Encore bébé, Diana est arrachée aux Amazones par Zeus.
On la confie à Circé, une sorcière vivant dans un recoin des enfers.
Les débuts de la cohabitation sont difficiles mais Diana a un don. Elle attire la lumière vers elle, la rendant immédiatement attachante.
Des années plus tard, elle arrive sur Terre pour s’opposer à une menace venant de sa terre d’adoption.
On lui trouve rapidement un surnom : Wonder Woman.
Le label absolute
Conscients que leurs longues histoires est un frein à un renouvellement de lectorat, les Big Two proposent régulièrement de nouvelles portes d’entrées.
Marvel en est assez friands, multipliant les créations d’univers parallèles allant de 2099 à la game Ultimate. De son côté, Dc comics préfère les remises à 0 alors que le concept de multiverse est ancré dans son ADN.
Ce n’est pas pour rien que la collection « Elseworld » vient de faire son grand retour.
Le label Absolute a été créé avec le même état d’esprit. À ceci près, que cet univers garde des liens, pour le moment distant, avec la continuité.
L’idée est simple : redéfinir les origines des plus grands super-héros, en les privant d’éléments majeurs à leur construction.
Superman n’a pas été élevé par les Kent, Batman n’est pas milliardaire, Wonder Woman a été enlevée aux amazones ..
La tâche est rude mais le projet est alléchant, tant les possibilités sont infinies.
Est-ce pour autant une réussite ?
Mythologie et super-héroine
Une héroïne lumineuse

Absolute Wonder Woman de Kelly Thompson et Hayden Sherman n’est pas forcément, le titre le plus facile à vendre.
Wonder Woman n’attire pas forcément le lectorat et l’équipe créative n’évoque sans doute pas grand chose au plus grand nombre.
Pourtant, Kelly Thompson a déjà une belle carrière, primée d’un eisner awards en 2021 pour son travail sur Black Widow.
Quant à Hayden Sherman, il est sans doute une des révélations de cette année dont nous avons pu avoir un aperçu en VF sur Batman : dark patterns.
Et, enfin, Wonder Woman a déjà prouvé tout son potentiel dans des récits aussi prestigieux que Wonder Woman : dead earth ou Historia.
Avec Absolute Wonder Woman, Kelly Thompson nous présente un personnage diffèrent, tout en restant fidèle à son concept original.
Les dieux ont enlevé Diana, allant jusqu’à lui faire oublier le nom même des amazones.
Non consciente de ses origines, elle se retrouve aux enfers, élevée par une sorcière : Circé.
Si Circé est, à l’origine, une des ennemies principales de la princesse de Themyscira, cette lecture nous permet de la découvrir sous un nouveau jour.
En effet, l’une des grandes réussites du scénario de Kelly Thompson provient de son humanité.
Il faut dire que Diana a une aura lumineuse, attirant les autres vers elle.
C’est le cas des créatures démoniaques, de Steve Trevor mais aussi de Circé qui ne résistera pas longtemps à la bouille de la jeune fille.
Pourtant, elle n’avait pas prévu de s’occuper de ce bébé, lui prévoyant une espérance de vie fort restreinte.
Mais Diana est aussi étonnante que puissante pour son âge, provoquant le respect par la force mais aussi sa tolérance d’esprit.
Pour elle, toutes les créatures se valent et aucune ne mérite la mort, ce qui amènera à un des rares désaccords entre la mère et sa fille.
Car, dans l’ensemble, Kelly Thompson crée une relation filiale particulièrement touchante.
On sent l’amour grandissant de Circé pour celle à qui elle va apprendre les arcanes de la sorcellerie.
Absolute Wonder Woman est une guerrière mais aussi une sorcière.
Le caractère trempé de l’héroïne s’affirme sans qu’elle se pose particulièrement de question sur sa condition.
L’écriture de Kelly Thompson n’est pas féministe car le féminisme n’est pas une thématique. Il est totalement intégré au récit et au personnage.
Wonder Woman n’est pas là pour se confronter aux peurs des hommes. Elle sait ce qu’elle vaut et n’a pas besoin de leur assentiment.
La scène face au général démontre qu’elle n’a pas de temps à perdre avec ce genre de sottises.
À ce niveau, Kelly Thompson réussit là où a échoué Grant Morrisson avec son Wonder Woman : terre un.
Diana est une battante, prête à tous les sacrifices pour protéger ses proches.
L’apparition de Steve Trevor aux enfers peut paraître bizarre mais elle amène une nouveauté étonnante, donnant un sens encore plus important à la part sorcière de Diana.
Son arsenal s’avère plus mystique.
Ainsi, l’avion invisible si « kitchissime » de l’héroïne laisse place à un Pégase du plus bel effet.
Mythologie et Kaiju

La mythologie a toujours été importante dans la vie de Wonder Woman.
Et, une nouvelle fois, les dieux impactent sa destinée au point d’être le noeud originel de cet Absolute Wonder Woman.
Par ce biais, Kelly Thompson retrouve l’essence même de la mythologie, s’éloignant de sa vision mainstream.
On y découvre des dieux impétueux, omniprésents, agissant selon leur volonté.
Ainsi, le rapport entre Diana et Athéna reste flou. À l’instar des héro.ïnes de la mythologie, elle se se bat pour elle tout en réclamant son assentiment.
Cette mythologie s’accommode assez bien à la radicalité des défis qui attendent Wonder Woman.
Le Tétracide tient d’ailleurs du Kaiju lovecraftien agrémenté d’une dose de Strangers Things.
Le défi est immense et la partie est loin d’être gagnée.
Dans son gigantisme, on retrouve, par certains aspects, les sensations d’un God of War.
C’est peut être le seul soucis à retenir de ce premier volume.
Au vu de la radicalité de ce premier combat, on se demande ce que Kelly Thompson va pouvoir nous proposer par la suite.
Et le cliffhanger, certes intriguant, donne l’impression que, contrairement aux autres absolutes, elle n’a pas encore bien défini sa ligne directrice.
Malgré tout, la scénariste pose certaines pistes et on a envie de faire confiance à son expertise.
Splendeur de l’art séquentiel

Malgré tout, si ce Absolute Wonder Woman marque les esprits, c’est pour sa partie graphique.
Si, en France, on découvre ( pour les rares qui l’ont acheté ) Hayden Sherman sur Few, il faut attendre encore quelques années avant que le dessinateur peaufine son style et revienne sur le devant de la scène.
Or, coup sur coup, tout d’abord avec Batman : dark patterns puis Absolute Wonder Woman, il nous émerveille d’une prestation tout juste fabuleuse.
Si son trait, aux lignes claires, peut paraître simpliste, il fourmille de détails et d’ingéniosité.
De plus, la fluidité de son dessin allié à ses cadrages lui donne une petite touche Mucha.
Sa narration est une oeuvre en soi. Chaque page reflète une recherche audacieuse de cadrage aux formes multiples, devenant des outils narratifs majeurs.
Absolute Wonder Woman nous offre des designs époustouflants.
Sa vision des dieux est un mélange d’hommage et d’originalité. L’auteur trouve le fil à tirer pour proposer des personnages au look fascinant.
Il opère la même approche avec le costume de Wonder Woman, remplaçant définitivement la bannière étoilée par un attirail de guerrière viking.
Même ses tatouages ont une utilité narrative, dépassant très largement la simple décoration.
En résumé
Absolute Wonder Woman de Kelly Thompson et Hayden Sherman est une oeuvre humaniste, divertissante et une leçon d'art séquentiel.
Kelly Thompson nous présente une nouvelle Wonder Woman, élevée aux enfers par Circé.
Si l'héroïne garde toute sa prestance et la voit même décuplée dans cet environnement austère, c'est surtout la relation avec sa mère adoptive qui marque les esprits.
À côté de cela, le récit assume sa filiation mythologique en mettant Diana face à des créatures surdimensionnées.
En cela, elle est aidée par l'inventivité graphique d'Hayden Sherman.
Le dessinateur nous gratifie de pages aux cadrages inventifs, peuplées de designs époustouflants.
Ce premier tome est convainquant même s'il n'est, pour le moment, qu'une introduction.
Malgré tout, on attend que Kelly Thompson apporte, aux prochains volumes, une ligne directrice plus affirmée.
Prix et récompenses
- Eisner Awards – Best New Series – 2025


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