Ubume est une Mujina.
Sans carte d’accès, elle ne possède aucun droit humain fondamental, faisant d’elle une recluse de la société.
Son seul recours : devenir une tueuse à gage, engagée pour des missions périlleuses où elle se montre particulièrement efficace.
Jusqu’au jour où se dresse devant elle, la terrifiante Tenko.


Tueuse à gage et japon dystopique
Une bonne dose d’action et un brin de nudité

Quel plaisir de retrouver la verve si particulière d’Inio Asano après l’excellent Dead Dead Demon’s Dede Destruction , que je considère comme son chef oeuvre !
Malgré tout, Mujima into the deep s’avère très différent, optant pour une approche pop et irrévérencieuse plus assumée.
Dans un Japon dystopique, les Mujina sont des reclus.es auxquel.les on refuse toutes appartenances à la société.
Ne reste plus que la manière forte. Et Ubume choisit de profiter de ce système plutôt que de le subir.
Si Inio Asano n’a rien perdu de son cynisme, il fait, sur ce début de série, la part belle à l’action.
Ainsi, le tome 1 s’ouvre sur un combat dont l’objectif est de nous présenter les talents d’Ubume pour le découpage de corps en petits morceaux.
Sans aucun scrupule, armée de son sabre, elle tranche dans le vif et rares sont les adversaires pouvant lui tenir tête.
Mais, à 30 ans, elle fait déjà partie de l’ancienne garde. Et la nouvelle, symbolisée par Tenko, se montre particulièrement vicieuse et incontrôlable.
L’atmosphère du récit est amère sans pour autant tomber dans le désespoir. En effet, la société est ainsi hiérarchisée et, pour le moment, tout le monde semble faire avec.
Les protagonistes, dans l’ensemble, ne se plaignent pas de leur situation. Au contraire, ils s’y adaptent.
Cette amertume a toujours été dans l’ADN du mangaka. Cependant, depuis Dead Dead Demon’s Dede Destruction, il ne cherche plus vraiment à nous flinguer le moral de désespoir.
Et c’est encore plus le cas avec Mujina into the deep.
Si l’action est omniprésente, le sexe y fait aussi une « entrée » fracassante, argument du fameux logo « Pour public averti »
Inio Asano n’a jamais eu peur de mettre en scène l’intime et les relations sexuelles ont toujours eu une place particulière dans ses mangas.
Elles font partie du quotidien des personnages, qu’elles soient dans la norme ou non.
Prostitution, exhibition, tout est plus frontal et on évite pas un certain malaise.
Surtout que Tenko, à ce niveau, n’a pas réellement de limite.
Ainsi, la violence se retrouve autant dans les lois dictées par la société que dans les relations entre les personnages.
Des protagonistes attachants

Inio Asano a toujours accordé une importance particulière à ses personnages.
Leurs caractères comme leurs interactions composent l’essence même de ses mangas.
Mujina into the sheep ne déroge pas à cette règle.
Et il frappe fort avec Ubume et son antagoniste Tenko.
Tenko, pour ce qu’on découvre d’elle, fait preuve d’une perversité, à peine voilée par les traits de son visage.
Cependant, la carapace s’avère plus friable qu’escompté et la relation, imposée par Tenko à Ubume et son entourage adoucit légèrement ce portrait.
Ces deux personnages sont les deux faces d’une même pièce. Tenko est exubérante voire folle, Ubume se montre plus silencieuse et sur la réserve. Malgré tout, leurs objectifs et la volonté qu’elles mettent pour l’accomplir les rapprochent considérablement.
Ubume se dévoile au compte goutte. On apprend rapidement ce qui l’a amenée vers ce chemin, prenant la tournure de quête vengeresse.
Pourtant, elle même fait preuve d’une cruauté froide où la morale n’a pas de réelle place. Jusqu’à ce que sa rencontre avec Juno bouscule ce statu quo.
Juno est une jeune fugueuse qui devient Mujina après avoir perdu ses papiers d’identité.
D’ailleurs, cette situation n’est pas sans rappeler celle de nombreux migrant.es dont la destinée est prise en mains par des personnes peu scrupuleuses.
Cette thématique est reprise dans le tome 2 avec une nouvelle protagoniste : Maicko.
Elle aussi tombe dans le même piège que Juno, devenant Mujina contre son gré. Les mots employés sur ces reclus sont d’ailleurs assez dur et le mépris des « forts » exercés sur une jeunesse paumé fait froid dans le dos.
Monsieur Morgan fait un peu figure d’intrus dans ce petit monde.
Intégré, c’est le patron d’une petite boîte de jeux vidéos en perdition. S’il ne le montre pas, la société capitaliste le brise et il s’avance dangereusement au bord du gouffre.
Sa rencontre avec Ubume et Juno est le fruit du hasard mais elle lui apporte un brin de sensation à une vie devenue morne.
Ensemble, il crée ce qui se rapproche le plus d’une cellule familiale.
Si cette collocation a un objectif bien précis, on sent déjà l’attachement que Morgan porte à ces deux jeunes filles.
S’il est encore difficile de saisir totalement où Inio Asano va nous embarquer, les pions sont en place, prêts à foncer dans le tas.
Il ne nous reste plus qu’à les observer !
Le style Asano

AvecMujina into the deep, on retrouve le style minutieux et, paradoxalement, radical d’Inio Asano.
Une nouvelle fois, les décors sont léchés et la mise en page est particulièrement cinématographique. Les scènes de combats sont rythmées, multipliant les plans et les points de vue.
Les cases sont amples, permettant aux chorégraphies de s’étaler de toute leur longueur.
Mais, la grande force d’Inio Asano reste la construction de ses personnages.
Alors que ses décors et ses constructions sont extrêmement réalistes, le mangaka s’amuse avec des designs de visages aussi variés qu’iconoclastes qui, magie de l’alchimie, fonctionnent avec le reste du corps.
Les têtes sont par moment carrées, les nez sont immenses, les sourires exagérément allongés.
Néanmoins, il reste encore dans sa zone de confort, n’allant pas aussi loin que Dead Dead Demon’s Dede Destruction, sans doute pour garder la fraîcheur d’un pur récit de divertissement.
D’une certaine façon, je lui trouve certaines accointances avec les personnages de Atshushi Kaneko, notamment à travers leur expressivité.
Au final, mais on aurait du mal à imaginer le contraire, Mujina into the deep est magnifique.
En résumé
Mujina into the deep est la nouvelle série d'Inio Asano.
Après le génial Dead Dead Demon's Dede Destruction, le mangaka revient avec un récit d'action pour adultes qui tranche dans le vif.
Le personnages sont charismatiques et s'il est encore difficile de voir où tout cela va nous mener, on perçoit déjà une critique sociale, teintée de cynisme et d'amertume.
Néanmoins, on est loin du désespoir inhérent de ses dernières productions. Depuis Dead Dead Demon's Dede Destruction, il a compris que la morosité de l'humanité n'était pas antinomique avec le divertissement.
Et Mujina into the deep, en plus d'être magnifique, en est un très bon exemple.

