Mots Tordus et Bulles Carrées

La femme à l’étoile (Anthony Pastor)

Zachary Desmoines, accompagné de son cheval, affronte les intempéries du Grand Ouest.
À la recherche d’un village relais, son chemin lui est indiqué par deux trappeurs qui le mettent en garde.
Les habitants ont déserté depuis belle lurette ce village qui n’a pas livré les trésors escomptés.
Malgré tout, alors qu’il arrive à sa destination, il est accueilli par une jeune femme, portant fièrement une étoile sur son torse et qui exige le départ immédiat du cowboy.

Un western intimiste

À la recherche d’une vie nouvelle

Une rencontre explosive

La femme à l’étoile d’Anthony Pastor commence comme beaucoup de westerns.
Zachary traverse les vastes espaces du Montana, cherchant à s’abriter à Promesa, un village de prospecteurs.
Nous ne savons rien de ce voyageur.
Anthony Pastor préfère, dans un premier temps, nous plonger dans l’ambiance glacée de cet environnement austère, aux côtés d’un jeune cavalier bien à la peine.
Le voyage est ardu mais l’homme et sa monture ont de la réserve.

Et ce ne sont pas les cauchemars de Zachary qui lui apporteront un semblant de répit.
Par petites touches, l’auteur pose ses pions et montre lors de ses rêvasseries que le jeune homme ne s’est pas lancé dans cette aventure sur un coup de tête.
Tout en restant minimaliste et cherchant l’interprétation du lecteur.rice, les cauchemars amènent les premières clés de compréhension.
Les perturbations de son sommeil symbolisent, d’une certaine façon la violence d’un passé auquel il espère échapper.

C’est sans doute ce qui le rapproche inévitablement de Perla.
Méfiante, la jeune femme n’apprécie guère l’arrivée du jeune homme et les premiers temps sont difficiles.
Pas à pas, ils vont apprendre à s’apprécier.
Même si, au final, c’est dans l’adversité qu’ils vont se rapprocher puis s’aimer.

À travers ce parcours, c’est aussi une belle histoire amour qui nous est contée.
Leur lien s’oppose à la violence d’une société injustice et rétrograde.

Une justice peu compatissante

Rester aux aguets

Puis, La femme à l’étoile prend une autre tournure.
Alors que les tourtereaux se découvrent tout juste, le passé de Perla refait surface sous les traits d’un Marshall acharné.
Anthony Pastor décrit l’obsession religieuse du Marshall l’amenant à dégringoler inévitablement vers une certaine folie incompréhensible.
Celui qui est censé pardonner son prochain ne pardonne en réalité pas grand chose.

Pour lui, le crime de Perla est impardonnable.
Il l’est d’autant moins qu’il a été commis par une femme.
Sans trop en dévoiler, Anthony Pastor démontre les aberrations d’une société masculine qui considère « le sexe opposé » comme des êtres inférieurs.
Femme battue et hommes imbus de pouvoir, quelque soit le groupe social auxquels ils appartiennent, la violence est leur seul langage pour exprimer leur pulsion violente de contrôle.
Perla comme Zachary ont, à leur manière, réclamé justice mais deviennent les victimes d’un système patriarcal.
Et voir un Marshall, catholique qui plus est, défendre cette position, donne un aperçu peu réjouissant mais réaliste des injustices de cette époque.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Perla arbore fièrement cette étoile.
Elle est la seule garante de sa liberté de choix.

Trait « indé » pour un western mélancolique

De la neige en pointillé

Après son long passage sur No war, un thriller futuriste, Anthony Pastor revient sur un genre plus balisé, lui permettant d’exprimer une certaine sensibilité mélangée à la brutalité du grand ouest américain.

L’auteur utilise ses propres codes graphiques tout en respectant ceux du western.
Son trait est brut de décoffrage, réaliste mais viscéral.
L’encrage se veut profond et assez marqué pour supporter les aplats bleus ( et roses pour les cauchemars ) qui servent à poser l’ambiance glaciale de cet album.
Cette tonalité va à ravir aux décors enneigés du Montana, permettant au dessinateur d’illustrer de magnifiques scènes de neige.
Les paysages deviennent éthérés et la technique rappelle un peu le pointillisme.
D’ailleurs, les décors sont magnifiques et nous plongent totalement dans l’ambiance.

Les scènes d’action ne sont pas en reste.
La mise en scène est rythmée et amène assez de suspense pour nous accrocher à cet affrontement digne des grands westerns.

En résumé

La femme à l'étoile d'Anthony Pastor est un magnifique western intimiste et mélancolique. 

À travers cette rencontre amoureuse, Anthony Pastor évoque les injustices d'une société ordonnée par le patriarcat. 
Les personnages touchent par leur volonté de survivre au diktat qu'on leur impose, l'un comme l'autre. 

Derrières ses applats bleutés, reflétant l'hostilité glaciale du Montana, Anthony Pastor met son approche graphique au service d'un genre codifié mais malléable à loisirs. 

La femme à l'étoile démontre que le western reste inspirant et permet de réfléchir à notre propre époque. 

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