Je suis la dernière elfe (Marion Mousse / Martin Quenehen)

Lif est la dernière rescapée des elfes sur Terre. Et alors qu’elle pense son sort scellé, elle découvre la légendaire épée Tyr, lui donnant l’opportunité de retrouver les siens.
Mais, elle n’est pas la seule à convoiter l’objet surtout que l’elfe reconnaît les signes de la fin de temps.
Le Ragnarök approche !

La fin d’une ère

Echapper à son extinction

Je suis la dernière elfe de Martin Quenehen et Marion Mousse est un album sympathique qui s’est fait une petite place dans les recommandations de fin d’année.

Entre une couverture accrocheuse et un titre exposant parfaitement son sujet, Je suis la dernière elfe ne ment pas sur la marchandise.

Lif est donc la dernière elfe sur Terre. Bloquée sur le plan terrestre, elle vit tant bien que mal en évitant de se faire remarquer. Petit point de détail mais je ne suis pas certain que dealeuse soit la meilleure option pour à rendre invisible !
Ceci dit, c’est un détail surtout le produit commercialisé n’est pas n’importe lequel. Le Lembas, fameux pain elfique, dont J.R.R. Tolkien nous vantait déjà les mérites dans le Seigneur des anneaux.

Cependant, il ne faudrait pas se tromper, Lif n’est pas une cousine de Legolas. Sa race est davantage liée au folklore viking auquel le récit se réfère à de nombreuses fois. D’ailleurs, le Ragnarök, rapidement évoqué comme élément central de l’intrigue, est un terme évocateur pour tous fans de Thor.

Lif est en bout de course. Elle a tout perdue, ses congènéres et son amour. La solitude l’amène à des pensées suicidaires qui malgré les actes, ne peuvent être exaucées. En effet, il est impossible pour elle de mourir ainsi.
Alors, elle se résigne à faire la démarcheuse, épaulée pas sa colocataire Wafa, qu’elle n’hésite pas à abandonner à son sort.
C’est d’ailleurs un point intéressant. Malgré des années passées auprès de l’espèce humaine, elle n’a créé aucune affinité, ce qui explique une forme d’égoïsme. À l’aube de la fin du monde, son sort importe plus que celui de toute l’humanité.

Ce sentiment évoluera au cours de l’histoire, notamment à travers sa collaboration avec Jean, photographe attachant et sensible qui accepte, sans aucune hésitation, les différences de Lif.

Un rythme endiablé

Je suis la dernière elfe est un récit efficace et particulièrement maitrisé.
L’intrigue reste classique, reprenant l’ensemble des codes du genre, même les plus caricaturaux comme ce duo père/fille néo nazis. Et une nouvelle fois, on sait du quel côté le pouvoir penche. Étonnement, ce n’est jamais pour le bien commun …

Le travail d’ambiance est impeccable avec une empreinte nordique forte et une évocation de fin du monde, fusion entre réalité et fantastique.
Et si le Ragnarök trouvait ses origines dans les errements écologiques de l’humanité ? Les pluies acides deviennent un indice d’une fin annoncée.

En réalité, tous ces apports tiennent du détail, servant avant tout à nourrir les à côtés du récit sans forcément en pousser l’exploitation.
On pourrait le regretter mais l’objectif est ailleurs, se concentrant davantage vers le fantastique avec une pointe de romance.
Pour la romance, elle apporte de l’humanité à des personnages qui n’auraient pu qu’être que des archétypes.
Pour le fantastique, l’intrigue générale n’est pas sans rappeler un des grands classiques du genre : Hellboy de Mike Mignola.

De prestigieuses influences

Marion Mousse est un auteur protéiforme dont le trait ne cesse d’évoluer, projet après projet.
En effet, il est difficile d’imaginer que la même personne soit à l’origine de Gost111 et dernièrement, de Pastorius Grant.

Cependant, si il y a bien un point commun à tous ses projets, c’est le rôle essentiel de l’ambiance graphique.
Que cela soit par des couleurs vives ou à l’opposé, des encrages strictes, l’idée est de créer une atmosphère marquante, apportant un souffle épique et saisissant à ses albums.

Je suis la dernière des elfes découle d’un style qu’il a déjà expérimenté à plusieurs reprises que ça soit sur Gost 111 ou son adaptation de Frankenstein, avec quelques variations.
Quand on ouvre les pages, on pense immédiatement à Mike Mignola. .
Les personnages comme les décors sont minimalistes et sont construits autour de masses de noirs omniprésentes. Le trait est ciselé mais dynamique et certaines pages dénotent d’un goût réel pour la construction et la mise en page.
Cette ambiance graphique est soutenue par des couleurs aux tonalités toutes aussi tranchées rappelant le travail de Dave Stewart, coloriste attitré (entre autre) de Mike Mignola.

Cependant, le style de Marion Mousse se différencie par des designs caractéristiques de l’école franco-belge. Le nez sont gros, les visage et les corps sont moins distordus tout conservant leurs simplicités.
L’ensemble est atypique mais correspond à merveille à un récit dont l’ambiance est presque à un personnage à lui tout seul. 

En résumé

Je suis la dernière elfe de Martin Quenehen et Marion Mousse est un récit fantastique classique mais extrêmement bien mené. 

Derrière l'histoire de cette elfe, à l'aube de la fin des temps, Martin Quenehen évoque la crise écologique et les errements d'une humanité destructrice mais qui, peut être, mérite qu'on la sauve.
En s'inspirant du folklore nordique, le scénariste nous offre une aventure rythmée avec une dernière partie magistrale.

Le dessin et les couleurs de Marion Mousse ne sont pas s'en rappeler l'approche graphique de Mike Mignola, mixée avec des personnages à gros nez, typique de l'école franco-belge.

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