480 après Jésus Christ.
L’Empire romain a disparu mais le christianisme n’a pas encore aboli les nombreuses croyances, peuplant la région.
Jian et son père Attius parcourent les terres pyrénéennes à la recherche de nouveaux contrats.
Et dans ce monde en pleine transition, ceux qu’ils combattent sont les stigmates d’anciennes légendes bien réelles.


Entre deux mondes
Guerrier de père en fille

Jian est la nouvelle série de Frederic Maffre, toujours accompagné de son frère Julien ( au Story-board ), épaulant la toute nouvelle recrue : Ludovica Ceregatti.
Le duo à qui l’on doit Stern, quitte un temps le far west américain pour nous emmener sur les terres armoricaines.
Le lieu est diffèrent, la temporalité aussi.
La mort du dernier empereur romain, Romulus Augustule, signe la fin d’un empire qui aura dirigé le monde pendant près de 500 ans.
C’est dans cette atmosphère de fin de règne que nous faisons la connaissance de Jian et de son père, Attius.
Le duo voyage, en quête de contrat, pour payer leur pitance.
D’un certaine façon, on retrouve l’esprit de The Witcher avec ce duo de mercenaire, engagé pour éliminer des créatures surnaturelles.
Attius, le visage balafré et les cheveux grisonnants, a tout du guerrier expérimenté.
Mais Jian, malgré son jeune âge, n’est pas en reste.
Dès l’introduction, on découvre une jeune fille fougueuse, au caractère acèré qui n’hésite pas à se lancer dans une bonne bagarre.
Toute aussi experte que son père, si ce n’est plus, son éducation est centrée autour du combat.
Au point qu’elle se demande bien ce qu’elle est capable de faire d’autre.
À l’instar de Stern, Frederic Maffre reste assez flou sur l’histoire de ses personnages, au moins sur le premier volume.
D’ou viennent t’ils ? Pourquoi un tel engagement ? Quel est le secret de Jian ?
Dè le second volume, les frères explorent le passé d’Attius, revenant ainsi sur sa rencontre avec Jian et les raisons de sa blessure à l’oeil.
Une blessure dont la signification prend d’autant plus d’ampleur au vu de l’évolution physique du vieil homme à la fin du premier volume.
Ainsi, le rapport de « force » se retourne , Jian devenant la protectrice de celui qu’elle considère comme son père.
Celui-ci, diminué, fait de son mieux pour être encore utile, au moins en tant que boussole morale de la jeune fille.
Effectivement, ses liens avec son étrange épée sont aussi dévellopée et si, on est guère surpris, le cliff de fin semble choisir une autre voie que la confrontation.
Légendes urbaines et coutumes ancestrales

À priori, Jian ne propose rien de nouveaux.
Les bases sont solides mais connues et la thématique familiale n’est guère nouvelle.
Cependant, comme il a pu le faire avec Stern, Frederic Maffre profite de ce classicisme pour creuser un peu plus profondément, allant chercher son inspiration dans d’obscures légendes pyrénéennes.
C’est ainsi qu’il dépoussière, pour le premier volume, une créature aussi étonnante qu’effrayante : le Drac.
Son concept est fascinant. Le démon prend la forme d’un cheval et capture les enfants imprudents pour les noyer dans la rivière la plus proche.
Symbole fantasmagorique, la créature reflète les peurs les plus instinctives de l’humanité, sous une forme, au final, grotesque.
Mais derrière ce physique grotesque, s’allongeant pour porter ses futures victimes, se cachent un démon surpuissant.
Heureusement, pour que le pacte soit conclut, il lui faut une septième victime.
S’ensuit alors une course poursuite, entre Jian d’un côté et Attius de l’autre, pour empêcher ce massacre.
Le second volume fait face aux répercussions du premier.
Attius n’est pas au meilleur de sa forme et Jian cherche un moyen de le soigner.
Mais pour cela, il lui faut de l’argent. C’est ainsi qu’il font la rencontre d’un Carthaginois, Gilhas, qui leur propose de s’attaquer à une nouvelle cible : Jean de l’ours.
Une nouvelle fois, nous retrouvons l’expertise et les connaissances du scénariste qui fait le choix de reprendre une créature légendaire, tiré des nombreux contes populaire.
Si celle-ci s’avère au final, absente d’une bonne partie de l’album, son apparition démontre, contrairement au Drac, que le monstre n’est pas celui que l’on croit.
Frederic Maffre continue à developer les oppositions entre traditions et religions.
Et pour cela, il met en scène une mère protégeant son enfant atteint de crétinisme.
Comme mentionné au début de l’album, cette maladie, dû à une carence en iode, se caractérise par une petite taille, un énorme goitre et un retard mental.
Pour autant, la différence du jeune Laurian est vécu comme une malédiction ce qui lui vaut au mieux le rejet, au pire, la chasse.
Ainsi, le « réel » prôné par la religion devient la source de superstitions, provoquant une peur inconsidérée.
Ce qui est différent symbolise une monstruosité non conforme à l’imagerie de la société chrétienne.
Le scénario explore un monde en pleine transition où la religion chrétienne n’a pas (encore) remplacer les vieilles traditions.
Si ce vieux monde reste terrifiant, il n’est pas aussi manichéen. Toutes ces créatures ne sont pas des monstres et certaines peuvent être d’un énorme secours.
Par cette réflexion, Frederic Maffre aborde le traitement du handicap, entre compréhension, protection et rejet !
Il est autant présent chez Laurian et sa mère Ainhoa que, de façon plus étonnante voire touchante, chez Attius et Jian.
Une jeune dessinatrice en devenir

Pour Jian, Julien Maffre est seulement au poste de storyboarder et (en partie) de coloriste.
L’annonce d’un nouveau Stern pour 2026 explique sans doute cette décision.
Reste que sa présence se ressent dans une mise en page typique, multipliant les cases tout en conservant une fluidité narrative.
C’est la jeune dessinatrice italienne, Ludovica Ceragatti qui a la lourde tâche de mettre en image l’univers de Frederic Maffre.
Avec, Gaijin Salamandre ( sorti chez Delcourt en 2020), elle avait démontré une certaine aisance dans la conception d’atmosphère et de créatures fantaisistes.
Cependant, ce projet n’avait pas la même ambition narrative et on ressent tous les bénéfices des apports de Julien Maffre.
Quoique classique, son trait est très agréable.
Ses personnages, aux lignes arrondies, ont de l’élégance et ces masses de noirs apportent les sensations nécessaire pour se laisser embarquer dans cette aventure.
Fluide , dynamique et détaillé, Ludovica Ceregatti se montre inventif notamment sur les scènes mettant en scène le Drac.
Une belle découverte à confirmer sur les prochains tomes.
En résumé
Jian de Frederic & Julien Maffre et Ludovica Ceregatti est une nouvelle série historico-fantastique réjouissante.
Dans un monde en transition, où religion chrétienne et créatures ancestrales cohabitent, Frederic Maffre nous conte les aventures d'un père et de sa fille engagés comme mercenaires pour affronter des phénomènes surnaturels.
Après un premier volume introductif, les frères Maffre explorent le passé de notre duo, apportant les réponses à de nombreuses questions. De même, les répercussions du premier volume inverse les rapports entre Attius et Jian, les rendant encore plus attachants.
Si le fantastique est bien présent, il s'oppose à un monde empli de superstitions où les maladies sont vécus comme le signe d'une malédiction.
Accompagné au story-board par Julien Maffre, Ludovica Ceregatti illustre l'ensemble avec classe.
Son trait arrondi et détaillé se mélange aux atmosphères étranges et parfois ténébreuses de cette série.

