Mots Tordus et Bulles Carrées

Maldoror – Les enfants de la légende (Philippe Lechermeier)

L’année dernière, cette couverture m’avait fait de l’oeil. Avec sa typographie « Belle époque » et ses décors dorés, le titre « Maldoror » évoquait pour moi cet ensemble poétique énigmatique des « Chants de Maldoror« , écrit par Lautréamont au XIXe siècle. Aux commandes de ces deux premiers tomes intitulés « Les enfants de la légende » et « Le Prince fauve » de ce qui sera une trilogie, on trouve Philipe Lechermeier.

TOME 1 : Les Enfants de la légende

Maldoror Tome 1

Tout commence sur le quai d’une gare à Kiev. Anja, jeune violoniste surdouée, fascinée par les locomotives, observe avec passion l’une d’entre elles à l’arrêt avant de rejoindre ses parents dans leur wagon. Alors qu’on tente de lui voler son précieux violon, un Guarneri offert par son père, elle s’enfuit. Mais elle est poursuivie et elle se retrouve isolée dans les rues de la capitale ukrainienne.

Sa route va tout d’abord croiser celle de Piotr, un pauvre garçon, battu par celui qu’il surnomme l’Ogre. Il s’est enfui de chez lui pour échapper aux coups et pour trouver des remèdes que sa Matouchka a notés sur une liste. Ne sachant ni lire ni écrire, il les a appris par coeur :

Armoise

Angélique

Millepertuis

Mandragore

Maldoror

Un groupe d’enfants, les Compagnons de la vraie foi, dirigés par la baronne von Stumpf, à la manière d’un Oliver Twist, l’a piégé. Il ne trouve de réconfort que dans la présence de Véra. Son araignée, un brin jalouse, loge dans une petite boite, toujours près de lui.

Alors qu’il s’enfuit et tente de gagner sa vie dans les rues de Kiev en jouant de la clarinette, il rencontre Anja. Ils survivent tant bien que mal en s’associant et en gagnant quelque argent grâce à leurs instruments.

Mais, poursuivis par la bande des Compagnons de la vraie foi, ils prennent la route de Vienne à bord d’un Typhon 56. Ce train qu’ils ont volé, doit leur permettre de retrouver les parents d’Anja.

La machine est lancée !

Lors de leurs pérégrinations vers l’Est, ils vont croiser les chemins de Pépina et Tchavolo. Ces deux frère et soeur envoutants et mystérieux voyagent seuls en roulotte depuis que leurs parents ont été tués. Plus tard viendra Jørn, un jeune garçon échappé d’un cirque, qui communique avec les animaux.

Dans cette petite troupe, les amitiés vont se nouer, se tendre et se renforcer, au fur et à mesure des obstacles. Et des affrontements avec ceux qui les poursuivent, et notamment le Grand Cophte. Ce tyran est à la recherche du violon d’Anja qui serait la clé d’un royaume légendaire : celui de Maldoror.

A la manière d’un roman feuilleton du XIXème siècle, Philippe Lechermeier nous emmène à un rythme soutenu à travers toute l’Europe de l’Est, jusqu’aux confins de la Sibérie. On trouvera dans ce premier tome le charme des villes et des campagnes glacées. Mais aussi de la musique slave et de l’univers ferroviaire.

Et si l’aventure est belle, les personnages créés pour la mener sont particulièrement attachants. En chacun d’eux sommeille un pouvoir fantastique. Issu de la musique pour Anja, de leur relation avec les insectes ou animaux pour Piotr et Jørn, de traditions légendaires pour Pépina et Tchavolo. On devine, petit à petit, qu’ils forment, les cinq réunis, la trame d’une oeuvre bien plus grande qu’eux.

Et les lecteurs ne seront pas en mal d’ennemis ! Le Grand Cophte est particulièrement complexe et sombre. Les gamins des rues fourbes et menaçants et la baronne von Stumpf semble jouer un double jeu.

Jalousies, trahisons et pièges vont semer le trouble dans ce voyage mouvementé vers Maldoror, le royaume disparu.

TOME 2 : Le Prince fauve

Maldoror Tome 2

Fraichement échappés du Grand Cophte, Anja, Piotr, Pépina, Tchavolo et Jørn sont pris dans la tempête, au sens propre comme au sens figuré. Tempête de neige d’abord. Tempête des sentiments ensuite.

En effet, des tensions sont apparues dans le petit groupe depuis la captivité de Piotr et les révélations d’Anja concernant son violon.

L’annonce de la libération des parents de la jeune fille marque donc une séparation bienvenue.

Tandis qu’Anja va retrouver ce qu’elle pense être sa vie d’avant, dédiée à la musique et au Conservatoire, Pépina et Tchavolo récupèrent leur roulotte. Mais un certain malaise s’installe lorsque la jeune violoniste découvre que ses parents ont un comportement bien étrange et que les habitants de son quartier réservent un accueil plus que froid à ses compagnons.

Grâce aux pouvoirs de Jørn, la petite troupe va pouvoir repartir sur les routes, par Kahlenberg d’abord, puis Kiev (chez les Compagnons de la Vraie Foi) et finalement Paris.

Révélations et coups de théâtre

On retrouve dans ce 2e tome tout ce qui avait fait le plaisir des lecteurs dans le 1er. Des aventures feuilletonnantes et virevoltantes, des personnages principaux attachants et complexes, dont on va découvrir davantage encore. Des ennemis toujours inquiétants également mais qui vont aussi révéler des facettes surprenantes.

La mort d’Anja rôde toujours et se rapproche, au fur et à mesure que la légende de Maldoror s’écrit.

Philippe Lechermeier a toujours le don de nous faire tourner les pages avec l’envie de savoir ce que vont devenir nos jeunes héros. Son écriture est fluide et rythmée, teintée par petites touches, de références littéraires ou historiques. Anja va ainsi consulter le Docteur Freud, tout de même !

La force de ce 2e tome tient aussi dans les liens qui unissent les personnages. Entre tensions et attachement, trahison et amour, les lecteurs découvriront que nos 5 héros se métamorphosent. Leur chemin vers Maldoror est aussi celui que chacun d’entre eux mène vers celui ou celle qu’il est ou qu’il se destine à être.

Et on a hâte de découvrir le dénouement de cette belle aventure fantastique et humaine.

Pourquoi lire Maldoror – les enfants de la légende ?

Le mystère et l'aventure originale, à la croisée d'univers de contes et de légendes slaves, sont brillamment orchestrés par l'auteur. Il nous ouvre ici les portes d'un monde dans lequel on plonge aisément. L'écriture est belle et enlevée. 

Nul doute que les jeunes lecteurs et lectrices y trouveront un plaisir intense de lecture. Les émotions partagées avec les cinq personnages principaux sont très fortes. Les plus grands trouveront dans cette saga des références et des clins d'oeil aux contes, aux récits feuilletonnants du XIXème siècle et aux épopées russes. De jolis moments poétiques aussi, lorsque la musique et la nature résonnent et font vibrer les personnages.

Alors montez à bord de ce train qui vous mènera vers Maldoror ! 

Pour lire nos avis sur : Slava et Le gros navet

Mots tordus

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