Théa avait la destinée d’une artiste.
Mais après l’assassinat de sa mère et l’amputation de sa main par le clan des Paznina, elle est élevée comme une guerrière par un père en quête de vengeance.
Un à un et sans aucun remord, ils font payer leurs crimes à ceux qu’ils considèrent comme leurs bourreaux.
En dépit des inquiétudes de son frère Rollo, Théa s’enferme dans cette rancoeur, participant aux actes meurtriers de son père.
Jusqu’au jour où…
Une quête de vengeance insatiable
Si chronologiquement, Space Mullets est le premier comics de Daniel Warren Johnson édité en France, avec Extremity, on découvre un auteur complet.
Nombreux sont ceux passés à côté de ce petit bijou, manquant la découverte d’un auteur au talent complètement fou.
Bien avant Wonder Woman : dead earth ou Do a powerbomb, Daniel Warren Johnson crée un univers foisonnant, brutal mais profondément humain.
Un monde foisonnant et référencé

Extremity est le premier grand récit, en tant qu’auteur complet, de Daniel Warren Johnson.
Dans un monde post-apocalyptique, deux clans, englués par des années de guerre, s’affrontent avec violence.
Si on ne sait guère de choses sur l’histoire de ce monde, ni même sa hiérarchie, on y retrouve une certaine structure médiévale teintée d’une ambiance à la « Mad Max ».
On est certes loin de l’environnement aride de Georges Miller mais l’auteur y puise de nombreux visuels.
Du masque de Jérôme fabriqué à partir des dents de ses victimes ou des véhicules volants faits de bric et de broc, on explore un monde entre deux âges où des hommes en armures combattent dans des vaisseaux à la technologie surdéveloppée.
Rajoutez-y des créatures terrifiantes et un robot de guerre emprunté à l’esthétique de Masamune Shirow, et vous aurez un ensemble foisonnant, d’une grande générosité en terme de charac-design et d’inventivité.
Par petites touches, on assiste à la construction d’un univers cohérent servant de base à une intrigue puissante.
Malgré tout, ses envies ont parfois pris le pas sur la raison.
On sent une volonté d’introduire de nombreux éléments au risque de se perdre par moments dans les développements.
C’est notamment le cas de Shiloh dont la caractérisation semble ne pas aller jusqu’au bout de son concept.
Si le personnage est primordial à l’intrigue, on aurait aimé en savoir plus sur son histoire.
De même, sa relation avec Rollo est attachante et on comprend où l’auteur veut nous emmener mais tout semble aller trop vite et on y perd un peu en émotion.
C’est d’autant plus dommage que ce personnage extrêmement charismatique, presque tragique, avait le potentiel d’une histoire à lui tout seul.
Pardonner pour assouvir sa peine

Extremety est tout d’abord une histoire de vengeance.
Les Paznina sont le groupe majoritaire et semblent imposer leur loi.
Les Roto, dirigés par Jérôme, les poursuivent depuis l’attaque qui a causé la mort de sa femme et l’amputation de la main de sa fille.
D’une certaine façon, cet acte fondateur donne les « excuses » aux excès de Jérôme.
Comment en vouloir à un homme qui a perdu sa femme et vu les rêves de sa fille se briser le même jour ?
On compatit pour Jérôme et Théa et, même si les premiers affrontements sont brutaux, ils expriment une forme d’expiation autant pour le père que pour la fille.
Jérôme est un personnage complexe.
On sent, derrière cette carapace, un père aimant mais enfermé dans une trajectoire sanglante l’amenant à des actes irréparables.
Notamment vis à vis de son fils Rollo. Profondément pacifiste, le jeune garçon accepte de moins en moins l’attitude de son père et refuse de le suivre dans cette voie.
Quitte à passer pour un traître à ses yeux.
Impuissant, on assiste à l’explosion d’une famille frappée par cette quête vengeresse.
Celle-ci n’a plus aucune limite. Jérôme transforme sa fille en guerrière et se montre aussi cruel que ceux qu’ils pourchassent.
Au final, il devient le monstre qu’il a toujours condamné.
Théa est plus sensible.
Sa destinée était toute tracée : c’est une artiste.
Mais comment poursuivre cette voie quand on a été amputé d’une main ?
Par le biais de cette tragédie, Daniel Warren Johnson s’intéresse au devenir et au rôle des artistes. Dessinateur ou musicien, la passion est-il un vecteur de paix ou de haine ?
Pour redevenir une artiste, elle doit apprendre le pardon.
Et pour elle, c’est inconcevable.
C’est ainsi que le récit prend une autre tournure, délaissant la rage de Jérôme pour se concentrer sur une confrérie prônant la résilience et le pardon.
Extremity se montre plus vaste et complexe qu’un simple récit de vengeance.
Les réflexions sur l’art, la famille, le pardon et l’amitié, donnent à cette saga une ampleur et une tragédie empreintes d’humanité.
L’explosion d’un artiste passionné

Graphiquement, Extremity est abouti.
Après avoir fait ses armes sur Space Bullets ou The Ghost Fleets (avec Donny Cates), Daniel Warren Johnson s’éclate sur un univers créé de A à Z.
Les designs sont inventifs, débouchant sur de multiples influences.
On peut mentionner Mad Max mais aussi Evangelion, Apple Seed ou Akira.
On sent que les animés japonais ont infusé son dessin, lui apportant une puissance et une vivacité hors du commun.
Plus que cela, ses mises en pages retranscrivent une rage en parfaite adéquation avec la tonalité de son récit.
Dans l’ensemble, Extremity est moins détaillé sur ses arrière plans, ce qui lui permet de garder une certaine fluidité et lisibilité lors de scènes d’action dantesques.
Mike Spicer est déjà son coloriste attitré.
Il lui apporte une unité de ton et une ambiance créant la future marque de fabrique du duo.
Extremity est généreux, souvent impressionnant et admirablement maitrisé.
En résumé
Extremity est le premier récit majeur de Daniel Warren Johnson, en tant qu'auteur complet.
Derrière cette saga à la sauce "Mad Max" se cache un univers dense où de terribles créatures côtoient des robots destructeurs dans une guerre de clan sanglante.
À travers la fureur de cette vengeance insatiable, l'auteur traite de la famille, d'amitié, de résilience mais revient aussi sur l'image de l'artiste.
Extremity est une oeuvre sincère, généreuse mais par moments imparfaite.
Néanmoins, elle marque les esprits par sa puissance graphique et scénaristique.
Les débuts prometteurs d'une grande carrière !


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