Illustrations de la semaine : Grafity’s Wall / Anand RK

Un texte, une illustration et / ou une planche mise en avant par semaine.
L’artiste de la semaine : Anand RK

Le choix de la semaine

Pour cette semaine, le choix n’a pas vraiment été difficile.
Grafity’s Wall est non seulement un très bon comics mais en plus, il nous a permis de faire la connaissance du talentueux Anand RK.
Ces deux planches, qui font suite à une scène posant le décor indien de l’intrigue, introduisent un des personnages principaux de la série : Suresh.

On peut déjà remarquer le trait particulier du dessinateur indien, accompagné d’une colorisation simple aux arrière-plans, par moment, texturés.
Si Anand RK s’occupe d’une partie de la colorisation, il est épaulé par Jason Wordie et Irma Knivila, ce qui peut expliquer certains écarts en terme de lisibilité.

Deux planches, techniquement opposées : l’une narrative et sans décor, et l’autre, splash page* détaillée.

*Une splash page est une page de comic book entièrement composée d’une illustration.

Hommage à une jeunesse passionnée

Une gestuelle précise

Tout est dans le titre du comics : Grafity’s Wall.
Les auteurs, après avoir introduit le décorum indien, se devaient de mettre en scène le propos de leur histoire.
Cependant, il ne faut pas s’égarer.
L’intrigue de Ram V et Anand RK n’est pas consacrée au graffiti mais c’est autour d’un mur peint par Suresh que va graviter le groupe d’amis.

Tout d’abord, Anand RK consacre une planche entière à la gestuelle du graffeur.
Sur 5 cases, 4 mettent en scène les bombes de peinture comme élément essentiel de la page.
Le mouvement est précis : le jeune garçon attrape une bonbonne, la secoue, pose le doigt sur le déclencheur, laissant ainsi place à une onomatopée symbolisant le bruit de la peinture éjectée par la bombe.
La structure classique de la mise en page est seulement cassée par un débordement de case, symbolisant le moment où Suresh débute son oeuvre.

Et c’est ainsi que, par la magie de l’ellipse, le lecteur.rice peut admirer le travail du graffeur en tournant simplement la page.
Le bras est relâché et plusieurs bombes jonchent le sol, montrant, à ceux qui en douteraient, que le graff ne s’est pas fait en un seul coup.

Une condition sociale prècaire

Suresh est le premier des 3 garçons à être introduit par les auteurs.
Il est celui qui, par son travail, va lier chacun des membres du groupe.
Si Ram V développera le personnage sur les pages suivantes, le dessin d’Anand RK nous donne déjà des pistes.

Suresh est essentiellement mis en avant au travers de sa passion.
Nous l’avons déjà mentionné mais sur la première planche, 4 cases sur 5 se focalisent sur l’outil du jeune garçon alors qu’une seule montre son visage.
D’ailleurs, il est amusant de voir comment Anand RK axe ses plans sur les lèvres du personnages, visibles sur les 2 cases suivantes.
Pincées, elles dénotent de l’intense concentration du personnage.

Il faut attendre la seconde page pour le découvrir de pied, le dos tourné vers son oeuvre.
Cette image nous donne un aperçu de la condition sociale de Suresh.
Le T-shirt déchiré semble trop grand pour lui et il ne porte pas de chaussure.
Si rien ne présume de la catégorie sociale à laquelle il appartient, le vêtement devient cependant un indice majeur.
La suite confirmera d’ailleurs la condition précaire de Suresh et en quoi celle-ci entre en opposition avec les envies artistiques du jeune garçon.

Composition et interprétation

Dans l’ensemble, la narration d’Anand RK reste assez classique, privilégiant la simplicité et la fluidité de lecture.
Cela n’enlève en rien l’impact de certaines de ses planches.

Cette seconde page sert, en premier lieu, pour les auteurs, à montrer le rapport entre la peinture murale et l’artiste.
Le mur auquel fait face Suresh n’est pas celui qui servira de point de repère à son groupe d’amis.
On le sait, le street art a vocation à être éphémère.
L’artiste choisit l’endroit mais une fois le travail exécuté, celui-ci ne lui appartient plus.
Il devient la possession des passants qui peuvent l’admirer, l’ignorer, le dégrader voire se l’approprier.
Ici, la peinture prend quasiment tout l’espace, attirant le regard du lecteur.rice.
L’oeuvre fourmille de détails et enveloppe quasiment l’adolescent.
Elle impose sa puissance graphique face à un artiste qui est presque avalé par sa propre peinture.
Cette image est prémonitoire de la conclusion de l’album.
L’oeuvre survit toujours à son auteur.

Le graffiti, quant à lui, est assez diffèrent de ceux qu’il fera par la suite.
Plus complexe, plus graphique, il ne s’inspire pas vraiment de la tradition indienne et pioche plus vers l’art contemporain ou les oeuvres anglo-saxonnes.
Le graffiti est sombre mais aussi déjanté. Les formes sont multiples et se rapprochent de certains cartoons complètement barrés.
C’est une peinture qui interroge autant qu’elle perturbe.
Il est difficile d’y mettre un sens mais on peut noter que Suresh semble regarder vers le pistolet qui pointe vers lui.

Prémonition ou pure coincidence ?
A vous de juger !

Pourquoi ces planches ?

Anand Rk en est sans doute la première raison. 
Son style original, graphique et hors norme étonne dès les premières pages. 
Et notamment sur cette scène introductive, nous présentant Suresh et sa passion.
La seconde planche, en plus d'être magnifique, interroge autant qu'elle fascine. 
Ce graffiti, sorti de nulle part, happe notre regard tout en nous faisant oublier l'artiste qui l'a conçu. 

2 planches, un trait original et une composition maitrisée amenant quelques clés sur la suite du récit. 
Bulles Carrées

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