Mots Tordus et Bulles Carrées

E-ratic (Kaare Andrews)

Oliver Leif a 15 ans et fait son entrée dans un nouvel établissement après un énième déménagement.
Maladroit et peu sûr de lui, l’adolescent a pourtant un secret.
Chaque jour, sur une plage d’une dizaine de minutes, il peut profiter de pouvoirs qui le rendent extraordinaire.
Mais 10 minutes, c’est peu dans la journée d’un adolescent en quête de considération.
D’autant plus quand on cherche l’attention de la populaire et charismatique Kristen.

Adolescence et super pouvoir

Les longues journées d’un adolescent

Inspiration et scène iconique

Kaare Andrews ne s’en cache aucunement.
Avec E-Ratic, il s’inspire du plus adolescent des super-héros : Spider-Man.
L’auteur s’était déjà penché sur le personnage, avec son récit dystopique Spider-Man : Reign.
Mais ici, il s’intéresse à une période toute aussi mouvementée du héros : l’adolescence.

Si l’âge ingrat est maintenant dédié à Miles Morales, on a tendance à oublier que Peter Parker a été créé par Stan Lee et Steve Dikto pour que les adolescents se reconnaissent en lui.
Ceci dit, ce n’était pas n’importe quels ados… Les nerds, qu’on appellera plus tard « geeks », et qui font actuellement les beaux jours de la pop culture.

Oliver Leif n’est pas ce genre d’adolescent.
Si on lui enlève son extraordinaire particularité, le jeune garçon est assez banal.
Contrairement à Peter Parker, il n’est pas plus intelligent que la moyenne et on ne peut pas franchement dire qu’il est aidé par sa famille.
Son frère, Casper, est du genre sportif et s’intéresse avant tout à lui-même.
Quant à sa mère, elle accumule les déconvenues sans se remettre une seule fois en cause.
En somme, c’est le bazar dans la vie du jeune adolescent.
Encore plus, quand il s’amourache de la « Gwen Stacy » locale, ce qui ne va pas lui faciliter la tâche.
Car, c’est aussi ça la grande force d’E-Ratic : partir d’une forte inspiration et en moderniser le contenu.
Le traitement se veut plus en adéquation avec la jeunesse actuelle, obsédée par une popularité malsaine et assez égoïste.

Et Oliver n’échappe pas à cette critique.
S’il utilise ses pouvoirs pour la bonne cause, il cherche aussi à épater Kristen, quitte à lui accorder un peu trop sa confiance.

Lutter contre les conditionnements

Un professeur de communication autoritaire

Avec E-Ratic, Kaare Andrews ne s’embarrasse pas d’origine story.
Quand nous découvrons Oliver Leif, celui-ci a déjà ses pouvoirs et nous apprenons très vite qu’ils sont limités à 10 minutes par jour, ce qui, il faut l’avouer, est peu.
Cependant, si le concept est original, on ne peut pas vraiment dire que l’auteur les utilise à leur juste valeur tant le héros semble assez peu handicapé par cette limite.
C’est d’ailleurs un des points qu’on aimerait voir évoluer pour une suite potentielle.

Malgré tout, on a l’impression que ce n’est pas vraiment ce qui intéresse Kaare Andrews.
Dès les premières pages, on est interloqué par l’univers scolaire d’E-Ratic.
Les professeurs, notamment, ont tous l’air de sortir d’une espèce de sitcom des années 90 type Parker Lewis ne perd jamais, tranchant avec des élèves plus « modernes ».
De ce point de vue, Marquez, le professeur de sociologie, se montre le plus radical.


« Les bons citoyens font preuve de compassion ! Les bons citoyens partagent ! Les bons citoyens s’élèvent ensemble contre la tyrannie … »
« Nous devons tous l’être, même si cela implique de mettre la pression à nos camarades qui ne partagent pas notre avis, pour le bien du groupe. »

— Marquez, Professeur de sociologie communiste

Ses propos rappellent, autant par les idées que le vocabulaire utilisé, une sorte d’imaginaire communiste sauce éducation nationale.
D’ailleurs, les plus curieux auront sans doute remarqué que trône en haut du tableau de classe un portrait de Kim Jong II.
Et comment ne pas tiquer sur sa coiffure ?

Kaare Andrews est un adepte de ce genre de moqueries lorgnant vers une certaine radicalité.
Alors que dans Renato Jones l’auteur s’attaquait de façon virulente au capitalisme, dans E-Ratic, il s’acharne sur l’autre côté de l’échiquier.
Et alors qu’on aurait pu le prendre pour un radical de gauche, il démontre qu’il n’a pas plus de tendresse pour des systèmes qui amènent, par leurs dérives, à une forme de dictature.

Alors certes, le ton est moins sombre que dans Renato Jones mais, même sans cette virulence, E-Ratic fait preuve d’un cynisme rare pour un comics de super-héros.

Un dessin en constante évolution

De l’action et des poses référencées

Kaare Andrews est un auteur aux multiples vies artistiques.

Alors qu’il fait ses premières armes chez Marvel Comics avec un style cartoon, fortement inspiré de l’animation japonaise, il fait évoluer son trait au fil de ses inspirations et de ses trouvailles techniques.
On pourrait d’ailleurs revenir sur les nombreuses couvertures ultra réalistes qu’il a réalisées pour Ultimate Spider-Man, démontrant que le dessinateur n’a aucune envie d’être enfermé dans une case.

Pourtant, un dessinateur va impacter durablement sa carrière : Frank Miller.
A partir de Docteur Octopus : Année 1, il assombrit son univers graphique et n’hésite pas à radicaliser son dessin, à l’image de son modèle.
Le point d’orgue de cette stylisation se fera avec Spider-Man : Reign qui est pensé par son auteur comme le « Dark Knight Returns de Spider-Man ».

Avec E-Ratic, la page millerienne se clôt.
Son dessin retrouve la lumière. Les formes se veulent plus souples et l’encrage plus net.
Le style de Kaare Andrews devient un subtile mélange entre semi-réalisme et exagération cartoonesque, notamment dans les designs de certains personnages.

Adepte des reprises de style, il profite de cet hommage à l’homme-araignée pour multiplier les clins d’oeil à Todd Mc Farlane en reprenant certaines des poses iconiques qu’il a crées lors de son passage sur Spider-Man.

On regrette seulement que la colorisation de Brian Reber abuse d’effets nuisant, notamment sur les scènes d’actions, à la lisibilité.

En résumé

E-Ratic est la vision personnelle et légèrement politisée d'un Spider-Man à la sauce Kaare Andrews. 

L'auteur canadien lâche pour un temps ses inspirations milleriennes et explore à sa manière le monde des adolescents. 
Un monde qu'il juge sans complaisance mais avec une certaine tendresse face à des adultes autoritaires ou à côté de la plaque. 

Le dessin est lumineux et fait écho, avec talent, aux acrobaties de l'icône de Marvel Comics. 

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Bulles Carrées

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