Mots Tordus et Bulles Carrées

Y le dernier homme (Brian K. Vaughan / Pia Guerra)

Pendant le premier confinement, j’ai découvert de nombreux comics grâce à Bulles Carrées. Parmi ces parenthèses fictionnelles, je me suis plongée dans Y le dernier homme de Brian K Vaughan et Pia Guerra. Cette série d’anticipation, mettant en scène un homme, unique survivant d’une pandémie ayant décimé tous ses congénères masculins, dans une société désormais feminine, a reçu plusieurs Eisner, dont celui du meilleur scénariste en 2005. La réédition chez Urban dans la collection Nomad était une bonne occasion de mettre en lumière la première création de ce scénariste foisonnant qu’est Brian K Vaughan.

Yorick et les femmes

Quand s’ouvre le premier livre, intitulé « No man’s land », nous sommes à Brooklyn. Deux femmes échangent brièvement. Elles sont sous le choc. Tous les hommes sont morts, en quelques minutes. Des garçons, des pères, des frères, des maris, des collègues. Tous terrassés par une pandémie fulgurante.

A la page suivante, un flashback.

On découvre celui qui va devenir notre personnage principal : Yorick Brown.

Il est au téléphone avec Beth, sa fiancée partie en Australie pour faire un voyage d’étude. En quelques planches, Brian K Vaughan brosse le portrait d’un jeune homme pas tout à fait dans son époque. Un peu à côté de ses pompes mais sensible et plein d’humour.

Quelques minutes avant la disparition de la moitié de la population terrestre

Chômeur depuis un an, il vivote et survit, avec son capucin Esperluette, grâce à sa mère, représentante à la Chambre et femme politique engagée. Il est passionné mais débutant en magie et s’apprête à demander Beth en mariage.

Parallèlement, se tissent les destins de 355, une femme agent secret, et celui du Dr Mann, une biologiste spécialiste du clonage humain – qu’elle vient d’ailleurs de tester sur elle-même puisqu’elle est enceinte… de son propre clone). Ces 3 vies vont se trouver réunies après le mort de tous les porteurs du chromosome Y, pour découvrir l’origine du fléau.

En quelques mois, la société va devoir se réorganiser. Et les jeux de pouvoir vont révéler des personnalités féminines qui n’auraient pas pu occuper cette place dans un monde plutôt patriarcal. Tant du côté des gouvernements que de celui des bandes ou des communautés.

Et s’il n’en restait plus qu’un ?

La grande force de Brian K Vaughan dans ce scénario d’anticipation terriblement réaliste, tient dans la combinaison diablement efficace entre le personnage attachant de Yorick (accompagné de son singe, qui deviendra rapidement une mascotte), la gestion de la temporalité et des cliffhangers (n’oublions pas que Vaughan a été scénariste de séries telles que Lost) et d’une réflexion acerbe sur la société, devenue exclusivement féminine.

En 5 tomes, dans la version française, Y le dernier homme interroge à la fois les relations familiales, la politique, la science et l’amour. Le tout à travers des personnages qui gagnent en densité au fur et à mesure des tomes.

Pour être heureux, vivons caché…

Perdu au milieu de ces femmes dont il doit, le plus souvent, se méfier, Yorick a la naïveté d’un jeune garçon. L’humour d’un ado aussi. Et le coeur d’artichaud d’un jeune homme qui s’interroge sur sa relation amoureuse mais ne rejette pas toujours une femme qui se jette dans ses bras.

Et il faut dire qu’il va être assez malmené…

Heureusement, et c’est là aussi tout le talent de Vaughan, il est entouré de ses deux protectrices. Deux femmes au caractère bien trempé, qui vont l’accompagner vers la vérité : pourquoi est-il le seul mâle à avoir survécu ?

Vous l’avez compris, Y le dernier homme est une saga riche de questionnements. De réflexions sur le pouvoir et sur les relations humaines aussi. C’est aussi le parcours d’un homme en quête de qui il est vraiment.

Co-créatrice du comics, Pia Guerra propose un dessin clair, sobre et très cinématographique. Les expressions des personnages sont très travaillées. Même des femmes les plus violentes ou les plus détestables se dégagent une sensibilité et une humanité.

L’alchimie entre les deux artistes est visible. De plus, le rythme des révélations et autres rencontres improbables fait d’Y le dernier homme un page turner hyper efficace, sensible et intelligent.

Pourquoi lire Y le dernier homme ?

Y le dernier homme est un comics d'anticipation drôle et pertinent que vous ne pourrez plus lâcher. Brian K Vaughan, associé à Pia Guerra, montre déjà, bien avant Saga ou Paper girls, tout son talent de scénariste avec ce récit à rebondissements. Il interroge sur notre société et sur la place des femmes (et des hommes) dans un grand "Et si...".

Le pari est réussi. On s'attache à ce dernier homme convoité et harcelé qui tente de retrouver son amour perdu. Et vivre dans une société uniquement peuplée de femmes n'est pas de tout repos !

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