Mots Tordus et Bulles Carrées

Mécanique céleste (Merwan)

La folie humaine a, une nouvelle fois, ravagé le monde.
Pan est une petite cité agricole où gravite Aster, une jeune orpheline qui, selon la loi, n’a pas le droit de cité. 
Heureusement pour elle, Willis , le jeune cadet du maire s’est amouraché de la jeune fille. Et cela lui vaut certains passe-droits. 
Quand la République de Fortuna débarque sur leur terre, elle leur propose une protection contre 10% de leur récolte. 
Une proposition qui sonne avant tout comme une menace.
Il n’existe qu’un seul moyen d’échapper à ce tribut injuste.
La cité de Pan doit invoquer puis gagner la Mécanique céleste.  

Dystopie et jeu d’enfants

Ecriture survitaminée et personnages charismatiques

Rythme effréné dans la mécanique céleste

Sorti pour la première fois en 2019, La mécanique céleste de Merwan (aux éditions Dargaud) propose un récit ayant pour base une idée assez incongrue : un tournoi de balle au prisonnier. 

Cet attrait pour la compétitivité n’est pas quelque-chose de nouveau dans la bibliographie de l’auteur, comme le montrent Pankat et Fausse garde au début de sa carrière.
Pourtant, il aura fallu pas loin de 10 ans pour que l’auteur se ressaisisse de cette approche, en l’abordant avec la folie qui le caractérise et une originalité bienvenue. 

Et la sauce prend immédiatement.
Il faut dire que l’écriture de Merwan est captivante.
Le premier tome débute avec une exposition nécessaire associée à la présentation de nombreux personnages.
Et comment se passionner pour les échecs ou les victoires de ces sportifs sans un minimum d’empathie pour eux ?
Tous les personnages, que ce soit Aster, Willis l’ami fidèle, Feita la soeur jalouse ou Juba l’ainé rebelle, ont un rôle à jouer dans cette histoire.
Et certains ne sont pas forcement attendus là où on les imagine.
D’ailleurs, si Merwan en laissera de côté sur le second opus, c’est aussi pour mieux se consacrer sur les nouveaux arrivants mais aussi à certains qui n’ont pas eu une exposition conséquente.
On pense notamment aux pirates, de retour pour un rôle majeur sur le second opus.

Les règles de la mécanique céleste

Une balle au prisonnier pour adulte

La seconde partie du volume originel s’intéresse en grande partie à cette étrange compétition qu’est la mécanique céleste.
Derrière ce simple jeu de balle au prisonnier, Merwan a créé une véritable discipline sportive avec ses codes, ses supporters, ses équipes et même ses commentateurs sportifs. 
La mécanique céleste est bien plus qu’un jeu de cour de récré. 
Chaque match s’avère unique.
Les environnements et des équipements sont multiples et changent au gré des besoins de l’équipe de Fortuna

A première vue, la cité de Pan n’a pas vraiment les talents nécessaires pour s’opposer à ce genre de fourberies.
Certes Aster a certaines aptitudes mais c’est avant tout sa fougue et la relation qu’elle entretient avec ses partenaires qui lui permettent de gravir les échelons vers la une finale explosive.
Si son équipe de bric et de broc s’en sort, c’est en apprenant, avant tout, à collaborer.

L’ensemble donne un mélange d’humour, d’action et de suspens.
Le récit nous emporte de la première à la dernière page, ne nous laissant que peu de moments de répit.
On est emporté par la tension des matchs et, quand la dernière page sonne la fin de la récréation, on n’a envie que d’une chose : une suite.

Le renouveau de la source

Nouvel endroit, nouvelle règle ?

Et forcement l’arrivée du deuxième volume, intitulé La source, est une ravissement en soit.

La fin du première tome, nous montrait une Aster victorieuse et adulée.
Cependant, La source reprend quelques jours après la victoire de la cité de Pan.
Et, a priori, la reconnaissance n’est pas été immédiate pour la compétitrice.
Fuyant la République de Fortuna, le groupe se retrouve aux portes de la Source, un îlot cloisonné dirigé par une communauté aux règles strictes.

Soyons honnête, au départ, on est un peu désarçonné par la trajectoire prise par Merwan.
Si la mécanique céleste est encore dans les esprits, surtout d’Aster, elle reste absente de cet album.
D’ailleurs, l’esprit compétitif a laissé la place à une course poursuite infernale qui cache, derrière un quiproquo, un véritable combat pour la liberté, tout en pointant une forme de radicalité.
Si les uns sont prêts à tout pour changer le monde, les autres veulent avant survivre au massacre annoncé.

Alors oui, on est un peu désappointé de ne pas retrouver l’esprit du premier opus mais on est admiratif de voir que l’auteur n’est pas tombé dans la piège de l’album miroir.
Si le rythme de la source est toujours aussi intense, si la balle au prisonnier est remplacée par un petit clin d’oeil au Chat perché, Merwan développe astucieusement son univers en multipliant les camps et les objectifs.
Rébellion, résistance, traitrise, piraterie, les pions sont placés et nous préparent à des bouleversements d’ampleur.
D’ailleurs, si la conclusion du tome 1 n’amenait pas forcément à cette suite, celle du tome 2 l’impose.
Il y aura un troisième tome.
La voyage d’Aster et des citoyens de Pan est loin d’être terminé

Un sens narratif extrême

Mouvement et intensité

La mécanique céleste est un concept barré, épaulé par un graphisme de haute volée. 
Le dessin de Merwan, d’une efficacité redoutable, est rehaussé par un encrage au pinceau, amenant une fluidité agréable au trait. 

Mais c’est surtout sa mise en page qui impressionne. 
Chaque mouvement, chaque impact donne lieu à des moments de tension extrême, accentué par un choix de cadrage astucieux, capable de nous subjuguer avec une simple balle qui tombe. 
On sent que l’auteur a apporté un soin tout particulier à cette étape qui, comme le storyboard d’un film, amène une intensité complètement folle, qu’elle soit due à un match ou à une course pour échapper à des poursuivants acharnés, équipés d’armes surpuissantes.

En résumé

La mécanique céleste de Merwan est un pur récit de science fiction, mélangeant avec succès compétition sportive et action complètement folle. 
Dans une société obnubilée par le sport et la compétitivité, il est intéressant d'interpréter la proposition de Merwan comme l'étendard du combat contre les injustices. 
Avec sa suite directe, la Source, Merwan poursuit le combat mais en changeant les règles. 
La tension des matchs du premier volume laisse la place à une course effrénée, mêlant les membres de Pan dans une lutte qui les dépasse. 
Vivement la suite !

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