Ce qui est enfoui (Julien Freu)

La couverture du roman de Julien Freu nous emmène, dès le premier coup d’oeil, vers un univers étrange, inquiétant, qui évoque immédiatement des séries telles que Dark ou Stranger things. Et, à y regarder de plus près, la citation inaugurale de Stephen Hawking sur les particules, le monde et les anti-mondes ainsi que la première scène de disparition d’un ado au coeur de la forêt, nous rapprochent de Stephen King. Au-delà de ces références qui marquent le territoire dans lequel vous allez entrer, Ce qui est enfoui trace son propre chemin, à la croisée des genres du thriller, du fantastique et de la science-fiction.

Aurore et les garçons

Estanville, 1990. Une petite ville sans histoire jusqu’à la disparition d’un collégien, Alexandre, puis d’un second, Ben. A quatre mois d’intervalle.

Le capitaine Ernevin en fait une affaire personnelle.

De son côté, sa fille Aurore, fraichement arrivée au collège Guy de Maupassant, se lie d’amitié avec 3 garçons. Et notamment avec Jérémie qu’elle a sauvé d’une mauvaise passe alors qu’il était aux prises avec « la bande du garage ».

Et Jérémie voit Aurore.

Dans les gémissements, le sang et l’urine, Jérémie voit un ange parfait, une fille en blouson de cuir, avec un poing américain dans la main. Le réel se suspend : la vision d’Aurore, de ses yeux bleus incroyablement concentrés, crée une singularité dans les lois de la nature.

– Je m’appelle Aurore Ernevin, je suis la fille du capitaine de la gendarmerie d’Estanville, crie-t-elle. Si vous vous en prenez à moi, mon père vous fera creuser vos tombes dans les friches de la Malefête.

Elle laisse passer une seconde puis :

– Tu viens, Jérémie ?

– Oui, je viens, bredouille-t-il.

Entrée dans la légende par ces faits d’armes, Aurore intègre le petit groupe de joueurs de jeu de rôle de Jérémie, Guilhem et Dario. Les semaines passant, la complicité entre eux devient plus grande et ils vivent des aventures par maître du jeu interposé.

Mais une apparition va bouleverser leur tranquillité : celle d’une grande forme noire aux yeux blancs et aux bras allongés. Une apparition qui a hanté Aurore régulièrement dans sa chambre quand elle était petite. Et que Jérémie a croisé près d’un cimetière. Il n’en faut pas plus pour lancer la bande des 4 sur l’enquête. Même s’ils ne se rendent pas compte des dangers qu’ils encourent.

Au plus profond de la forêt

Julien Freu place peu à peu tous les pions de sa partie d’échec. Et sa stratégie est très efficace.

Tout d’abord, il y a ces gamins qui vivent au début des années 90, entre musique, film, jeux vidéos et guerre en Irak.

– Hé, Dario, tu comptais vraiment invoquer un esprit avec un verre à moutarde Amora?
– C’est Michel Platini, sur le verre ? demande Jérémie.
– Je me suis dit que s’il se brisait, ma mère m’en voudrait pas.
– T’aurais pu être possédé par un fantôme de Dijon, dit Aurore.
– T’aurais fais comme la gamine dans « L’Exorciste », enchaîne Guilhem. T’aurais gerbé de la moutarde en couinant « Amora » à l’envers.
– Ta mère se fait des tartines de moutarde à l’ancienne en enfer ! conclut Jérémie

Chacun a une vie de famille chamboulée. A commencer par Aurore qui a perdu sa mère quand elle était petite. Elle vit désormais seule avec son père qui la protège comme une louve. De son côté, Jérémie fait ce qu’il peut avec la honte d’avoir une mère « tarée du bulbe ». Chez Guilhem, c’est le père, mari adultère, qui ne comprend pas ce qu’il fait dans cette famille.

Et puis, il y a Distoria. L’entreprise dans laquelle travaille le père de Guilhem est secrète, opaque même. Elle semble liée à des phénomènes étranges qui surviennent près de ses locaux.

Enfin, il y a l’homme qui marche. Un employé de Distoria qui erre dans les alentours et entend la Voix de Dieu. Un homme lié aux morts des enfants d’Estanville.

L’originalité du récit de Julien Freu tient dans un mélange savant entre fantastique, science-fiction, thriller et récit d’adolescence. Plus l’on avance dans la lecture, et plus les rebondissements nous prennent à contre-pied. Les pièces du puzzle qui se mettent en place offrent un tableau complexe mais toujours sensible car lié aux destins des quatre adolescents.

Pourquoi lire Ce qui est enfoui ?

Ce qui est enfoui est un roman cinématographique, à la croisée des genres du fantastique, du thriller et de la science-fiction, à l'atmosphère parfaitement maîtrisée. Mais il est aussi et surtout le récit d'une amitié forte entre 4 adolescents dans les années 90, unis par leur passion pour les jeux de rôle et soudés par les événements inquiétants qui surviennent dans leurs vies. Julien Freu réussit la combinaison parfaite et nous embarque au coeur de ce qui ne devrait pas être révélé et qui rôde dans la nuit.
Mots Tordus

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