Et toujours les forêts (Sandrine Collette)

Je poursuis mon voyage à rebours dans les romans de Sandrine Collette. Après On était des loups et Madeleine avant l’aube, je découvre Et toujours les forêts, un roman post-apocalyptique mêlant solitude et famille, fin du monde et quête d’humanité. Un récit déstabilisant mais qui brille d’une lueur pâle.

Corentin et les Forêts

Les vieilles l’avaient dit, elles qui voyaient tout : une vie qui commençait comme ça, ça ne pouvait rien donner de bon.

Les vieilles ignoraient alors à quel point elles avaient raison, et ce que cette petite existence qui s’était mise à pousser là où on n’en voulait pas connaitrait de malheur et de désastre. Bien au-delà d’elle-même : ce serait le monde qui chavirerait. Mais cela, personne ne le savait encore.

A cet instant, c’était impossible à deviner.

Cette petite existence, c’est celle de Corentin. Sa mère, Marie, ne sait pas bien si le père est son mari ou son amant. Elle l’abandonne très vite et va chercher à s’en débarrasser la plupart du temps en le confiant à des amies ou simplement des connaissances qui acceptent de le prendre en charge contre une petite rémunération. L’enfant grandit avec ce manque d’affection, qu’il glane tout de même de-ci de-là auprès de gamins rencontrés ou d’adultes au minimum compatissants.

Puis, c’est le retour aux Forêts. Corentin y retrouve Augustine, la vieille Augustine, dans sa baraque isolée au milieu des arbres. Augustine, ses silences et son affection rocailleuse.

Enfin, vient la Grande Ville et sa vie trépidante mais tout aussi solitaire malgré les rencontres. Et l’implosion. La longue nuit où, au plus profond des catacombes, il survit à la chaleur qui dévaste tout.

Quand il ose sortir, Corentin n’a qu’un objectif : retrouver Augustine et les Forêts.

Et toujours les forêts raconte ce long voyage de retour, au milieu d’un monde mort, et la nouvelle vie, semblant de vie, qu’il va tenter de recréer.

« Nous y sommes »

Ne nous le cachons pas : Et toujours les forêts est un roman poisseux et crépusculaire.

N’ayant rien lu sur son sujet, je ne m’attendais pas du tout à l’apocalypse qui dévaste tous les vivants, animaux, nature et hommes, au milieu du roman.

J’ai évidemment pensé à La route de Cormac MacCarthy. Mais très vite, Sandrine Collette nous amène ailleurs. Corentin est perpétuellement coincé entre un désespoir réaliste et un espoir ténu mais tenace. Il cherche des traces de vie, comme un chien un os.

La seule couleur était celle du sang.
Corentin s’en aperçut en s’écorchant la main à un morceau de bois, un soir qu’il faisait du feu. Cela roula sur sa paume. Cela coula sur ses doigts. Dans son esprit chaviré, cela prit des teintes d’automne flamboyantes, des lueurs de rubis, des incandescences d’un vermillon inouï. Cela refléta le soleil disparu.
Il fut émerveillé.
Il comprit que cela n’existait pas, avant.
A présent, il savait créer la couleur. Il la portait en lui. Malgré tout le malheur, la chose n’avait pas pu détruire ce qu’il à avait à l’intérieur.
Pas la foi.
Pas son âme.
Mais le rouge.
Mais le sang.
Parfois le long de l’autoroute, il piquait sa peau de la pointe du couteau pour être sûr que c’était toujours là. Deux ou trois gouttes écarlates. Il riait tout bas en les regardant.

Retrouver Augustine mais aussi Mathilde, une jeune femme qu’il a connue enfant et qui a perdu son mari et ses enfants dans l’apocalypse, et l’Aveugle, un chien qu’il a sauvé sur la route, lui permet de créer un microcosme fragile mais réel. Comme un chateau de sable près des vagues.

Et ce château, il va falloir le protéger. Des autres, d’abord. Ceux qui ont aussi survécu et qui ont perdu leur humanité. De la faim surtout. Car leur survie en dépend. Et de la mort enfin. Omniprésente et menaçante, grise et pluvieuse, qui rôde sous toutes ses formes.

L’impuissance le rendait fou.

Il n’avait pas menti. Il avait besoin d’Augustine. Comme un enfant qui croit qu’il a grandi, et qui soudain comprend qu’il n’a pas encore appris à vivre seul – un être dont la plus grande terreur est l’abandon, puisque l’absence est une désertion.

Face à cette pluie et à ce froid, face à cette peur constante, Corentin va choisir la vie. Mais pas celle brillante et glorieuse des films. Celles qu’il va faire naitre dans le corps de Mathilde avec 6 enfants.

Sandrine Collette n’a pas son pareil pour dire les chants au milieu du silence, les sourires argentés au coeur de la grisaille, les enfants aux noms d’étoiles. Ses interrogations sur cet « après » sont terriblement réalistes et brutales mais justes. On ne sort pas indemne de cette lecture.

Pourquoi lire Et toujours les forêts ?

Avec Et toujours les forêts, Sandrine Collette nous emmène dans un voyage dans le Monde d'après qui marque les rétines par son atmosphère grise et poisseuse. Alors qu'un grand incendie a tout dévasté, un homme tente de survivre et cherche des traces d'espoir, entre résignation et résilience. Comment reconstruire l'humanité quand tout est mort ? L'écriture poétique et saccadée de Sandrine Collette fait résonner les lueurs même les plus fragiles dans cet univers effrayant.

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