The new world (Ales Kot / Tradd Moore)

Les États-Unis ont sombré dans une guerre civile.
Dans ce nouveau monde, la Nouvelle-Californie s’est taillé une belle place.
L’état profite de cette nouvelle prospérité et des policiers, à l’instar de Stella Maris, deviennent des stars de tété réalité.

Mais les actes du président Griffith Park ne plaisent pas à tous.
Ainsi, Kirby Shakaku Miyasaki hacke le système pour en démontrer ses failles.
Recherché, il n’imagine pas qu’au détour d’une boîte de nuit, il rencontrera Stella.
Et qu’ils tomberont fous amoureux l’un de l’autre.

Amour dystopique

Un nouveau monde

La Nouvelle-Californie

The new world d’Ales Kot et Tradd Moore mêle habilement science fiction dystopique et romance.

Scénariste américain d’origine tchèque, il se fait remarquer autant pour ses travaux indépendants ( Génération Gone ) que pour sa prestation sur Secrets Avengers.
Reconnu pour son écriture acerbe et ses thématiques actuelles, l’auteur acquiert une petite réputation dans le petit milieu du comics.

Personnellement, je le découvre avec The new world.
Et si l’intrigue peut paraître commune, elle symbolise bien les marottes de son scénariste.
En effet, The new world, c’est tout d’abord un monde en reconstruction.
Succinctement, Ales Kot décrit une Amérique sortant tout juste d’une attaque atomique puis d’une guerre civile.
Or, si le comics date de 2019, on y retrouve (malheureusement) des inquiétudes bien actuelles, signe d’une décrépitude des valeurs américaines.

Même si le ton adopté s’avère moins acerbe qu’un Post Americana, la critique n’en est pas moins pertinente.
D’ailleurs, le choix de la Californie comme localisation principale n’est guère anodin.
Il est même assez ironique d’y découvrir un mur, empêchant les habitants de « fuir » un état jugé autoritaire.
Comme si le rêve américain était devenu un cauchemar. Pire, une prison !
Derrière le divertissement d’une télé-réalité se cache un président qui dirige son état comme une pure production télévisuelle.
La police, à l’instar d’Urban, divertit le « bon » peuple, l’empêchant de trop réfléchir à sa condition.

Malgré tout, la critique politique et sociale reste, au final, en retrait par rapport au véritable sujet de The new world : l’amour.

Coup de foudre incontrôlable

En fuite !

L’amour est rarement une grande thématique du comics.
Pourtant, elle a déjà donné des récits d’une grande richesse comme Saga ou Love everlasting.
D’ailleurs, l’analogie avec Saga est, à mon avis, plus pertinente que la comparaison faite avec Roméo et Juliette.

Effectivement, Stella et Kirby ne vivent pas dans le même monde. Pire, ils sont même censé.es être des « ennemis ».
Stella est une flic expérimentée, petite fille du président de la Nouvelle-Californie alors que Kirby est un hacker dont le père est un ancien partenaire, squattant chez son fils.

Ils n’ont absolument rien en commun et pourtant, alors que les deux cherchent à s’aérer l’esprit, leurs regards se croisent et les sens font le reste.
La scène de la boite de nuit exprime à elle-seule cette alchimie naissante entre les deux protagonistes.
Essentielle, elle apporte de la crédibilité à leurs décisions, notamment celle de Stella.
Inévitablement, leur situation respective les amène à se confronter tout en assumant les choix à venir.
D’une certaine façon, ils prennent le chemin de la liberté grâce à l’amour qu’ils se portent.

La caractérisation du duo et des personnages les entourant est la grande réussite de cet album.
On croit à la force de leur sentiment même si tout ne s’opère pas aussi facilement.
En effet, après le coup de foudre, il faut apprendre à se connaître, faire avec la vie et les actions des uns et des autres.

Les relations familiales jouent aussi un rôle primordial.
Si le grand-père de Stella s’oppose forcément à cet amour, à l’opposé, le père de Kirby se montre plus ouvert, allant jusqu’à l’épauler dans ce combat contre l’autoritarisme.

The new world est une oeuvre plus légère qu’escompté mais l’amour, comme valeur d’optimisme, apporte un souffle galvanisant, qui nous offre un peu de réconfort face à la morosité des temps actuelles.

Un style hors norme

Style élastique et mise en page inventive

Il y a des auteurs qu’il faut apprendre à aimer.
Indéniablement, Tradd Moore fait partie de ceux-là.

Si le dessinateur exerce depuis maintenant plusieurs années, il m’a fallu du temps pour apprécier toute la substance de son travail.
L’amorce s’est faite, tout d’abord, avec Silver Surfer : Black ( avec Donnie Cates ) et, surtout, avec Docteur Strange : fall sunrise, un comics ésotérique et conceptuel.

Avec The new world, il est en transition. Il sort tout juste de longues années sur la série Luther Strode et s’apprête à embarquer pour l’espace avec le Silver Surfer.
On pourrait presque voir le côté fleur bleue de The new world comme une réponse cathartique à l’ultra violence de Luther Strode.
En effet, si la violence est présente, sa conceptualisation est bien moins primaire.
Mais tout est concept avec le Tradd Moore.

À cette époque, son trait était exagérément élastique, presque « liquide ». Multipliant les gros plans, ses planches retranscrivent autant la fluidité de son trait que son minimalisme.
Chaque coup de crayon est essentiel et rien n’est de trop. Pourtant, loin d’être vides, les arrière-plans transpirent d’une richesse et d’une vie assez plaisantes.

Tradd Moore aime se triturer l’esprit. Entre les armures blanches des policiers en forme de boudins ou le look de Kirby, le dessinateur n’a pas peur du ridicule.
Et il faut avouer que l’ensemble fonctionne justement parce qu’il assume totalement ce jusqu’au boutisme.

De plus, il fait déjà preuve de quelques belles trouvailles narratives.
Si la scène de la boite de nuit est la plus marquante, les combats ou la fuite en voiture s’avèrent explosives et dynamiques. Les cases virevoltent comme si elles étaient projetées par l’action.

Alors certes, on est encore très loin du délire graphique de Docteur Strange : fall sunrise mais on reste sur une vision graphique unique qui, sans être consensuelle, nous pousse à la curiosité.
À noter que la colorisation ultra flashy d’Heather Moore ajoute une couche psychédélique, apportant au récit un grain de folie en plus.

En résumé

The new world d'Ales Kot et Tradd Moore est un comics de science fiction romanesque et dystopique. 

Ales Kot nous embarque dans un scénario classique mais maitrisé où la critique sociale et politique laisse la place à un coup de foudre inattendu.
Si le ton se veut plus léger, il n'empêche pas son auteur d'aborder des thématiques qui résonnent avec l'actualité.

De son côté, Tradd Moore réhausse l'ensemble par une vision graphique étonnante et débordante de générosité.
S'il n'atteint pas encore la folie de son Docteur Strange : fall sunrise, il se montre créatif autant dans sa conception graphique que narrative.

Un comics plaisant mais peut être un peu trop "classique" !

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