Dakota 1880 – « Lucky » Luke est diligencier.
Son rôle : accompagner et protèger les passagers de la diligence jusqu’à sa destination finale : la Californie.
Lors du voyage, il fait la rencontre de Baldwin, jeune afro-américain et narrateur des exploits du cowboy.


Les prémisses d’une légende
Un parti pris original

Dakota 1880 d’Appollo et Brüno est un « Lucky Luke vu par … ».
Laissant carte blanche aux auteurs concernés, cette collection regorge de pépites rendant hommage au personnage créé par Morris en 1946.
Avec Dakota 1880, Appollo revient sur un pan méconnu de la vie de Lucky Luke, bien avant Jolly Jumper et ses aventures en tant que justicier solitaire.
On le retrouve en tant que diligencier, dans un cadre beaucoup plus réaliste que la série originale.
À ce niveau, autant par son approche scénaristique que graphique, les auteurs se rapprochent de la modernisation du mythe proposée en son temps par Matthieu Bonhomme.
C’est ainsi qu’on découvrira, de façon pragmatique, les origines du surnom de Luke : Lucky.
Malgré tout, la vision d’ Appollo reste assez personnelle.
Composé de 7 histoires racontées par un narrateur, Dakota 1880 nous raconte le voyage de Lucky Luke en partance du Dakota pour la Californie.
Tout au long de ce périple, on explore, à travers les rencontres et les obstacles rencontrés en chemin, les facettes d’un personnage qui ne cesse d’osciller entre mythe et fiction.
Et c’est en cela que cette approche est intéressante.
Certes, la brièveté de certains récits pourra frustrer. Mais cela n’a pour objectif que d’intégrer un personnage de fiction dans un cadre historique bien réel.
À ce niveau, Brasier en est le parfait exemple. Moment rare, on découvre un Lucky Luke implacable , n’hésitant pas à « punir » les malfrats pour leurs méfaits.
Dakota 1880 reprend tous les codes du western : braquage, indiens et duels aux pistolets. Mais, il est aussi bourré de clins d’oeil liés à l’histoire du cowboy, au cinéma voire même à la littérature.
Certains sont évidents comme les inévitables couleurs bariolées de son costume ou sa légendaire prouesse pour le tir. D’autres sont réservés aux plus curieux qui reconnaîtront les noms et les films auxquels Appollo fait référence.
D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé cette vraie/fausse interview de Gustav Frankenbaum, attestant d’une existence « réelle » au personnage de Baldwin.
C’est d’autant plus malin qu’après quelques recherches, on apprend que ce Gustav est mentionné dans le 36eme album de la série : les collines noires.
Appollo brouille les cartes, ce qui, au final, donne un goût particulier à cet album.
Un western multiculturel

Dakota 1880 est aussi un voyage à travers une partie des Etats-Unis, avec un décorum aussi varié que sa population.
En cela, Appollo s’éloigne du simple récit de cowboy pour proposer une vision moins caricaturale ou fantaisiste de cette partie de l’histoire américaine.
Bien sûr, on y retrouve d’inévitables marqueurs.
Plus vite que son ombre aborde l’importance des armes à feu et leur utilisation lors de concours de tirs prestigieux. Mais le scénariste s’amuse à en détourner le propos, donnant la part belle à un personnage inattendu.
S’il aborde la situation des noirs américains dans 40 acres et une mule, il le prend sous un prisme inédit : celui de la religion Vaudou.
L’avenir raconte l’avènement d’une nouvelle technologie qui changera drastiquement notre lien au souvenir : la photographie.
Il n’est sans doute pas anodin de la part d’Apollo de conclure ce voyage avec un objet qui fixe la mémoire sur du papier.
La photographie annonce la fin d’une époque alors que pour Lucky Luke, ce n’est que le début d’une autre .
Quand la réalité échoue face à la fiction !
Un graphisme prestigieux

Décidément , Brüno a le vent en poupe.
Après sa très belle prestation sur le fantasmagorique Electric Miles, le voilà de retour sur un hommage qui peut paraître casse-gueule.
Casse-gueule car, à première vue, on image mal le style du dessinateur sur un personnage tel que Lucky Luke.
Vous me direz que Matthieu Bonhomme a bien réussi sa performance mais son style est beaucoup moins graphique et plus réaliste que celui de Brüno.
Et pourtant… D’ailleurs, la référence à Matthieu Bonhomme me paraît assez pertinente tant ces deux visions découlent d’une même envie : celle de confronter la légende de Lucky Luke à la réalité.
Ceci dit, le style de Brüno est une gestion impeccable de l’espace et des ambiances.
Son trait, faussement simpliste, s’empare de la multitude des décors américains avec une certaine facilité. Grande plaine, canyon, forêt enneigée, rien ne semble lui poser problème.
Contrairement à Electric Miles, les décors de Dakota 1880 ont une importance cruciale tant ils participent au voyage.
Les ambiances jouent le même rôle. Neige, pluie ou incendies, les choix graphiques sont épatants.
D’ailleurs, les couleurs de Laurence Croix opèrent un véritable tour de force en s’appuyant sur le trait de Brüno sans pour autant dénaturer ses effets d’encrage.
Au contraire, comme on peut le voir avec Brasier, elle décuple la puissance graphique d’une scène ou d’une ambiance.
En résumé
Dakota 1880 d'Apollo et de Brüno revient sur le passé méconnu de Lucky Luke, mélangeant fiction et réalité à travers cette histoire retraçant son voyage du Dakota à la Californie.
Certes, la forme narrative pourra en décontenancer certain.es. Mais, Appollo nous tient en haleine avec des récits brefs, tout en brassant une grande partie des thématiques western, non sans certains apports ou retournements astucieux.
Vision plus "réaliste" du cowboy solitaire, Dakota 1880 est marqué par la vision graphique de Brüno. S'emparant des multiples environnements de l'ouest américain, il nous époustoufle avec des ambiances graphiques parfaitement mises en couleur par Laurence Croix.
Dakota 1880 demande sans doute de multiples lectures pour en saisir toute la richesse.
C'est certainement sa plus grande force mais aussi sa plus grande faiblesse tant il est difficile de se contenter de ce récit pour "simplement" ce qu'il semble être.


