Ancienne tireuse d’élite, Jun est traumatisée par ce qu’elle a vécu à la guerre.
Errant dans les rues de la ville, elle recherche des médicaments pour apaiser ses douleurs psychiques.
Austère et solitaire, elle ne s’attend pas qu’on lui tende la main. C’est pourtant ce que feront Léona et son fils Bao.
Mais ce soutien sera-t-il suffisant pour annihiler cette colère ?
Les traumas de la guerre

Pour fêter ses 20 ans d’édition, Ankama ressort des titres forts de son catalogue à petit format et petit prix.
À cette époque, Guillaume Singelin enchainait les collaborations (The Grocery, Loba Loca) avant de devenir auteur complet avec P.T.S.D.
D’une certaine façon, ce premier essai, aussi perfectible soit-il, annonce ce qui amènera, des années plus tard à Frontier.
Malgré tout, P.T.S.D. s’avère, dans son approche graphique et scénaristique, très diffèrent de Frontier.
L’oeuvre se veut plus courte, plus sombre et plus viscérale, s’attaquant à un sujet bien précis : les troubles post-traumatiques.
Se coulant dans la ligne éditoriale du label 619, Guillaume Singelin s’attaque à un genre cher au cinéma américain, notamment après la guerre du Vietman.
Et de Rambo à Né un quatre juillet, il assume des influences parfaitement digérées.
La thématique est forte et reprend parfaitement l’iconographie du « héros » délaissé par les pouvoirs en place, une fois la guerre terminée.
Malgré tout, il ne faut pas voir P.T.S.D. comme une simple copie.
Guillaume Singelin délaisse la culture américaine pour se plonger dans une culture asiatique, plus proche de lui. On découvre une ville peuplée d’idéogrammes, de restaurants de rue où le plat principal est le riz sauté et non le hamburger.
De plus, faire le choix d’un personnage principal féminin n’est pas anodin.
Depuis Rambo, les temps ont changé et la guerre n’est plus qu’une affaire d’hommes.
Jun en est le parfait exemple.
Ancienne tireuse d’élite souffrant de troubles post traumatiques, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle s’enterre dans les ruelles malfamées de la ville et devient une sans domicile fixe.
D’ailleurs, on comprend que cette situation est commune à nombre de vétérans.
La souffrance et la solitude de la jeune femme est palpable et seuls les calmants semblent apaiser sa douleur.
Alors quand ceux-ci se raréfient, elle n’hésite pas à user de violence.
Pourtant, sa rédemption ne peut pas venir de ce palliatif et si elle ne le comprend pas immédiatement, seule la main de son prochain peut la sortir de ce cauchemar.
Léona est bien différente de Jun. Jeune maman, elle est lumineuse et n’hésite pas à apporter son aide.
Cependant, tout est viscéral chez Jun. Elle doit accepter son passé pour débuter la nouvelle vie qui lui est proposée.
L’écriture de Guillaume Singelin est ciselée, les scènes sont parfaitement cadencées et les personnages admirablement caractérisés.
À ce niveau, on retrouve tout l’optimisme de l’auteur pour la nature humaine.
Il croit profondément en notre bonté, sans pour autant en ignorer les nombreuses failles et errances.
Un graphisme (d)étonnant

Graphiquement, P.T.S.D. surprendra autant ceux qui ne connaissent pas le travail de Guillaume Singelin que ceux qui l’ont découvert avec Frontier.
En effet, il adopte une approche semi-réaliste s’éloignant de l’esprit cartoonesque de The Grocery ou Frontier.
Ses personnages ont un traitement anatomique plus « classique » tout en reprenant certains codes du manga et notamment du shonen.
Jun est esquissée avec d’énormes yeux, prenant les deux tiers de son visage, ce qui lui donne une expression faussement Kawaï.
À l’opposé, Léona se retrouve avec deux points noirs à la place des yeux.
D’ailleurs, on remarquera que les yeux sont les éléments majeurs des expressions de ses personnages.
Les décors restent détaillés et variés mais on est loin du minimalisme architectural de Frontier.
Le trait est plus tremblotant, moins précis ou, en tout cas, assumé comme tel.
Car en réalité, les arrière plans sont loin d’être délaissés. La ville est vibrante et fourmille de petits détails de constructions fascinants.
Mon seul bémol porte sur une colorisation qui use voire abuse de ses effets.
Avec un côté lavis mouillé, elle prend, par moment, l’ascendant sur le trait et nuit à la fluidité dans certaines cases.
Mais dans l’ensemble, P.T.S.D. reste un album aussi fougueux qu’original qui ne laissera personne indifférent.
En résumé
Bien avant le succès de Frontier, P.T.S.D. est le premier album, en temps qu'auteur complet, de Guillaume Singelin.
Si P.T.S.D. est un récit simple, autant par son intrigue que par son propos, souffrant de quelques imperfections, il n'en est pas moins sincère et attachant.
On y retrouve cet attachement à l'être humain qui, derrière ses failles et ses traumatismes profonds, peut compter sur l'aide de son prochain.
Dans la droite lignée des grands films américains traitant des vétérans de guerre, Guillaume Singelin, aidé par un graphisme précis et faussement KawaÏ, explore la souffrance et la solitude de ces femmes et de ces hommes qui ont tout donné pour un pays qui, en retour, les a abandonnés.
Une oeuvre sombre mais teintée d'un optimisme touchant.


Pour lire nos chroniques de Superman Lost et Motor Girl

Bravo super chronique.
J’ai lu la bd hier au format d’origine. Comment est le format 20 ans d’Ankama ? A lire leur com, ça me rappelle la collection nomad d’Urban.
Pour en revenir à la bd, je trouve le sujet très intéressant. Le traitement des personnages est précis. Chaque intervention fait progresser le scénario. Il n’y a pas de longueur de fait. Le choix de l’héroïne est aussi judicieux.
Graphiquement c’est bourré de détail. Ça pousse le lecteur curieux à parcourir chaque dessin de fond en comble.
Une bd qu’on peut classer très facilement dans les incontournables du label 619.
Merci. ton avis la complète merveilleusement bien.
Je parle d’imperfections dans le sens où certains éléments sont rapidement traités mais ça reste hyper efficace en terme d’émotion. Le format est chouette et surtout à petit prix. Et toute ces initiatives sont bonnes à prendre