Mots Tordus et Bulles Carrées

Pyrate Queen (Peter Milligan / Adam Pollina)

Aussi jeune qu’elle s’en souvienne, Monday Ryan a toujours vécu en mer.
Fille du pyrate Thomas Ryan, elle a su faire sa place, parfois avec violence, dans cet univers d’homme.
Elle y a appris le combat, l’esprit de groupe, la liberté et l’amour.
En couple avec Lin, ils prennent d’assaut de nombreux navires et n’hésitent pas à se rebelle contre l’immoralité de leur capitaine.
Ensemble, ils assument de devenir parents au sein de la pyraterie.
Mais est-ce suffisant pour échapper à la traque de la marine anglaise et de son capitaine, le terrible Sir Cloudesley Napier ?

Femme et pyrate

En quête de liberté

Une vie en pleine mer

Pyrate Queen de Peter Milligan et Adam Pollina signe le retour de deux artistes, plutôt discrets ces derniers temps.
Peter Milligan, s’ił écrit encore régulièrement, est loin de sa grande époque allant de Shade, the changing man ( encore inédit en France) ou X-Static (malgré un retour de l’équipe)
D’ailleurs ses derniers projets s’avèrent plus classiques autant sur le fond que sur la forme.

Et en cela, Pyrate Queen ne déroge pas à cette règle.
Le récit est un pur comics de piraterie qui ne cherche pas tellement à chambouler les codes du genre.
La structure reste classique même si elle s’appuie sur une environnement historique riche.
Les pyrates sont d’ailleurs bien mis en valeur.
La hiérarchie de groupe, leur mode de gouvernement se rapprochant d’un mode démocratique est parfaitement retranscrite par le récit.
On découvre des hommes ( et une femme) épris de liberté se rebellant contre l’autorité du monde dominant.
On est certes sur une vision idéalisée même si le scénariste n’hésite pas égratigner ce modèle notamment quand ces derniers se retrouvent sur à un négrier sans chercher à libérer les esclaves.
La liberté oui mais essentiellement pour eux.

Peter Milligan a d’ailleurs choisit de mette en place son histoire en pleine période transitoire.
Si le premier chapitre nous décrit l’heure de gloire des pyrates, celle-ci vit, en réalité ses derniers jours.
La marine anglaise compte bien mettre fin à leur règne et éliminer les derniers irréductibles dont font parties Monday et son mari Lin.

Dans ce monde cloisonné, Monday a un statut particulier : celui de femme.
Peter Milligan ne tombe pas dans le piège de la femme qui essaie de se faire une place dans un monde d’homme.
Effectivement, elle doit se battre contre quelques réfractaires mais son poste n’est jamais remise en cause.
Si le personnage est profondément féministe, c’est justement parce qu’elle ne se confond pas dans un schéma.
Le couple qu’elle crée avec Lin est d’ailleurs d’une extrême modernité.

Au final, ce qu’elle veut, elle l’obtient par ses propres moyens quitte a en faire un chemin de croix.

La vengeance est un plat qui …

Tuer en étant enceinte

Mais Pyrate Queen n’est pas qu’un simple récit de pirate.
C’est aussi le récit d’un acharnement : celui d’une femme qui réclame justice.

ATTENTION, la suite risque de contenir quelques spoliers inévitables !

D’une certaine façon, Peter Milligan fait coïncider le déclin de la pyraterie avec la destruction de la vie de Monday Ryan.
deux bouleversements liés à un seul homme : Sir Cloudesley Napier.
vous adorerez désire Napier.
Arrogant, violant, machiste, Napier est un assoiffé de sang qui ne voit sa vie que par le prisme de la guerre.
Au fond, cette chasse aux pyrates n’est qu’une excuse pour assouvir sa soif de poudre à canon.
Sauf qu’il va tomber sur un pépin : Monday Ryan.
La mort de Lin est un élément fondateur autant pour l’un que pour l’autre.
Si pour la première, c’est le début de sa vendetta, pour le second, cela va créer un délire quasi obsessionnel.
Monday va hanter la vie de Napier autant physiquement que psychologiquement.

Si, là aussi, nous sommes dans un récit de vengeance assez classique, Peter Milligan essaie malgré de bouleverser la structure par le biais de l’état de son héroïne.
Car Monday se lance dans cette quête tout en étant enceinte.
Or, plus son ventre grossit, plus elle s’acharne à accomplir sa tâche.
Comme si elle ne voulait pas que son enfant naisse dans un monde où la mort de Lin resterait impuni.

De ce fait, le dernier chapitre est extrêmement bien vu.
Autant par le retournement de situation que par la conclusion apporté à cet affrontement.
Si la vengeance reste présente jusqu’aux dernières cases, elle prend une forme inattendue.

J’ai beaucoup aimé cette conclusion.
Elle démontre que derrière ce classicisme , Peter Milligan a su exploiter assez habilement sa trame et nous poussant à revoir son récit sous un autre regard.

Le retour d’Adam Pollina

Une mise en page dense et puissante

J’ai découvert Adam Pollina à l’époque où Semic avait encore la main sur le monde du comics
Je me souviens notamment d’une mini-série consacré à Angel où le dessinateur avait rendu complètement malléable l’anatomie du super-héros.

On retrouve; sur ce récit quelques brides de son ancien style mais son dessin, si techniquement plus abouti, a perdu un peu en souplesse.
Attention, Pyrate Queen est magnifique.
Les planches sont belles et détaillées, les designs de bateaux maitrisés et la mise en page dynamique mais pour être tout a fait honnête, ses spécificités d’antan m’ont un peu manqués.

Les couleurs de Tamra Bonvillain lie parfaitement l’ensemble tout en laissant vivre un dessin puissant et exigeant dans ses effets graphiques.

Ce n’est peut être pas le Adam Pollina de mon enfance mais Pyrate Queen n’en est pas moins un comics très abouti graphiquement.

En résumé

Pyrate Queen de Peter Milligan et Adam Pollina est un récit mettant en scène une pyrate en quête de vengeance. 

Le scénariste anglais propose une trame classique mais portée par un personnage féminin recherchant la justice avant de devenir mère.
L'ambiance de la piraterie est parfaitement retranscrite et apporte une structure solide à un récit qui va à cent à l'heure faisant passer les mois à toute vitesse.

Adam Pollina, épaulé de sa coloriste Tamra Bonvillain, nous gratifie de pages magnifiques, hautes en couleurs et dynamiques à souhait.
Si le vieux que je suis regrette un peu les exagérations anatomiques d'antan, on ne peut qu'admirer son évolution technique et graphique.

Un bel album, simple et efficace.

Pour lire nos chroniques sur Les Campbell et L’enfant Pan

Bulles Carrées

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