Un air de trompette (Gilles Baum / Clémence Pollet)

De retour de sa campagne égyptienne, l’Empereur glorieux parade avec les trésors emportés après sa victoire. Le seul à ne pas se réjouir est Edgar Plantin, le conservateur du Musée national. En effet, l’Empereur lui a demandé d’organiser une exposition colossale dans deux jours. Deux jours ! Comment le conservateur va-t-il pouvoir tenir ce délai ? C’est l’histoire que Gilles Baum et Clémence Pollet nous racontent dans Un air de trompette, aux éditions HongFei.

Panique au Musée

Tandis que l’Empereur traverse, tout à sa gloire, la foule compacte des parisiens, suivi de trésors égyptiens, d’animaux étranges et d’esclaves, Edgar Plantin fait les cent pas dans la grande salle du Musée. Toutes ces merveilles rapportées d’Egypte, il va falloir les identifier, les étiqueter pour les exposer sous deux jours. L’ultimatum est brutal !

« Deux jours. Pas une minute de plus. »

Le conservateur sait qu’il va falloir faire fissa et mettre de côté les exigences historiques et scientifiques.

Il faut se lancer, trier au plus vite, ne se fier qu’aux apparences et à l’état actuel des connaissances. A raison de trente secondes par objet, sans manger, sans dormir, il peut y arriver.

Or, parmi les milliers d’objets à identifier, une chose longue, à l’embouchure évasée est classée sans recherche : un instrument de musique ? Ce sera une trompette. Mais quand l’Empereur l’aperçoit lors de sa visite, il a l’idée folle qu’on ramène des musiciens d’opéra pour entendre le son de cet instrument.

Mais est-ce vraiment une trompette ?

La trompette de l’Empereur

En découvrant ce récit, j’ai immédiatement pensé au conte « les habits neufs de l’empereur » de Hans Christian Andersen. Je me souviens de ma lecture d’enfance et du plaisir que j’avais ressenti à imaginer ce puissant ridiculisé par deux escrocs lui vendant un faux habit que seuls les sots ne pouvaient pas voir et qui marchait nu dans les rues de son royaume.

Ici, pas d’escroc mais un Empereur emporté par sa soif de gloire et sa volonté de montrer au monde sa puissance. La chute est non seulement drôle mais libératrice.

Le moment de vérité

Et c’est là que le duo de Gilles Baum et Clémence Pollet fonctionne à merveille. L’attitude impériale mais déjà un brin ridicule de l’Empereur assis sur son trône, les regards ahuris des personnages quand ils découvrent ce que l’objet est en réalité et les deux doubles pages finales magnifiques donnent vie à cette histoire inspirée de faits réels.

En effet, les pages documentaires à la fin de l’album nous éclairent sur les éléments historiques qui ont servi d’appui pour le récit. Les campagnes égyptiennes de Bonaparte, les trésors archéologiques rapportés par Champollion, dont cette fameuse « trompette » qui n’en est pas une. Et la création de l’opéra Aïda par Giuseppe Verdi, inspiré par l’Egypte, qui demanda même, par soucis d’authenticité, à Adolphe Sax, une copie de 120 cm de long de la « trompette de Champollion ».

Vous l’aurez compris, cet album vaut autant pour son récit à visée humoristique et caustique que pour ses illustrations aux teintes dorées et aux figures expressives. Et le titre « Un air de trompette » prend un tout autre sens une fois la chute révélée.

Nul doute que les dernières pages ouvriront une discussion avec les plus jeunes quant à la spoliation des biens matériels, animaux et humains lors des conquêtes en Afrique et ailleurs. A l’heure où l’Assemblée nationale adopte une loi permettant de rendre aux pays qui le demandent les objets ravis par la France pendant la colonisation, la lecture de cet album est vraiment adéquate.

Pourquoi lire Un Air de trompette ?

Un Air de trompette est un album à la fois drôle, caustique et libérateur. En découvrant une méprise inspirée de faits historiques, Gilles Baum et Clémence Pollet nous offrent un récit mettant en scène avec beaucoup d'humour un Empereur aveuglé par sa gloire et un conservateur de Musée soumis à ses injonctions. L'anecdote, remaniée par l'auteur, est l'occasion de ridiculiser le puissant au bicorne mais aussi de faire réfléchir les lecteurices à la restitution des biens culturels et humains pillés à l'Afrique. Une chouette lecture !

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