L’homme qui écoutait battre le coeur des chats (Mathias Malzieu)

Voilà vingt ans que paraissait l’album Monsters in love et, parallèlement, le roman Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu. Je découvrais alors l’écriture intime, tristement drôle et drôlement poétique du chanteur du groupe Dionysos. Alors que je venais de perdre mon papa, les mots de Mathias Malzieu avait un écho sensible et mettait en images et en sons mes émotions et ma perte de repères. Toujours aussi étrangement personnel et universel, l’auteur revient avec L’homme qui écoutait battre le coeur des chats. Par la voix de Tornado et June, ses deux chats, il évoque la peur de la mort, le deuil et la résilience d’un couple qui vient de perdre son enfant à naitre.

Tornado, June et Ceux-qui-se-croient-leurs-maîtres

La vie sur la péniche de La Belle griffue et du Vieil enfant à vibrisses reprend doucement son cours après le deuil d’un enfant à venir. Les amoureux sont sur le fil, un fil fragile et tendre, qui peut casser et faire s’écrouler les deux acrobates que la vie n’a pas ménagés.

C’est pourquoi l’annonce de la maladie incurable de Tornado, l’un des deux chats de la famille, fait l’effet d’une mini-bombe. Tout le monde s’inquiète pour le chaton, notamment June, sa compagne-maman chatte.

Celui-qui-se-croit-leur-maître a d’ailleurs pris le pli, chaque matin, d’écouter leur coeur.

Celui-qui-se-croit-mon-maître s’est levé pour écouter le coeur du chaton. Puis il passe au mien. Avec ses oreilles décollées à la Gainsbourg, c’est comme s’il était équipé d’un sthétoscope intégré. Le vieil enfant à vibrisses écoute chanter le fantôme.

Une toute petite fille qui aurait pu être rousse avec de très longues jambes. Elle s’appelle Macha. Elle vit dans mon coeur. Le sien s’est arrêté de battre avant sa naissance. Peut-être que mes battements la consolent de quelque chose. C’est autour de ce rythme qu’elle articule ses mélodies. Lorsqu’elle se sent en confiance, il arrive qu’elle se matérialise. Elle volette dans le silence du bateau endormi, se pose sur l’appareil à griller le pain, esquisse un pas de danse sur les plaques chauffantes mais, au moindre bruit, retourne se cacher.

Quand il apprend qu’il existe un traitement prometteur qui pourrait lui sauver la vie, son maître et sa maîtresse se lancent dans une course contre la mort. Il faut sauver le soldat Tornado ! Mais la mission ne sera pas chose aisée…

« Ce ne serait pas sérieux de se prendre au sérieux »

Mathias Malzieu est un magicien.

Grand raconteur d’histoires, il semble voir le réel par le prisme de l’imaginaire, kaléidoscope coloré, vibrant et poétique. Comment évoquer un drame aussi intime que la perte d’un enfant, la maladie d’un être cher ou l’une de ces nombreuses épreuves qui font de la vie une course de haies interminable ? Mathias Malzieu réussit ce tour de main, par le truchement des deux chats aux caractères bien trempés, sensibles et attentifs mais aussi indépendants et fins comme peuvent l’être les félidés.

Tornado et June sont des complices discrets de cette aventure non voulue, à la fois protecteurs des humains et de leurs états d’âme et récepteurs de leurs émotions et de leurs fantômes.

Mais le récit n’aurait pas sa saveur sans les mots et les images poétiques dont l’auteur nous gratifie. Chaque expression, chaque jeu de mots est un bonbon acidulé qui éclate en bouche et fait sonner une mélodie toute particulière.

Ainsi, la fuite de Tornado le chat malade, prend des allures d’échappée fantastique sous perfusion.

Je cours. Mais plus je cours, moins je vole. Alors je marche un peu. Je crache les clopes que je ne fume pas.
Une mésange se pose sur une poubelle. Gracieuse et bleue avec un maquillage assorti à la nuit. Je pourrais lui manufacturer du chaton ailé. Elle pondrait des oeufs en peluche qu’on cacherait dans les jardins pour Pâques. Les enfants chanceux se retrouveraient avec une petite chose hybride à aimer. La mésange s’envole, snob comme pas deux.
Et tout à coup un rat. En face de moi, comme dans un western. Avec ses dents de débile et ses yeux de tueur en série drogué.
Du fait de mon statut de félin, il devrait être effrayé et détaler comme le lapin qu’il était dans une autre vie.
Premier problème, il est plus gros que moi.
Deuxième problème, même quand je souffle, je suis mignon. J’ai déjà essayé , ça fait sourire les copines de la belle griffue.
Troisième problème, je ne sais me battre qu’avec June et sans les griffes.
Quatrième problème, il pleut et je crois que je n’aime pas ça.
Cinquième problème, le rat est plusieurs. Il zone devant le supermarché des poubelles.

Entre humour et poésie, étincelles verbales et références cinématographiques, Mathias Malzieu se réconcilie avec le réel et apprivoise la mort autant que la vie avec une inventivité et une émotion vibrantes.

Pourquoi lire L’Homme qui écoutait battre le coeur des chats ?

Deux chats philosophes et dévoreurs de livres, deux amoureux sur le fil tremblant de la vie et deux fantômes d'enfants, réunis sur une péniche, peuplent le dernier roman de Mathias Malzieu. Avec L'Homme qui écoutait battre le coeur des chats, l'auteur, compositeur, interprète, grand raconteur d'histoires prend le costume du "Vieil enfant à vibrisses" pour nous faire partager une aventure intime et poétique. Et l'aventure, à hauteur et à cœur de chats, prend une dimension fantasque et sensible. Une pépite lumineuse et pleine d'espoir.
Mots Tordus

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