones, les bannissant du territoire américain.
Même Wonder Woman n’est plus en odeur de sainteté chez l’Oncle Sam.
Alors qu’elle recherche activement la suspecte, le gouvernement la somme de repartir sur Themyscira.
Mais sa réponse est claire….


« Non, merci ! »

— Diana, Wonder Woman

Hors-la-loi

J’ai toujours apprécié Wonder Woman.
Au point d’être étonné de découvrir que certains ne la considéraient guère mieux que Superman (que j’adore aussi d’ailleurs).
Nunuche, moralisatrice, archaïque, la superhéroïne ne jouit pas de la meilleure des réputations.
Il faut avouer que son historique est représenté par peu de runs marquants.
On retient toujours les mêmes : Georges Perez, Greg Rucka ou plus récemment celui de Brian Azarello.

Pourtant, le personnage me fascine.
Autant par son histoire créative que par sa représentation symbolique, dépassant largement le cadre de la gentille héroïne féministe.
Ce n’est sans doute pas pour rien que mes souvenirs restent hantés par la Wonder Woman guerrière de Kingdom Come.
Une imagerie reprise de façon radicale par Daniel Warren Johnson dans son excellent Wonder Woman : Dead Earth.
Wonder Wonder est un personnage double, reflétant des valeurs aussi contradictoires que la paix et la guerre, l’amour et la destruction.

Une icône de justice teintée d’humaniste

Avoir le sens des priorités

Avec Wonder Woman : Hors-la-loi, Tom King montre qu’il a parfaitement saisi sa double identité.
Wonder Woman ne dérive jamais de ses valeurs, prête à se confronter à la loi pour les défendre.
On remarquera d’ailleurs qu’elle n’émet pas de jugement sur les actions du gouvernement.
Tout ce qui l’intéresse en premier lieu, c’est la justice.
Et pour qu’il y ait une justice, il lui faut la suspecte.
Il y aurait sans doute beaucoup de choses à dire sur cette mystérieuse amazone mais, pour le moment, Tom King se contente seulement de quelques pistes énigmatiques.

Pour représenter la superhéroïne, le scénariste américain a choisi le ton adéquat.
Le calme olympien de Wonder Woman contraste avec sa fougue lors des combats.
Son « Non, Merci », à la manière d’un Cyrano de Bergerac, devient non seulement un leitmotiv amusant mais aussi le symbole d’une détermination sans faille.
Or, derrière la guerrière se loge un profond humanisme.
Le meilleur exemple se trouve dans le chapitre 4 où l’on retrouve l’Amazone au chevet d’un jeune garçon atteint d’un cancer.
Alors que tout le monde la recherche, que sa tête est mise à prix, elle continue à prendre du temps pour les autres.
Si on peut trouver cette approche un peu surréaliste, elle est symptomatique de ce qui me touche chez Diana.
Alors qu’elle a été rejetée par le peuple américain, elle garde toute sa compassion pour ceux qui sont dans le besoin.
En cela, elle reste proche d’un Superman.
Alors que sur le mode d’action, c’est plus Batman qui se reflète en elle.

C’est un peu tout cela Wonder Woman.
Une beauté grecque compatissante mais aussi une guerrière surpuissante prête à mettre à mal une certaine masculinité mal placée.

Complotisme, rejet de la population et masculinité toxique

Une ennemie du peuple ?

Avec Wonder Woman : Hors-la-loi, Tom King, comme à son habitude, instille dans ses scénarios des réflexions très actuelles.
Or, avec cette éviction des amazones, d’une brutalité rare, il est difficile de ne pas faire de corrélation avec l’actualité récente.
Que cela concerne le traitement des immigrés ou le rejet entier d’un peuple, les exemples sont malheureusement nombreux.
Et le processus reste le même.
Un gouvernement intransigeant et une population qui renie ses héros.
C’est sans doute cela qui marque le plus.
Car, au final, les magouilles des politiques et les violences d’une autorité incontrôlable prennent leur source dans l’acceptation du peuple.
Personne ne se rebelle pour protéger le statut des Amazones.
Au contraire, on excuse même cette violence en prônant la défense du mâle face à un féminisme qu’ils jugent agressifs.
Là, aussi, le discours est malheureusement bien trop connu.

Malgré tout, il ne faudrait pas voir Wonder Woman : Hors-la-loi seulement comme un pamphlet politique et social.
Le deuxième degré de lecture est évident mais l’intrigue de Tom King garde de nombreux aspects mainstreams.
Ils ne sont pas dérangeants en soit mais atténuent notamment la critique politique en installant un « méchant » comme grand manipulateur.
Si le statut de ce vilain est loin d’être inintéressant et méritera une analyse plus approfondie par la suite, il reste un archétype du genre.
De mon côté, j’y vois un certain cynisme de la part de Tom King d’intégrer un tel personnage au sein de ce qui est censé être « la plus grande démocratie du monde ».

La grande mouvance du dessin mainstream

Un cadrage marketté Tom King

C’est avec Wonder Woman : Hors-la-loi que je découvre pour la première fois le travail de Daniel Sampere.
À l’image d’un Carlo Pagulayan, le dessinateur espagnol se retrouve parfaitement dans le style mainstream Dc comics.
Si l’auteur n’a pas un trait foncièrement original, il se démarque par une véritable maîtrise des codes du genre.

On retrouve cet aspect notamment dans son approche de Wonder Woman, bien moins graphique de celles de Daniel Warren Johnson ou Cliff Chiang mais plus en adéquation avec des attentes « tous publics ».
Il n’y a d’ailleurs rien de dévalorisant dans cela, surtout que l’ensemble reste efficace et s’accorde parfaitement à la vision de Tom King.
D’ailleurs, on retrouve la mise en page très typique du scénariste avec quelques touches de Daniel Sampere apportant du dynamisme sur les scènes d’action.

A côté, sur des récits complémentaires, on découvre le trait plus « enfantin » de Belen Ortega.
Si le style de la dessinatrice lorgne plus vers le manga, elle apporte ce qu’il faut de fraicheur et s’éloigne d’un réalisme qui peut paraître, par moment, un peu étouffant.

En résumé

Wonder Woman : Hors-la-loi de Tom King et Daniel Sampere offre une retour en grâce à l'une des grandes icônes de l'univers DC comics. 

L'intrigue de Tom King est un mélange équilibré entre du pur mainstream et une réflexion politique et sociale nécessaire, abordant tour à tour le complotisme, la manipulation des masses, le rejet de l'étranger et une certaine forme de masculinisme.
Le scénariste a parfaitement compris les atouts de son héroïne et rend hommage autant à sa face humaniste qu'à sa face guerrière.

Daniel Sampere s'empare à merveille de l'Amazone et lui offre un cadre léché, avec son lot de splash pages iconiques.
En parallèle, Belen Ortega nous offre un peu de fraîcheur sur des récits complémentaires axés sur la nouvelle génération.

Un premier tome réussi pour une série régulière qu'il faudra suivre de près.

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Bulles Carrées

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