Ivar, Oswald et Kaya ont commis un acte impardonnable.
Pour faire face à la famine qui touche leur village, Ivar décide de braconner sur les terres du Jarl, accompagnés par ses ami.es.
Mais le fils du Jarl, témoin de leur crime, intervient et leur rencontre se termine sur un drame.
Devenant des hors-la-loi, ils savent que leur crime ne peut rester impuni.


Tragédie et fantaisie
Trio d’ami.e

Le Roi des Fauves de David Chauvel et Sylvain Guinebaud est l’adaptation du roman d’Aurélie Wellenstein.
Typé fantaisie nordique, le roman a une certaine notoriété et il n’est guère étonnant de retrouver David Chauvel sur un tel titre.
Si le scénariste reste occupé avec son immense saga fleuve qu’est Les 5 terres, il trouve malgré tout du temps pour se lancer sur ce diptyque en compagnie de Sylvain Guinebaud avec lequel , il a déjà collaboré sur le spin off des 5 Terres : Demeus Lore.
Le Roi des Fauves , c’est tout d’abord une ambiance et des personnages.
Ivar, Oswald et Kaya sont ami.es depuis toujours. Ils se connaissent et, pour certain, leur relation dépasse la simple amitié.
La force de ce lien est clairement leur force mais le défi qui les attends risque de tout mettre en péril.
Alors que pour Kaya, seule la fuite peut lui permettre de sortir de sa condition. Ivar et Oswald s’y refusent, préférant la résistance même si celle-ci ne peut qu’amener à l’anéantissement.
Or, elle ne cessera de leur reprocher cette décision.
Elle ne se sent pas protéger par celui qu’elle aime et exècre de plus en plus la lâcheté d’Oswald.
Ivar a beau essayer de tenir les reste de leur amitié mais au fil des pages, la rancoeur se fait maitresse des émotions et ils ne peuvent en sortir indemne.
Le ton du récit se veut âpre et désespéré. Leurs revendications sont, certes, bien-fondés mais dans ce monde, elles peuvent qu’être réprimées.
La punition est à la hauteur du crime et la magie pourrait les transformer à jamais.
Retenir l’animal en soit !

Sur la première partie du Roi des fauves, le récit forme une double temporalité.
À base de flashback, David Chauvel laisse le doute planer sur la raison de l’emprisonnement du trio .
Quel crime affreux ont-ils pu commettre pour mériter un tel châtiment ?
Juger coupable, ils n’ont guère d’espoir et savent le châtiment qui les attend.
En reprenant le mythe du Berserker, Le Roi des Fauves se moule parfaitement dans l’atmosphère étrange des plus grandes légendes nordiques.
Le Berserker est un guerrier viking, dont la force et la sauvagerie, lui permet de combattre sans protection, vêtu de simple peaux de bêtes.
Si la thématique, de L’oeil d’Odinn à BRZRKR, reste un classique de la bande dessinée, elle trouve ici une forme plus « animal ».
Reprenant la base du mythe, les Berserkis deviennent des créatures humanoïdes dont la rage et la fureur les rendent incontrôlables.
Symboliquement, l’animal recouvre intégralement la peau de l’homme, lui faisant perdre littéralement la raison.
Véritable malédiction, ils sont le châtiment ultime pour des criminel.les qui doivent combattre cette rage intérieure.
Or seul le roi des fauves peut mettre un terme à cette malédiction.
Le second volume explore cette quête finale et amène notre trio à explorer leur lien avec l’animal qu’il représente.
Ivar, la force brute, devient un Auroch. Kaya cède à la sauvagerie du loup alors qu’Oswald ressent la terreur du cheval.
La transformation se fait par petite touche et si Sylvain Guinebaud ne maîtrise pas totalement l’aspect body horreur, on saisit l’effroi de ce changement inévitable.
La seconde partie du tome nous présente le fameux roi des fauves, nous amenant aux origines même du mythe.
L’idée est intéressante et la confrontation finale inévitable. Cependant, on a l’impression que le récit s’accélère dans son dernier tiers au détriment de certains développements.
Par exemple, la rencontre entre Ivar et Ingrid est porteuse d’une véritable révélation mais son exploitation me paraît, au final assez limitée.
Et que dire de la scène finale ? Elle amène presque à une suite. Or ce tome 2 est bien le dernier !
Je comprends l’intention mais je suis pas forcement convaincu par la réalisation.
C’est d’autant plus dommage que l’ensemble du récit reste de bonne facture.
Classique mais efficace

Je l’avais déjà mentionné sur ma chronique consacré à Demeus lore, Sylvain Guinebaud est un bon dessinateur ayant enchainé trop de série à concept style Détectives.
Pour Le Roi des Fauves, il s’attaque à une histoire complète sur laquelle, il est seul au commande.
Et, l’ensemble est plutôt bien gratté. Je trouve même que sa prestation sur le tome 2 particulièrement inspirée et réussie.
Certes, le trait de Sylvain Guinebaud est classique, ne bouleversant en rien les codes du genre.
Ses designs comme son décorum restent académiques et les rares originalité proviennent avant tout des idées de scénario.
La mise en page, alterne les pleines pages de décors avec une narration en gaufrier, faisant la part belle aux dialogues.
Les phase d’action sont bien menées mais manque peut être de rage et de puissance.
Comme souvent, les couleurs de Lou diffusent de belles ambiances, de l’hiver glacial au soleil automnal.
Une partie graphique en parfaite osmose avec le récit !
En résumé
Le Roi des Fauves de David Chauvel et Sylvain Guinebaud est l'adaptation du roman éponyme d'Aurélie Wellenstein.
le premier tome met en scène un trio d'ami.es, faisant face aux conséquences de leurs actes alors que le second explore leur voyage, en quête d'un remède à leur mal intérieur.
Dans un monde où les puissants affament les plus faibles, les punitions sont emprunt de magie et de mysticisme.
Reprenant le mythe du berserker, le récit dévoile une terrible malédiction explorant les liens profonds entre humanité et bestialité.
Le dessin de Sylvain Guinebaud, certes classiques, s'avère expressif et plutôt efficace pour mettre en image les malheurs du trio.
Le mythe reste puissant et empli de symbolisme même si on regrettera un dernier tiers expéditif, n'exploitant pas totalement les idées mises en place tout au long de ce diptyque.
Surtout que la fin reste ouverte nous laissant avec une amitié brisée et des envies de vengeance !

