Les rencontres du prix Latulu 2025 à Beaufort en Anjou dans le Maine-et-Loire ont encore une fois été l’occasion pour moi de découvrir un nouvel auteur jeunesse. Après Alexandre Chardin, c’est Tristan Koëgel avec son roman Quand on dansait sur les toits qui est venu partager son parcours, son travail et ses envies avec les élèves du département. Une belle rencontre, tant du point de vue humain que créatif. Pablo et Mayssane font désormais partie de nos vies.


Pablo et Mayssane, Mayssane et Pablo
Il parle à Jacinthe. Jacinthe est… une jacinthe ! Mais elle surtout le symbole des souvenirs partagés avec une personne importante. Une personne qu’on ne veut pas oublier.
De souvenirs partagés, de vie et de mort, il en sera question dans ce roman ado qui explore tous ces chemins tortueux avec une tendresse et une sensibilité particulière.
Mais revenons aux deux protagonistes principaux.
Pablo et Mayssane sont voisins. Ils se connaissent depuis presque toujours. La légende dit même que c’est elle qui lui a appris à marcher. Cette complicité va se trouver renforcée au moment du drame : Mayssane tombe malade d’un cancer. S’en suivent des jours et des jours de traitement, de chimio, de désespoir et de fatigue. Pablo décide alors, avec l’aide de ses camarades de classe, de devenir les Pirates.
Il faisait sombre mais pas encore tout à fait nuit. Quelqu’un a allumé la lumière du jardin et je les ai tous vus. Mes copains d’école. Inès, Max et Vadim, ceux à qui tu refusais de parler quand tu étais jaloux, à qui tu faisais peur, ceux que j’aimais aussi, pas comme toi mais beaucoup. Mon équipage, mes pirates. Ils avaient tous coupés leurs cheveux. Aussitôt que la lumière s’est allumée, ils ont enfilé leur bandana en criant :
– On est là, capitaine !
C’était ton idée, Pablo. Les docteurs avaient leurs médicaments, mes parents avaient le ménage, et nous, on aurait une bande de pirates pour lutter contre les bestioles. Là, j’ai pleuré.
Et les bestioles s’en vont, victoire !
Alors que les enfants deviennent des ados et entrent au lycée, la maladie refait surface. Pablo décide donc de reprendre le combat avec son amie. Mais l’amour s’en mêle et les choses vont être plus compliquées…
Double « je »
S’il est vrai qu’on ne peut s’empêcher de penser au roman de John Green Nos étoiles contraires, Tristan Koëgel met en place une narration alternée. Les deux voix de Pablo et Mayssane, à la première personne, permettent de suivre leurs pensées, leurs émotions, l’évolution de leurs sentiments, leurs espoirs et leurs désespoirs.
Et l’on comprend toutes les difficultés de s’aimer au fil du temps, de l’enfance à l’adolescence, dans le tumulte des bestioles qui refont surface et de la peur de la mort qui rôde.
C’est surtout un hymne à la vie, cette vie qui n’est pas faite que de rêves et de rires. Et qui vient nous cogner parfois et nous faire chavirer.
La vie ne s’économise pas. Elle n’a pas peur de perdre. Elle donne sans compter, sans penser à l’avance à ses chances de succès. Comme toi, Pablo. Tu n’es pas économe, et tant mieux. Je n’aime pas les économes. Ceux qui calculent. ceux qui prévoient. Ceux qui se regardent marcher quand il marchent en se félicitant de n’avoir pas couru. Ceux chez qui la vie résonne encore. Je préfère ceux qui tentent sans être sûrs de réussir. Ceux qui vivent sans se demander s’ils seront un jour un arbre assez grand. Ceux chez qui la vie résonne encore. Il n’y a qu’eux qui sont capables d’accomplir des miracles.
Tristan Koëgel dit avec beaucoup de justesse la colère, l’incompréhension, la tristesse, tout autant que l’amitié, l’amour et les liens qui soutiennent.
Entre poésie et philosophie, ce récit est une histoire à mettre entre toutes les mains, jeunes et moins jeunes. Pour se sentir vivant et dire merci à ceux qui nous entourent.
Pourquoi lire Quand on dansait sur les toits ?
Dans Quand on dansait sur les toits résonnent les rires de l'enfance autant que les émotions puissantes et complexes de l'adolescence. Le récit du combat de Mayssane contre la maladie et celui de l'amour de Pablo pour celle qui le fait vibrer sont des chemins tortueux mais lumineux qui emportent. On a envie nous aussi de regarder le ciel avec cette intensité.

